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Christian Ganet©

 

Gilles Chavassieux
met en scène Néo,
une comédie de Jean-Pierre Sarrazac
au théâtre des Ateliers

En quelques mots, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de monter cette pièce ?
C’est une pièce contemporaine qui crée des passerelles entre la France aux multiples visages, Moscou, les régions dévastées de l’Europe de l’Est. Le ton employé dans ce texte de Jean-Pierre Sarrazac m’a intéressé : c’est un ton picaresque. C’est une pièce impossible à résumer. Je dirais qu’il s’agit d’un cuisinier français qui vient s’installer à Moscograd. Il se voit comme le “Cheval de Troie” de la culture française au cœur de la barbarie (rires).
Il y a un personnage magnifique : Katia, qui découvre que tout est négociable : formée dans une université soviétique, on comprend qu’elle n’y était pas franchement préparée. Pourtant, elle va rapidement prendre le pli. Et puis, soudain, dans le dernier des trois tableaux de la pièce, elle se rend compte qu’il n’y a plus rien à négocier...
Vous voulez dire...
...qu’il faut que tout le monde crève; l’auteur a hésité au moment de trouver un titre à son œuvre : Néo ou Noé ?
Finalement, elle s’appelle Néo, avec un sous-titre : Trois Panneaux d’Apocalypse.
Vous avez parlé de Katia, “personnage magnifique”, selon vos termes. Comment travaillez-vous les personnages ?
Tout d’abord, il convient de préciser que nous ne faisons pas de travail “psychologique” sur les personnages. Nous préférons focaliser notre attention sur les mouvements, le corps, mais aussi sur le souffle, sur le son, sur l’intonation, sans chercher à prédéfinir un caractère. Je ne crois pas au “théâtre de caractère”. La personnalité de Katia, par exemple, se construit en triptyque : entre l’auteur, l’acteur et le metteur en scène, et ce au fur et à mesure du texte, au fur et à mesure des répétitions. Pour finir, un personnage est une succession de microclimats qui induisent, pour le spectateur, une interprétation qui, dans une certaine mesure, échappe aux créateurs.
Justement, qu’est-ce qui vous pousse encore à créer ?
L’impression d’exister, le théâtre est une activité qui me permet d’être. Le monologue de la fin de Néo, c’est celui de l’éternel candidat à l’exil. Je pense qu’à ma manière, je suis ce candidat. L’exilé a une parole, il a besoin de l’exprimer.
C’est un message politique ?
La parole est nécessairement politique. Mais celle de l’artiste doit pouvoir se passer du “message”. Le message a toujours quelque chose de dogmatique; dans cet esprit, il me semble que je dois éviter les symboles, porteurs essentiels du dogme. Quoi qu’il en soit, l’artiste est pris dans une société, comme tout le monde il a ses influences. L’artiste a pour vocation de participer à l’émancipation des individus, de donner naissance à soi-même : certains pourraient d’ailleurs penser que cela mérite la mort.
Pour conclure, en quoi cette pièce répond à ces aspirations ?
J’ai le sentiment qu’après, on peut commencer à parler.

Propos recueillis par Etienne Faye