JANVIER
N°34
Maguy Marin
Elizabeth Macocco
Sonic Youth
Orlan
FEVRIER
N°35
Les Wampas
Tue Loup
Bob Dylan
Philippe Vincent
Le Masque et la Barbarie
MARS
N°36
Abou Lagraa
Freeture
Iva Bottova
Gilles Chavassieux
AVRIL
N°37
Mick Harris
Martha Rosler
MAI
N°38
Dominique A
High Tone
Jacques Roman
Double Nelson
Maurice G. Dantec
JUIN
N°39/40
Jazz à Vienne
SEPTEMBRE
N°41
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Machine Head
Meï Teï Sho
L'Amphithéâtre de l'Opéra
Bertrand Tavernier
OCTOBRE
N°42
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Gwenaël Morin
Patrick Bazin
MP3
NOVEMBRE
N°43
Michel Raskine
Fred Bendongué
Gnawa Diffusion
Sang d'Encre
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DECEMBRE
N°44
Keiichi Tahara
Internet outil démocratique |
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Emmanuel Bacquet©
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Dominique
A
4
ans déjà depuis La Mémoire Neuve. Aujourdhui
Dominique A revient avec un 4ème album Remué, 14 titres
emplis datmosphères musicales, dexpérimentations
sonores et de sons concassés, de paroles plus incisives et cinglantes.
Un album dun abord moins facile, plus âpre et rugueux, plus
grinçant et trituré mais qui gagne en qualité,
en densité et profondeur. |
Un 4ème album plutôt surprenant. Comment le définirais-tu
?
Je dirais que cest un album rock... Par rapport à ce que
jai fait avant, les gens ont tendance à dire que cest
une rupture. je pense quil est un peu dans la continuité
des deux premiers albums. Le troisième album était à
part : il était plus chanson, beaucoup plus feutré, moins
dissonant par instant, plus doux en fait. Je le ressens en rupture et,
en même temps, comme un retour en arrière avec ce que jai
fait il y a quelques années, ma façon de faire, les méthodes
que javais. Cest aussi la volonté dêtre
plus incisif dans les arrangements et linstrumentation.
Remué, un titre choisi par hasard ou qui a son sens ?
Disons quon la suggéré ! En fait, le morceau
Tu vas voir ailleurs a été rebaptisé pour éviter
de faire double emploi (il sappelait Remué au départ).
Je navais pas le titre dalbum qui me convainquait à
100 %; je me suis rabattu sur celui-là un peu par défaut.
Je lai pris parce que jaimais bien le double sens quil
y a dans le mot, lidée de muer, puis je pense
aussi que le disque est un peu secoué par moments. Mais ce qui
ma fait flancher, cest quil correspondait bien à
mon état desprit à ce moment-là.
Dans cet album, y a-t-il des titres que tu revendiques plus que dautres
?
Je suis une ville, Tu vas voir ailleurs justement... chansons que je
mets un peu plus en avant pour diverses raisons. Je suis une ville pour
être parvenu à délivrer un peu le fond de ma pensée
sur un sujet précis : ce que je ne sais pas bien faire ! Evoquer
et essayer de développer ce qui me tient à cur,
mettre en avant les choses auxquelles je pense dans la vie courante,
je ne le fais facilement. Je suis plutôt du genre à extrapoler
sur une phrase, sur une idée qui mest venue à lesprit.
Tu vas voir ailleurs pour la musique, pour tous les sens que lon
peut donner à cette chanson. Cest marrant, les gens nont
jamais les mêmes interprétations. Mais à chaque
fois, cela se tient par rapport au texte ! Jaime aussi Les douanes
avec son ambiance musicale...
Peut-on dire que tu as changé ta façon de travailler
pour cet album, par exemple, dans ta manière daborder le
texte ?
Cest un retour en arrière parce que je pense être
revenu sur un terrain où je bidouille vachement plus les arrangements.
