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Laurent Gaudé
L’écriture est là, comme un souffle, comme rugit l’ouragan sur cette terre qui semble depuis toujours dévastée. Dévastée et piétinée par les hommes, les bayous, les alligators, la puissance des vents et le déchaînement des éléments. Noir de peau à La Nouvelle-Orléans, c’est jamais le paradis. C’est déjà un peu l’enfer, que tu sois Rose et son petit enfant perdu dans le dédale des rues de ce cataclysme. Keanu, des remords et des souvenirs qui le hantent. Une vieille dame, “Josephine Linc. Steelson, négresse depuis presque cent ans, j’ai ouvert la fenêtre ce matin, à l’heure où les autres dorment encore, j’ai humé l’air et j’ai dit : ‘Ça sent la chienne.’ Dieu sait que j’en ai vu des petites et des vicieuses, mais celle-là, j’ai dit, elle dépasse toutes les autres, c’est une sacrée garce qui vient et les bayous vont bientôt se mettre à clapoter comme des flaques d’eau à l’approche du train.” Les personnages sont comme des boules de billard que le romancier nous lance, ils se cognent aux murs, aux autres, se croisent, s’évitent, se retrouvent. Les prisonniers abandonnés comme si leur vie n’avait que peu d’importance, livrés aux eaux montantes dans Orleans Parish Prison, arrivant enfin à se libérer pour tailler la route. Mais l’enfer est là, dehors, comme une bête tapie dans l’ombre. Ces destins sont comme des ombres fracassées par le temps. “Je vois le capharnaüm du monde, la bouche sale de la pauvreté et je reconnais tout cela, nom de Dieu, parce que je le connais par cœur. Rien n’a changé. Des nègres sans rien, qui lèvent les yeux au ciel pour implorer la pitié, c’est toujours ainsi que souffre le monde.” Formidable roman, Ouragan de Laurent Gaudé est une respiration au rythme ensorcelé, entre les mots se dessine le fracas des vies. Ouragan plonge le lecteur dans les méandres d’un pays au bord du gouffre.
Actes Sud, 188 pages, 18€
Bruno Pin
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