ARCHIVES
1999

JANVIER N°34
Maguy Marin
Elizabeth Macocco
Sonic Youth
Orlan

FEVRIER N°35
Les Wampas
Tue Loup
Bob Dylan
Philippe Vincent
Le Masque et la Barbarie

MARS N°36
Abou Lagraa
Freeture
Iva Bottova
Gilles Chavassieux

AVRIL N°37
Mick Harris
Martha Rosler

MAI N°38
Dominique A
High Tone
Jacques Roman
Double Nelson
Maurice G. Dantec

JUIN N°39/40
Jazz à Vienne

SEPTEMBRE N°41
Guy Darmet
Machine Head
Meï Teï Sho
L'Amphithéâtre de l'Opéra
Bertrand Tavernier

OCTOBRE N°42
Josef Nadj
Gwenaël Morin
Patrick Bazin
MP3

NOVEMBRE N°43
Michel Raskine
Fred Bendongué
Gnawa Diffusion
Sang d'Encre
Abramovic et Ulay/Jean Olivier Hucleux

DECEMBRE N°44
Keiichi Tahara
Internet outil démocratique

  SEPTEMBRE N°42  

Meï Teï Sho
Le Mix vivant


Au départ, le Meï Teï Shô serait un phénomène observé principalement au Japon ; celui de la fermentation et production d’alcool par le corps humain lors de l’absorption de quantités substantielles de riz ! ?En l’espèce, une aventure musicale qui renvoie à l’ivresse de tous les instants et qui colle parfaitement à l’image d’un groupe en pleine mutation. Dans une logique carpe diem, détour du côté de chez Jean (chanteur) avec Kostia (guit), à l’ombre d’un reggae buster.

Né il y a deux printemps sur les pentes de la Croix-Rousse, Meï Teï Shô est un collectif de musiciens à géométrie souvent exponentielle, qui de jam sessions en hasard des rencontres, déambule sur tous les pans de la musique, black de part ses origines, multi directionnelle à l’arrivée. Afro beat, jungle toast, be jazz core, le tout entrelacé sur des nappes Dj-tiques, gaufré de phrasés autonomes et de vrilles cuivrées.
Les 7 (vx/dr/bass/guit/sax/dj/son : la base) mercenaires de l’impondérable, aiment à faire vivre leur musique sur les planches et s’immerger dans les rizières de l’improvisation au gré de la géographie des lieux et des publics. "Le côté non figé de la musique est la condition sine qua non ; un feeling à l’origine de la “greffe” Meï Teï Shô. Aujourd’hui, nous structurons des trames pour composer mais ce n’est pas un frein à l’impro, plus un élément de clarté entre musiciens et de compréhension avec l’auditoire. Sur scène, les thèmes varieront aussi en fonction de la complicité qui peut s’établir, de toute façon il faut que “ça tourne” pour que la transe s’installe ; à un moment, cela nous échappe et nous voilà partis".
Et tant qu’à partir, il se peut qu’à la croisée des sonorités, il y ait beaucoup de monde en liberté, d’horizons musicaux et de racines culturelles différents. Destroy Babylon, n’en déplaise aux gardiens du temple. C’est aussi ça la mixité en marche. Dans le texte, le Meï Teï Shô s’en ressent ; Jean utilise d’ailleurs pas moins de cinq langues pour toaster et se raconter : wolof, mandjak, créole portugais, français et anglais ! Sénégalais d’origine guinéenne vivant en France, pour lui la nationalité est universelle comme la musique est diffuse. L’humain avant tout, la conscience pour l’épauler (cette loupiote qui doit clignoter en permanence, nourrie de mémoire et de vigilance). Dans les fièvres de la discussion, une anecdote lui revient, "c’était en 88 lors des élections au Sénégal, le peuple descendit massivement dans la rue, soupçonnant une fraude généralisée. A l’époque, le ministre de l’intérieur s’appelait ici Charles Pasqua et dans le cadre des bonnes relations franco-africaines, il affréta un avion rempli de matériel anti émeutes... gaz lacrimo, matraques et autres gadgets de bon aloi. Je ne risque pas de l’oublier". Une histoire parmi tant d’autres qui nous rappelle aussi comment certains ont la mémoire atrophiée quand il s’agit d’aller urner. Pendant ce temps au Kosovo, en Algérie ou en Irak... si loin si proche, le monde va mal. Quant au discours du Meï Teï Shô, il s’accorde parfaitement à sa musique, ouverture et lucidité dans la lignée du reggae Conscious. Et Jean de rappeler les mots de Hailé Sélassié devant la SDN à l’époque où l’Italie avait des visées sur l’Ethiopie, paroles reprises ensuite en chanson par Bob Marley. En substance, cela disait : "Tant qu’une nation voudra en soumettre une autre et tant qu’au sein d’une nation, il y aura des citoyens de 1ere classe et d’autres de seconde zone, ce sera guerre et déchirement". Un esprit pour le moins visionnaire, prophète en son pays et qui allait influencer l’histoire du Rastafari tout au long de ce siècle. Pour ce qui est de l’avenir de l’humanité, il faudra encore beaucoup d’abnégation et d’oreilles en pointes pour que le concept de “mix vivant” interfère sur la réalité planétaire. En attendant, ma loupiote clignote rien qu’à l’idée d’aller apprécier l’un des groupuscules de raides les pentes en concert avec Cosmic Connection et Dj Pee. Alors Shô devant.

Laurent Zine