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Bob
Dylan
Don't
look back
Dabord
linfo : Dont Look Back, excellent film documentaire sur
Bob Dylan en tournée en Angleterre (après la sortie de
Subterranean Homesick Blues en 1965), projeté pour pas cher à
lAuditorium.
Quest-ce quon fait maintenant ? On parle de musique, de
cinéma, de requins, de pianos mutilés, de gens qui gagnent
à être connus, de Donovan, dampoules ?
Le film parle de tout cela. |
On ne dirait pas comme ça mais ...491 est vachement connu et
rien ne semble pouvoir arrêter sa renommée, pas même
lAtlantique : depuis que deux de nos meilleurs éléments
ont hanté la Knitting Factory, dans les milieux undergrounds,
ils nont plus que Point point point four hundred ninety one (très
dur à dire vite... ils sont forts ces ricains) à la bouche.
Il est dès lors très facile dobtenir une interview
de monsieur Zimmerman concernant Dont Look Back. Mais même
avec lappui du journal que tout le monde sarrache à
New York, la perspective dun entretien avec Bob Dylan nest
pas rassurante. On a beau essayer de se changer les idées en
repensant à son irrésistible duo avec Jean Paul Deux,
ce sont plutôt les images du documentaire de Pennebaker qui reviennent,
celles où presque tous les journalistes se font détruire
à la moindre question. Cest donc lestomac noué
que lon se décide à rencontrer lune des dernières
vraies icônes de la culture pop.
Lhôtel est luxueux et de très mauvais goût,
le genre de repère de stars où lon sattend
à tout moment à voir surgir un Mick Jagger ou un Iggy
Pop. Assis dans un coin à côté de son agent, Bob
Dylan sirote un Bloody Mary, il fait la gueule, ses ongles ne sont pas
entretenus, ça sannonce mal. Vagues présentations
et première question balbutiée un mini Robert & Collins
sur les genoux :
Dans Dont Look Back, vous éludez plusieurs fois une question
qui semble vous obséder : êtes-vous folk, pop ou... ? Pourtant
quand on vous voit au début, jeune chanteur entouré de
fermiers, on pense forcément au folk de Woody Guthrie que vous
évoquez dailleurs souvent. Et votre influence sur la musique
pop est indéniable, sans parler du rock qui vous a attiré
les foudres des puristes... Alors ?
Pas de réponse, ils nont visiblement rien compris, lenfer.
Je sue à grosses gouttes. Moment dramatique que choisit Mick
Jagger pour sortir de lascenseur, et passer sans un regard. Dylan
: «Alors Mick, ça roule ?» Jagger : «Quest-ce
que tas, tu veux faire un bras de fer ?», la tension monte,
la dernière tournée a dû laisser des traces. Heureusement
jai toujours une photo de Françoise Hardy sur moi. A sa
vue les deux légendes sembrassent et fondent en larmes,
cest pathétique, quelques Dutronc jaurai ta
peau fusent entre deux sanglots... lincident est clos. Ragaillardi,
je me lance à nouveau :
Quest-ce que vous diriez aux innombrables béotiens qui
prétendent que vous ne savez pas jouer de lharmonica (quand
on pense à la superbe version de Dont Think Twice dans
le film !), que vous chantez mal (dans le film encore vous dites au
pauvre journaliste du Time que vous chantez aussi bien que Caruso) et
que vous savez à peine jouer de la guitare ?
Toujours pas de réponse, mais les larmes sont dues maintenant
à un immense fou rire.
Journaliste finalement cétait peut-être pas une si
bonne idée, tout lhôtel sesclaffe, la honte.
Mais qui regardent tous ces gens ? Derrière moi Iggy Pop debout
sur une table entame un strip-tease, rires gras en cascade, décidément
je hais les rock stars, on se croirait dans un film de Kusturika, ça
vire au cauchemar. Il faut en finir.
Un dernier mot Bob ?
Oui, pourquoi ce nom, 491 ?
Question classique, en fait cest simple, ça vient de...
Un cri déchire nos tympans, du verre se brise dans un fracas
assourdissant. Horreur, Léon Redbone qui passait par là
sest pris le lustre de plein fouet, panique, bousculade, le noir
se fait, plus rien.
Une lueur à nouveau... comment va Léon Redbone ? Mais
où est Dylan ? plus dhôtel, juste un clavier sous
ma joue et quelques lignes sur lécran de lordinateur
: (...) mutilés, de gens qui gagnent à être connus,
de Donovan, dampoules ?
Le film parle de tout cela.
Vincent
Domeyne
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