MUSIQUES ELECTRONIQUES

Et voilà ce qui devait arriver dans le grand recyclage des musiques électroniques, les années 1980 reviennent sous des formes détournées, des dénominations différentes, pour un résultat souvent discutable. Quelques exemples de ce revival. Alex Gopher, pour commencer, qui délaisse son rôle de producteur de french touch (Superdiscount, le label Solid) pour jouer de la pop électronique inspirée par Love and Rockets, New Order ou les Talking Heads. Et, pourquoi pas, il a voulu casser son image de musicien tout électronique en composant des morceaux aidé d'une guitare et d'une écriture en anglais. Sur son album (Idol / V2), il y a quelques morceaux aux gimmicks accrocheurs, plutôt sombres et toniques (Nasty Wish, Carmillia, The Game), qui surnagent d'un album très inégal, parfois trop pop boy-scout, mais toujours ouvertement nostalgique.
Client est un trio produit par Youth de Killing Joke, qui a bien dû s'amuser à produire ceci. Tout au long de l'album Hearland (Out of Line), Client lorgne sans scrupules vers l'exubérance et la chaleur des années 1980. Ce groupe est ouvertement mauvais goût, très typique de ces années-là. Les claviers dégoulinent, les chœurs renvoient à n'importe quel groupe de blonds peroxydés… La chanteuse conduit la machine sur un rythme d'enfer. L'ensemble est franchement limite, mais respire la joie de vivre. De plus, il y a un traitement du son très années 2000, de bonnes basses. Un disque anti-prise de tête et enlevé.
Même le hip-hop devient nostalgique : la preuve avec TTC, 3615TTC (V2). Ils osent intituler un de leurs morceaux Antenne 2. Ils jouent des mélodies avec des vieux claviers pourris, chantent toujours de leurs voix aussi nasillardes. D'excellents morceaux (Quand je claque des doigts, Paris, Turbo, Téléphone, Ambition, Une bande de mecs sympas) et d'autres dispensables - finalement, comme toujours dans leurs albums. Concernant les paroles, les Parisiens jouent autant à la provoc, un peu moins aux machos, sont aussi cyniques et mal élevés. Aucune chance que ceux-ci soient un jour sélectionnés aux bien-pensantes Victoires de la musique. Par contre, ils sont très représentatifs des années 2000, des branleurs qui mélangent électro (associés notamment à Modeselecktor) et rap, qui sortent en boîte, boivent des coups, jouent à la console.
Programme qui est aussi à l'honneur du 1er album de The Shoppings (Ici d'ailleurs). Ce duo, composé de David "in Fused" Lavaysse à la musique et de Pascal Montfort au chant, décrit une culture hédoniste pour jeunes friqués : boîtes de nuit branchées parisiennes, consumérisme à outrance (fringues, portables, pompes), prise de drogues, boissons, Internet, drague. Un duo parisien qui, sous ce vernis ultra-tendance, semble bien moins vain qu'il n'en a l'air, plutôt questionnant la vétille du monde. Les histoires, acerbes, sont débitées d'une voix mi-rappée mi-parlée sur une musique entre hip-hop, rock (de magnifiques plans de guitares) et électro. Assurément une très belle surprise qui va faire parler d'elle. Retenez le nom, The Shoppings fait mouche.
Mister Aul, non content d'être un platiniste de talent, vice-champion du monde DMC (2002, 2003, 2004), ce qui est très bien retranscrit en images sur le DVD, est compositeur. Il tente de mélanger toutes ses influences (break-beat, hip-hop, rock, funk, drum & bass) sur son nouvel album, Addiction (Ozore Age / Pias), aidé de multiples musiciens. C'est riche, plein de générosité, parfois démonstratif mais toujours groove. Mister Aul a créé un disque fort entraînant et qui plaît.
Le quatuor Teknic Old Skool (contrebasse, batterie, clavier, scatches) aime la jungle mâtinée de jazz et d'ambiances cinématographiques. Leur album (Such Productions / Abeille Musique) produit par le guitariste de Wise, groupe voisin de label, offre une musique plutôt calme qui prend le temps de se développer. Les toasters étoffent le propos pour un disque atmosphérique qui ne sonne pas trop vain, ce qui est souvent le cas dans ces projets jazz électro.
À l'opposé de cette jungle relax, Distürb présente le projet Carré (Octarine / Ozore Age). Ce collectif dijonnais, emmené par le DJ et compositeur Distürb, offre une compilation de drum & bass dédiée aux dancefloors assoiffés de BPM. Le casting, composé, entre autres, d'Interlope, de Fx909, de Dual Snake et de Shrink V, annonce la couleur : basses lourdes, sons agressifs, rythmes soutenus et ambiances plutôt sombres. Les morceaux du collectif dijonnais sont tout à fait à la hauteur et méritent amplement une reconnaissance du grand public. De la drum & bass épicée qui remplit sa mission.
Calmons un peu le tempo avec le nouvel opus, Myosotis (www.label-maison.org), de Vadim Vernay. Encore une fois, mettez la Picardie sur la carte des musiques électroniques pointues. Vadim Vernay a su enfin concilier ses influences dansantes (hip-hop mutant à la Lex, Ninja Tune) avec celles plus cérébrales (Warp, Scape). Ce qui donne 11 titres plutôt dépouillés avec un magnifique travail sur les basses et les rythmes. Dommage que cet artiste n'ait pas encore toute la visibilité qu'il mérite. Du bel ouvrage.
Tempo encore plus relax avec le nouveau projet de Matthew Herbert, Score (Accidental Records / !K7). C'est une compilation de ses musiques de film et de danse. Soit une musique presque tout le temps instrumentale, oscillant entre jazz swing, musiques d'inspiration latine et traitements électroniques très très légers. Ces musiques sont peu linéaires, pleines de vie, d'accidents, et superbes à l'écoute.

Ben Saglio / Avril 07

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