Jessaie dêtre moins carré, de marrêter
au moment où cela me semble bien, même si ce nest
pas tout à fait fini. Jaime bien lidée que
ce nest pas tout à fait figé et que je pourrais
éventuellement réécouter ce disque dans quelques
années; que ce soit un peu encore en suspens. Retour en arrière
quant aux méthodes de travail sur la bidouille, le fait de ramener
des sons qui foutent un peu en lair la mélodie. Et cest
différent dans la mesure où jai beaucoup travaillé
sur la base des textes, ce qui est assez nouveau pour moi. Avant je
travaillais sur la base des musiques, sur lesquelles je calquais tant
bien que mal des paroles. Evidemment cela change tout. Car les textes
induisent un certain type de chant, un certain type de mélodie
ou de non-mélodie aussi. Le travail autour de la voix et du texte
est alors tout autre. Ce qui mintéresse depuis le début,
cest de travailler sur des ambiances musicales. On peut appeler
cela les arrangements. Mais je trouve quambiance musicale cela
correspond mieux à lidée que je men fais.
Jai travaillé plus autour de la voix et des textes, plutôt
que sur la voix et les textes, en fait. Cela a été un
travail périphérique. Cest un peu délicat
den parler car cest toujours très empirique. Certains
morceaux se mettent très rapidement en place, dautres demandent
plus de travail. Les douanes ou Tu vas voir ailleurs ont été
faits intégralement en studio : lorchestration, les arrangements,
tout est fait de façon complètement anarchique et bordélique.
Et cest souvent ce qui au final me séduit le plus. Parvenir
à quelque chose qui ressemble à une chanson. Je les écoute
dune façon un peu différente, avec plus de plaisir
quune chanson qui aurait été travaillée dans
un certain sens et de façon plus finie comme par exemple Je suis
une ville.
Un enregistrement à New York et en Bretagne : cela tarrive
souvent de faire double travail ?
Non, je ne suis pas du genre à péter les budgets ! (rires)
Cétait une décision un peu délicate à
prendre. Cela a été le grand foutoir ce disque : puisque
dun enregistrement live avec des gens, je suis revenu à
un travail en solitaire avec sampler. Cest un peu nimporte
quoi. Ce qui est rigolo, cest ce que ça a donné
! Ce nest pas sérieux et, en même temps, je crois
que cest bien de se donner la possibilité de chercher.
Reste que cest vraiment navrant daller si loin pour nen
revenir quavec 4/5 chansons finies.
Et si cétait à refaire ?
Les erreurs ne me servent pas beaucoup, je nen tire pas les bons
enseignements : je commettrais grosso modo les mêmes erreurs !
Disons que compte tenu des sous quil y avait dans lhistoire,
je préparerais un peu plus. Maintenant je suis dans un état
desprit complètement différent. A la limite, jai
un peu oublié le pourquoi du comment du départ là-bas.
Puis je dirais que mes aspirations musicales ont changé. Il y
a un an je voulais des choses le plus naturelles possibles, du live.
Aujourdhui je veux absolument expérimenter (je naime
pas trop le mot, car cest une espèce de foutoir qui excuse
souvent bien des choses), jai envie de triturer un peu les chansons,
de passer véritablement par un travail de studio et de machine.
Et dune année à lautre, mes envies changent.
Maintenant je pense quil y a tellement de choses qui ont été
faites, de disques que lon peut encore écouter, que si
lon ne prétend pas avoir un petit esprit dinnovation,
dexpérimentation, alors à la limite pourquoi refaire
un disque ? Cest un peu la leçon que je tire de lenregistrement.
Peut-on dire quil existe une recette Dominique A ? Ou est-ce
un peu empirique ?
Cela dépend des disques. Cest marrant car jai limpression
quaujourdhui, dans ma génération, tout le
monde travaille un peu comme cela. Jai limpression de ne
pas faire les choses comme il faut, de ne jamais vraiment finir ce que
je commence. Je le déplore et en même temps, quand je finis
vraiment un truc, cela ne me satisfait pas non plus. Je préfère
laisser les choses un peu à létat débauche.
