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1999

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NOVEMBRE N°43
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DECEMBRE N°44
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Internet outil démocratique

  MARS N°36  

Je t’entends mal...
il y a de la FREEture


Pour les allergiques du réveillon de fin d’année, le festival New York fin de siècle à Nantes était une bonne alternative : quatre jours à s’en mettre plein les yeux et les oreilles avec quelques uns des meilleurs artistes new-yorkais actuels. En musique notamment outre des raretés absolues comme Arto Lindsay, la scène jazz était insensée. On a ainsi pu voir plusieurs fois sous diverses formules William Parker, Susie Ibarra, Cooper More, Assif Tsahar, Roy Campbell, Rob Brown... bref une orgie. Quand on se fait une fête de voir un seul de ces musiciens ne serait-ce qu’une fois par mois dans nos régions (inoubliables Assif Tsahar et Susie Ibarra au Pez ner il y a plus d’un an, Rob Brown avec Lou Grassi au dernier festival de Rives de Gier...) on frôle ici l’indigestion en se disant que ce n’est pas demain la veille qu’une telle occasion se représentera. Alors quand on apprend un mois plus tard, à peine remis, que tout ce beau monde se retrouvera le 24 mars à Vaulx-en-Velin, on vacille, une réaction égoïste vite écartée : 800 bornes pour les retrouver à quelques arrêts de bus ?
The Little Huey Creative Music Orchestra est le groupe de William Parker, bassiste incontournable de tout ce qui est free : Cecil Taylor, Charles Gayle ou Bill Dixon. Son art en la matière n’est plus à démontrer, Parker sait tisser une texture sonore, une base rythmique d’une densité idéale, si elle est doublée d’une bonne batterie (et Susie Ibarra est incomparable en ce domaine), pour la puissance d’un David S.Ware. Mais plus ambitieux avec le Little Huey, William Parker n’est peut-être pas tout à fait Charlie Mingus, si c’est l’influence évidente, il lui manque encore une clarté dans la composition.
Quelques moments de Sunrise In The Tone World, deuxième et meilleur disque de son orchestre, rappellent par leur côté "jungle sonore" le Living Time Orchestra de Georges Russell mais on retient surtout cette pulsation rythmique qui avance inexorablement et l’incroyable volume d’un groupe hors du commun. Car de tels musiciens (ils seront quatorze à Vaulx) ont la capacité de tout exploser sur un solo. Quand on a vu une fois le ténor d’Assif Tsahar couvrir sans micro la batterie de Susie, on frissonne en pensant que le groupe comporte trois autres saxs d’un niveau comparable. Autant de grands musiciens tous leaders par ailleurs, prêts à s’écouter, à improviser ensemble, à risquer leur musique, sans se soucier des codes de bonne conduite jazzistique... les amateurs de “revival” à la Marsalis pourront rester devant leur télé (même si chez William Parker aussi on peut s’agacer d’une forme de “revival” mais de l’autre côté, du côté free...). Il faut donc s’attendre à de l’énergie pure, droit dans le ventre.`
Le 24 au Centre Culturel Charlie Chaplin.
On remarquera également Chaabi-Arfi le 23, à l’occasion des 30 ans du festival panafricain d’Alger, l’Arfi a proposé à A Vaulx Jazz de travailler sur les chansons d’un des plus grands chanteurs chaabi : Dahmane El Harrachi en invitant le chanteur Fatah Ben Lala (de l’ONB), Mohamed Abdennour au banjo et Jean Blanchard aux cornemuses. Le concert sera précédé par une expérience en visiophonie au Planétarium.
A Nantes il y avait également le pianiste Mathew Shipp, (en duo avec le violoniste Mat Manieri ou en trio avec Susie et William) décidément on a de la chance puisqu’on pourra l’entendre aussi en solo à La Tour Rose le 23 Mars. Déjà passé par là il y a trois ans, ce pianiste qui compare parfois le jazz à la boxe, s’est d’abord fait remarquer par ses contrepoints subtils derrière les hurlements de David S.Ware, moins marqué par la “free black music” que ses compères, Shipp convie toute l’histoire du piano : de Bach à Don Pullen, en passant par Debussy.
Apparemment en crise actuellement, son jeu peut basculer à tout moment vers des “clusters” et autres défoulements digne de Cecil Taylor, mais il semble craindre la comparaison et se freine sans cesse dans ces débordements. Voila un musicien qui ose livrer ses doutes lors de ses concerts, admirable et digne de Bud Powell souvent, terriblement fragile à d’autres instants, un solo de Mathew Shipp est toujours émouvant. Moins cher mais beaucoup moins classe, il joue également à
St Etienne le 22 mars à Bébert parti le 23 avril

Vincent Domeyne