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  MARS N°36  


Caroloine Vernyère©

 

Abou Lagraa
KRAFT, Cie La Baraka

Le public l’a surtout découvert lors de la dernière Biennale de la Danse, à Lyon. Violatus était cette dernière création dont émergeait quelque chose de nouveau, comme de l’indicible et pourtant si présent. Quelque chose que l’on attendait au détour des spectacles dans la danse en France. Sans aucun doute une écriture chorégraphique nouvelle et qui va se poser, espérons-le, autour de ce jeune chorégraphe.
Il le dit lui même, une des forces de Violatus s’appuyait sur son instinct chorégraphique. Kraft est au contraire, une mise à nu qui lui apprend la construction, lui demande plus de réflexion. Avec Kraft, Abou Lagraa commence à comprendre… Si cette pièce n’a rien à voir avec le propos de Violatus, il demeure quand même une constante, en filigrane, dans l’esprit et la vie du chorégraphe, à savoir l’importance de la relation aux autres, d’être avec les autres et la solitude aussi qui, loin de nous éloigner doit nous aider à la tolérance pour mieux retrouver le monde…
KRAFT, c’est un mot allemand ?
C’est exact, Kraft signifie force en allemand, c’est la force des êtres qui s’impose dans un espace. Cette force est matérialisée sur scène par un socle métallique, un cercle qui dégage de l’énergie, une énergie qui vient aussi de la chorégraphie. Ce socle est sur le milieu de la scène durant tout le spectacle car j’avais envie d’un rapport nouveau à la mise en scène, quelque chose qui diffère du mouvement .
Vous avez construit le spectacle sur deux parties ?
Oui, la première partie se trouve dans un état d’urgence, la partie du chacun pour soi qui vient s’exprimer dans le cercle. Les danseurs ne se touchent pas, ils n’ont pas de contact. On est plus dans l’abstrait, là où les danseurs sont eux-mêmes de l’énergie. Une énergie qui se dégage à l’intérieur ou à l’extérieur. La deuxième partie est plus poétique plus charnelle, les corps se touchent et se trouvent. Le mouvement est plus rond, plus en périphérie.
Tout cela pour dire que le fondamental pour moi c’est d’être ensemble, avec les autres, de ne surtout pas l’oublier et de ne pas se laisser envahir par une société trop matérielle, trop technologique qui nous empêcherait de communiquer. Dans le spectacle, c’est donc le métal qui représente ce matérialisme. L’énergie qu’il s’en dégage peut être froide mais les rencontres la transforment.
Une dernière question à propos d’un mot que l’on emploie souvent, “l’énergie” c’est quoi pour vous ?
Une sphère qui maintient notre corps vivant. Dans un cercle, on tourne, on vit. On ne tourne pas en rond, on va à l’infini.

Martine Pullara