Cest plus suggestif, plus parlant, marrant à écouter.
Je sais que, par rapport aux concerts, par rapport au travail fait avec
le groupe, on se donne la peine. Et pourtant, jai le sentiment
quon y va avec un bandeau sur lil, un peu comme des
charlots. Cela nous engage énormément, cest très
sérieux pour nous et en même temps jai la sensation
quon na pas la méthode. Cest comme de vouloir
faire des choses avant davoir appris certains principes.
Tu dis dans Les Inrocks : Je considère quun
musicien a pour tâche découter la musique des autres,
quest-ce que tu peux ajouter à cela ?
Je lécoute dabord pour ce quelle est. Jadore
les classiques en musique, les albums incontournables, mais jaime
aussi les petits disques, parfois un peu anodins qui amènent
un petit truc. Cest très interactif entre les classiques
et les petits disques obscurs. Il y a une espèce déchange
: les gens sinfluencent un peu mutuellement. Ensuite, je mets
cela en comparaison avec ce que je fais. Et là je trouve de nombreux
motifs dinsatisfaction. Je pense que cest une bonne méthode
pour essayer davancer. Je crois que je rencontre trop de gens
autour de moi qui prétendent faire de la musique ou parler de
la musique sans avoir des bases, sans avoir une paire de feuilles développées.
La paire de feuilles développées, il ny a rien de
mieux pour écouter des disques, se faire son opinion. Comme par
hasard, les gens avec lesquels je travaille, je mentends bien,
ce sont souvent ceux avec lesquels je peux vraiment parler musique.
Une tournée commence. Tu as déjà eu tes 1ers
contacts avec le public. Comment as-tu ressenti le fait de chanter en
public cet album qui est plus âpre que le précédent.
Quelles ont été les réactions ?
Sur scène on est dans lambiance de lalbum, y compris
par rapport aux vieilles chansons qui sont réadaptées.
Les réactions des gens sont plutôt bonnes. Je pense quils
savaient déjà ce quils allaient trouver. Et comme
dhabitude, les gens me disent quils préfèrent
la scène, ce qui est assez désolant ! Parce quil
y a un impact visuel, sonore qui est différent. Et cest
vrai que sur disque je ne recherche pas du tout les mêmes sensations
que sur scène. Ce nest ni le même enjeu, ni le même
propos. Cela se passe plutôt bien. Cest un répertoire
plutôt dur à tenir, qui demande beaucoup de concentration,
dénergie, beaucoup de tension. Pour linstant, cest
très irrégulier dans le jeu, cest tout neuf. On
ne le maîtrise pas encore assez. Les gens sont assez surpris dans
lensemble. Et plutôt en bien !
As-tu changé ta manière dêtre sur scène
?
Avant je ne bougeais pas du tout. Cest devenu un peu plus expressif
quavant. Cest surtout le son qui a changé par rapport
à la scène. Tout le côté bricolage quil
y avait sur les disques, cela passait par des échanges dinstruments
sur scène, par exemple. Ce qui donnait, en fonction des morceaux
et du jeu de chacun, des sons différents. Maintenant tout le
monde est à sa place, avec son instrument. Par contre sur le
travail des sons, cest plus étoffé : sur le son
des guitares, celui du clavier; sur les rythmiques aussi cest
très différent. Cest plus consistant, plus pesant.
Te sens-tu en phase avec toi avec cet album ? Est-il plus conforme
à ce que tu es ? tu veux faire ?
Oui... je pense. Cela dit, quand je commence à faire des concerts,
je vois tout ce qui aurait pu être fait. En gros je ne suis jamais
content de moi-même (rires). je nai pas envie de travestir
la réalité. Cest vrai que je suis à la recherche
de trucs que je nai pas trouvé. Ce peut être pénible
pour les gens qui nont pas forcément envie de mettre de
largent pour quelquun qui se cherche. Je suis content, je
dirais, à 30 % ! Cest pas mal quand même !
Propos
recueillis par Anne Huguet
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