JUIN/JUILLET N°160/161
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Elysian Fields

À chaque nouvel album de la belle Jennifer Charles, Elysian Fields nous ouvre cette avalanche de séduction et de spleen qui nous envahit, la voix splendide et envoûtante de la chanteuse n’est sûrement pas innocente dans l’affai-re. Ce groupe new-yorkais a vraiment un truc à part, une sorte de langueur habite leur musique, le jeu du guitariste Oren Bloedow s’accorde parfaitement à la voix de la chanteuse. Des ballades bluesy d’une belle épure sont les pièces maîtresses de ce Queen of the Meadow (Vicious Circle) ; sorti rapidement en 2000, ce disque avait vite disparu et le voici à nouveau réédité, et les heureux fans que nous sommes vont pouvoir se vautrer dans l’écoute de cet album. Avec seulement 3 ou 4 dates en France en mai, Elysian Fields ne passera pas cet été près de chez vous, les programmateurs des festivals ont préféré des Mika et autres baudruches vocales en vogue.

Bruno Pin

Léandre / Houle / Strid

Les 1res notes de ce live sont comme un souffle, un bruissement. Ah ! Joëlle Léandre et sa contrebasse, celle que je pourrais qualifier, dans un élan, de Reine de l’improvisation. C’est dit. Ouvrez vos oreilles sur ce trio, car le Live at Sons d’hiver (Ayler Rds / France Musique) se divise en 7 mouvements sous le titre de Last Seen Headed, titre un rien complexe pour une musique ouverte aux vents et aux musiques improvisées. Musique de chambre aussi, presque déjà un classique du genre, tant celle-ci semble s’écouler naturellement. Les clarinettes de François Houle, les percussions de Raymond Strid se fondent comme par magie avec la contrebasse de Léandre. C’est calme et puissant, Last Seen Headed prend son temps, s’installe pour mieux vous saisir.

Bruno Pin

High Tone

Que de chemin parcouru par High Tone, tant concernant la maîtrise de son sujet qu’en termes de kilomètres… depuis l’an 2000 et ce 1er LP baptisé Opus Incertum ! Et voilà qu’aujourd’hui, le quintet nous délivre une nouvelle invitation au (grand) voyage via un déjà 5e album (Out Back chez Jarring Effects) qui prendra la forme d’un double digipack, avec une version triple vinyle (clin d’œil à Sandinista du Clash ?!) : 80 minutes de pur delirium sonique pour finir en orbite autour de la planète bleue ou simplement en lévitation, scotché au plafond de votre salon. Un défi à la hauteur d’un groupe à jamais nomade, traversant les steppes musicales sans limites de genre, à la façon d’éternels apprentis sorciers : scratcheurs, mixeurs, bidouilleurs, rythmeurs et ambianceurs ! Au service d’un dub ethno-électro-cosmico-urbain, mais surtout estampillé High Tone, tant cette musique se reconnaît entre mille. Divisé en 2 temps complémentaires (Dub Axiom et No Border), cet opus laisse ainsi le groupe entièrement libre, d’abord de résumer 50 années de dub dans le monde, puis d’expérimenter (sans frontières) et d’enfanter des couches sonores vraiment hétéroclites. Fin du trip et impossible de ne pas vaciller à l’écoute de 7th Assault, une incroyable épopée (tribale ?) qui vous satellise dans un climat de règlement de compte quasiment biblique. À l’heure qu’il est, les dub-trotters ont déjà repris la route des concerts dans toute l’Europe.

Laurent Zine

 

Pour lire les chroniques précédentes : PHONOGRAPHE