Au
départ, le Meï Teï Shô serait un phénomène
observé principalement au Japon ; celui de la fermentation
et production dalcool par le corps humain lors de labsorption
de quantités substantielles de riz ! ?En lespèce,
une aventure musicale qui renvoie à livresse de tous
les instants et qui colle parfaitement à limage dun
groupe en pleine mutation. Dans une logique carpe diem, détour
du côté de chez Jean (chanteur) avec Kostia (guit), à
lombre dun reggae buster.
Né il y a deux printemps sur les pentes de la Croix-Rousse,
Meï Teï Shô est un collectif de musiciens à
géométrie souvent exponentielle, qui de jam sessions
en hasard des rencontres, déambule sur tous les pans de la
musique, black de part ses origines, multi directionnelle à
larrivée. Afro beat, jungle toast, be jazz core, le tout
entrelacé sur des nappes Dj-tiques, gaufré de phrasés
autonomes et de vrilles cuivrées.
Les 7 (vx/dr/bass/guit/sax/dj/son : la base) mercenaires de limpondérable,
aiment à faire vivre leur musique sur les planches et simmerger
dans les rizières de limprovisation au gré de
la géographie des lieux et des publics. "Le côté
non figé de la musique est la condition sine qua non ; un feeling
à lorigine de la greffe Meï Teï
Shô. Aujourdhui, nous structurons des trames pour composer
mais ce nest pas un frein à limpro, plus un élément
de clarté entre musiciens et de compréhension avec lauditoire.
Sur scène, les thèmes varieront aussi en fonction de
la complicité qui peut sétablir, de toute façon
il faut que ça tourne pour que la transe sinstalle
; à un moment, cela nous échappe et nous voilà
partis".
Et tant quà partir, il se peut quà la croisée
des sonorités, il y ait beaucoup de monde en liberté,
dhorizons musicaux et de racines culturelles différents.
Destroy Babylon, nen déplaise aux gardiens du temple.
Cest aussi ça la mixité en marche. Dans le texte,
le Meï Teï Shô sen ressent ; Jean utilise dailleurs
pas moins de cinq langues pour toaster et se raconter : wolof, mandjak,
créole portugais, français et anglais ! Sénégalais
dorigine guinéenne vivant en France, pour lui la nationalité
est universelle comme la musique est diffuse. Lhumain avant
tout, la conscience pour lépauler (cette loupiote qui
doit clignoter en permanence, nourrie de mémoire et de vigilance).
Dans les fièvres de la discussion, une anecdote lui revient,
"cétait en 88 lors des élections au Sénégal,
le peuple descendit massivement dans la rue, soupçonnant une
fraude généralisée. A lépoque, le
ministre de lintérieur sappelait ici Charles Pasqua
et dans le cadre des bonnes relations franco-africaines, il affréta
un avion rempli de matériel anti émeutes... gaz lacrimo,
matraques et autres gadgets de bon aloi. Je ne risque pas de loublier".
Une histoire parmi tant dautres qui nous rappelle aussi comment
certains ont la mémoire atrophiée quand il sagit
daller urner. Pendant ce temps au Kosovo, en Algérie
ou en Irak... si loin si proche, le monde va mal. Quant au discours
du Meï Teï Shô, il saccorde parfaitement à
sa musique, ouverture et lucidité dans la lignée du
reggae Conscious. Et Jean de rappeler les mots de Hailé Sélassié
devant la SDN à lépoque où lItalie
avait des visées sur lEthiopie, paroles reprises ensuite
en chanson par Bob Marley. En substance, cela disait : "Tant
quune nation voudra en soumettre une autre et tant quau
sein dune nation, il y aura des citoyens de 1ere classe et dautres
de seconde zone, ce sera guerre et déchirement". Un esprit
pour le moins visionnaire, prophète en son pays et qui allait
influencer lhistoire du Rastafari tout au long de ce siècle.
Pour ce qui est de lavenir de lhumanité, il faudra
encore beaucoup dabnégation et doreilles en pointes
pour que le concept de mix vivant interfère sur
la réalité planétaire. En attendant, ma loupiote
clignote rien quà lidée daller apprécier
lun des groupuscules de raides les pentes en concert avec Cosmic
Connection et Dj Pee. Alors Shô devant.
Laurent
Zine
|