AVRIL
N°169
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Pigeon John

Pigeon John n’en est pas à son coup d’essai. Depuis Pigeon John is clueless, le rappeur californien (au départ underground) du collectif Quannum poursuit une carrière étonnante jamais là où on l’attend. Il prend son monde une fois de plus à contre-pied avec Dragon Slayer, album hybride produit avec le multi-instrumentiste et producteur Hervé Salters aka General Elektriks. Dragon Slayer (Quannum Projects / Discograph), 11 titres plutôt remuants et enjoués qui ne se la jouent pas hip-hop à 100 %, loin de là. Il y a de vraies mélodies avec force claviers et même une guitare acoustique, il y a une vraie chaleur dans le son (il avoue avoir eu recours pour la 1re fois à de vrais instruments et non à des samples), il y a ces gimmicks punchy et surtout le flow élastique et plutôt décontracté du MC de LA qui semble chercher le plaisir avant toute chose. Un peu pop, très funky et groovy avec malgré tout quelques chœurs un peu trop dégoulinants (dommage), hip-hop quand même dans l’âme et bouillonnant, par moments, d’une énergie quasi rock, En live à l’Usine de Genève le 13 avril.

Anne Huguet

Morton Feldman

Pour les amateurs de la musique lumineuse de Morton Feldman, la sortie de Triadic Memories (Sub Rosa) va venir poser une nouvelle pierre dans l’édifice musical du compositeur décédé en 1987. Nouvel enregistrement puisque Jean-Luc Fafchamps réitère 20 ans après la beauté de cette musique avec une partition corrigée. L’œuvre de Feldman est immense, celle pour piano est remarquable, elle est comme l’ensemble de ses compositions d’une grande exigence, pour l’auditeur aussi peu habitué à l’embrassement du silence, et d’une unité rare. Nous sommes dans l’épure la plus totale, une réduction de l’effet, une musique presque répétitive mais qui ne cesse de varier à l’in-fini. Touchée par la grâce, Triadic Memories est une œuvre majeure de la 2e partie du XXe siècle, entre cette douceur et ces sonorités discrètes, la musique de Morton Feldman est unique.

Bruno Pin

Les Ogres de Barback

Vous les connaissez, indépendants comme peu. Ce nouvel opus s’ouvre telle une boîte de Pandore. Magique et incontournable ; les 4 frères et sœurs au mieux de leur forme. Musique boostée par des univers aussi divers que la musique tzigane, l’Afrique et le flamenco, les Ogres ont mûri, et ce disque au titre prémonitoire – Comment je suis devenu voyageur (Irfan) – nous promet une belle série de concerts. Engouffrez-vous par la grande porte de la famille des Ogres, elle est humaniste et généreuse, une histoire qui dure depuis plus de 16 années, des tonnes de concerts, sous chapiteau, sous le soleil, sous la pluie, dans les festivals, et sur scène toujours une sorte de fraternité qui vous emporte, je vote pour eux. Un label au nom plein de promesses (Irfan = “connaissance” dans la langue perse). Petit plus, le CD est accompagné d’un beau livret. Grosse tournée dans l’Hexagone et plus (Allemagne, Suisse, Belgique), une date le 3 juin au festival Paroles et musiques, et 2 dates en novembre au Transbordeur. Une petite visite sur le site s’impose. www.lesogres.com

Frank Bascombe

Okkyung Lee

Musique de chambre et parcours sans défauts pour la violoncelliste coréenne avec ce 2e enregistrement. Noisy Love Songs (Tzadik / Orkhêstra) porte bien son nom, une musique sans limites qui fait le grand écart avec une belle élégance. Facture classique portant en elle les influences et les choix de la musicienne, les cordes magnifiques avec Cornelius Dufallo au violon notamment, pas facile de définir la musique de la violoncelliste, mais elle est remarquable de qualité et de finesse, improvisation ou distorsion, tout se joue avec des pattes de velours. Okkyung Lee arrive à New York en 2000, depuis les collaborations (Zorn, Thurston Moore, Laurie Anderson, Christian Marclay…) n’ont eu de cesse d’ouvrir sa musique, la preuve cet album magique aux côtés de Craig Taborn, Ikue Mori, Satoshi Takeishi…

Bruno Pin

Pour lire les chroniques précédentes : PHONOGRAPHE