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1998

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Sur les routes de l’Art contemporain
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Abou Lagraa
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OCTOBRE N°31
Zebda
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  OCTOBRE N°31  


Jonathan Mannion©

 

Zebda
y a pas d'arrangements

Chaud et ra-di-cal, Essence Ordinaire ne trahit pas les albums précédents. On retrouve la fraîcheur très personnelle de leur cocktail ragga-rock, et les Zebda n’ont rien perdu de leur verve.
Petite discussion avec Hakim (avec un H s’il vous plaît) l’un des trois chanteurs du “gremlins-team” toulousain.

On dégoupille, certaines personnes bien informées prétendent que vous venez de sortir votre troisième album. Ça vous rajeunit pas tout ça.

Eh bien n’est-ce pas ? Trois album en dix ans et c’est la continuité de Zebda. Le premier avait été enregistré plutôt live, esprit concert. Après sur Le Bruit et l’Odeur ça a été un travail plus accompli (avec l’apport du sampler), mais qui ne nous paraissait pas fini. Je sais pas, une question de temps peut-être. Maintenant on est vraiment content de l’histoire, on est arrivé à faire un truc qui nous ressemble vraiment.
Pour en revenir aux samples, vous dégagez un esprit plus “oriental”.
Disons que le côté oriental on l’a de plus en plus en vieillissant. Peut-être pour se ressourcer et se rapprocher de nos racines qu’on avait un peu oubliées. Vincent et Rémi en défrichant les vieux disques du père de Magyd et du mien ont ressorti des parties de luth, derbouka, bendir et violon qui entrent dans nos compositions.
Ce côté oriental c’est l’Algérie ?
Oui, on est fils d’immigrés, mais on veut pas entendre parler d’intégration. Ça n’a pas de raison d’être. On est intégré de fait parce qu’on est né en France et qu’on a grandi ici. On se sert de musiques algériennes, ça nous permet d’affirmer nos origines même si on maintient qu’on se sent citoyens français à part entière.
Vous avez dédicacé le disque à Matoub Lounès.
On est d’origine kabyle et on l’a beaucoup écouté. Il était investi dans un combat pour cette démocratie dont l’Algérie a besoin. L’album était fini lorsqu’on l’a assassiné mais on avait envie de marquer le coup pour réveiller les consciences. On ne sait pas par qui il a été assassiné, services de sécurité ou islamistes, mais c’était des fascistes.
Matoub Lounès ça fait aussi partie de Zebda.
Les textes de Zebda sont eux aussi engagés contre l’extrême droite, l’exclusion...
Tu peux pas faire autrement. C’est important de se battre contre ce genre de choses. On te dit qu’il ne faut pas en parler parce que ça leur fait de la pub, je suis contre cette idée-là. Il faut rafraîchir les mémoires sur 39-45 comme sur “le bruit et l’odeur” de Jacques Chirac. On sait bien que Chirac n’est pas un facho, mais avec ses déclarations sur le bruit et l’odeur des immigrés il a quand même ratissé large.
Pour cet album exit Toulouse pour New York ?
On s’est retrouvé à bosser avec Nicholas Sansano (I Am, Public Ennemi, Akhenaton), parce qu’on était intéressé par sa manière de traiter les voix. Il est venu passer une semaine à Toulouse, on lui a fait visiter notre ville, notre vie, il a été branché par ce qu’on faisait. On a travaillé ici deux mois et demi. A Toulouse pour la pré-production, puis dans un studio dans les Landes pour les instrumentaux. Pour finir on est parti à New York où Nicholas habite et on a enregistré les voix, les samples et les claviers. On est très satisfait du résultat. Il a bien pigé chacun de nous.
Les rapports avec votre maison de disque (Barclay) c’est cool ?
Pour l’instant tout se passe bien. C’est eux qui ont eu l’idée Tati et on ne peut qu’approuver cette démarche. Il y aura cent places à 9,90F dans chacune des villes où il y a un magasin Tati. C’est génial si des gens qui ne vont jamais aux concerts passent chez Tati, voient des places Zebda à dix balles et disent “Eh bé, té, j’en prends une”.
Parallèlement à Zebda il y a une bonne dynamique à Toulouse. Motivés par exemple.
Motivés c’est un disque de chansons révolutionnaires qu’on a faites au départ pour avoir un support musical sur nos marches, nos actions. C’est ce qu’on sait faire dans la musique. On a branché vingt potes musiciens de Toulouse : Bernardo Sandoval, Serge Lopez, Fly & the Tox, Spook and the Gway etc... Au départ c’est un outil politique, on en a pressé 3 000, maintenant on en est à 30 000 ventes. C’est aussi un support financier pour notre association Tactikollectif (une seule tactique, le collectif) de façon a être indépendant des institutions.
100 % collègues ? (où l’on retrouve les mêmes)
C’est la récréation, où tu fais de la musique juste pour la fête. On a commencé dans des bars, et puis on a monté le groupe. Maintenant on fait des concerts. Quand on joue il y a du monde, on fait la bringue et puis voilà.
Zebda tournera en France pour la promo d’Essence Ordinaire jusqu’en décembre. En Espagne et au Portugal en janvier sur une tournée organisée par HP 905 de St Amand Roche Savine. (Pour la parenthèse, si les gaulois auvergnats ont arrêté le festival, ça ne les empêche pas d’organiser des tournées 100 % esprit HP 905. L’année dernière les Naufragés et les Wampas traversaient la France. En 99 Zebda et Gnawa Diffusion devaient partager l’affiche hors hexagone, mais les Gnawa doivent y renoncer because production de leur deuxième album).
D’ici là vous pouvez toujours aller tomber la chemise le 13 au Transbordeur.

T. Boost