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PERCIVAL EVERETT
Le supplice… pourrait bien être aussi le supplice du lecteur. Car le goutte-à-goutte est bien la technique narrative utilisée par Percival Everett, dans ce roman noir, voire très noir. C’est un récit à plusieurs voix, mais qui module de multiples partitions, des murmures internes, des hurlements intimes, des discours, qui se succèdent, émergent, se coupent, s’épanouissent. Il ne faut pas s’attendre à être embarqué, même si l’auteur se paye un audacieux “Je m’ap-pelle Ismaël”, référence à Moby Dick, qui situe d’emblée ce roman au niveau de l’essai. Et l’histoire, s’il y a vraiment une histoire, se dessine. Ismaël Kidder avait une fille, avec son ex, Sally. Cette enfant a été violée, torturée, assassinée. Par un homme. Peu importe qui. Un homme, qui ressemble à un autre homme. Ismaël Kidder est poussé à un extrême, mais une situation si douloureuse qu’elle en devient comme dénuée d’émotion, il enlève un homme, il imagine les mille et une façons de se venger. Il réfléchit, et ça brimbale, dans sa tête. Il s’agit de la peine de mort, “bénie soit l’Amérique”, de l’Amérique, cette “nation de fieffés connards”, et il s’agit de Dieu, de croyance. Il est question de foi, mais de foi “dans le fait que, pour une raison qui nous échappe, les choses tiennent ensemble et fonctionnent”, bref, une foi “pratique”. Percival Everett n’hésite pas trop, avec des syllogismes caractéristiques d’une pensée un peu livrée à elle-même, ou des systèmes logiques de base, des petites prises de tête d’ap-parence bénigne, auxquels il lui arrive aussi de couper court : “Tue-le cet enfoiré, un point c’est tout.”
Le Supplice de l’eau, de Percival Everett, chez Actes Sud, 244 p., 20€
Etienne Faye
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