JANVIER
N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto
FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond
MARS
N°25
Frida Kahlo
AVRIL
N°26
Têtes
Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner
MAI
N°27
Dick
Annegarn
Burning Heads
Fred
Frith
Sur les pistes du travail
JUIN
N°28/29
NTM
Sur les routes de lArt contemporain
Turak
SEPTEMBRE
N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté
OCTOBRE
N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower
NOVEMBRE
N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy
DECEMBRE
N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume |
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Stéphane Négrin©
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Turak
Théâtre
Chaque
jour qui passe est un morceau de carton qui ondule
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Il
était une fois dans un pays lointain mais pas si lointain : la
Turakie... Dans un hangar aux poussières et pigeons balayés
par le temps, la petite musique d'un bandonéon, les soupirs d'un
accordéon, les grincements entêtants d'un violoncelle...
La poésie de Turak, c'est comme une vieille photo qui s'anime,
des personnages incongrus aux costumes impossibles, visages expressifs,
tristesse, joie, plaisir, douleur... On pense aux clowns d'un petit
cirque itinérant. On est dans une gare improbable, il y a l'attente.
Sans doute est-ce l'aube (ou l'aurore ?) qui donne cette couleur à
l'air ambiant. La lumière est l'invention du spectateur. On ne
saisit l'instant que comme le fumet ténu d'une musique incessante,
répétitive, qui s'échappe en volutes élégantes
et envahit l'espace vital... En Turakie règne une folie douce-amère
où la cruauté du regard le dispute à la tendresse,
rarement peinture vivante ne fut plus éloignée et plus
proche de notre humanité quotidienne : extraordinairement banale,
banalement extraordinaire (un peu à l'image de cette suite de
lieux communs). Le hasard est une danse fugitive et chaotique, tantôt
harmonieuse, tantôt heurtée, un quotidien qui se construit
des riens, des pas-grand-chose. J'ai voulu voir une parabole absurde
de la tolérance : les solitudes se cognent, s'observent, s'ignorent,
cohabitent, fusionnent... Inquiétante, émouvante ou drôle,
la faune imaginaire de la nuit (ou du matin) : monstres, spectres humains,
tellement gais, colorés, parfois mélancoliques, s'affirmant
à tout instant comme des êtres essentiellement, concrètement
doués de vie...
Une échelle sans visage, avec une pèlerine, surmontée
d'un béret de marin, qui bouge, qui a une main et un marteau,
ça n'existe pas, ça n'existe pas,
un couple d'entonnoirs qui promène ses enfants,
ça n'existe pas, ça n'existe pas...
Aujourd'hui le Turak, presque malgré lui, oublie le conte de
fée, dont il s'était fait une spécialité
et qui avait fait un peu sa réputation - non usurpée mais
réductrice - de théâtre pour enfant. Point de roi,
point de reine. Bien sûr, en Turakie, même si les thèmes
changent, la poésie, elle, est toujours présente. Marionnettiste
à ses heures, adepte du théâtre d'objet, bricoleur,
inventeur du dimanche et des autres jours de la semaine (par exemple
le mardi, le jeudi...), Michel Laubu est un subtil magicien de l'absurde,
ouvrant les possibilités de sens, ne les limitant jamais à
ses propres visions. L'homme n'est heureux que lorsqu'il s'insère
dans l'imaginaire du spectateur, qu'il y provoque une réaction
alchimique, une émotion esthétique, un rire, un plaisir...
Amoureux de l'objet, c'est avec une dinguerie de bric-à-brac
qu'il conçoit les décors, les costumes, un univers de
récup', un délire créatif s'inspirant de notre
quotidien pour instiller le rêve.
Le Turak n'en est pas à son coup d'essai puisque voilà
douze ans qu'il enchante les lyonnais - et autres enfants. Ses "avis
de tempête", l'année dernière, avaient déjà
bousculé certaines idées reçues, ouvrant largement
ses portes aux curieux, pendant des séances mémorables
de répétition ou pour des petits spectacles, leur permettant
de rentrer dans l'intimité de ce travail de recherche et d'improvisation
qui fait l'originalité de sa démarche. Pendant la coupe
du monde - de football - une autre façon de rêver. (D'ailleurs,
un joueur de l'équipe du Brésil viendra signer des autographes
durant la première semaine de représentation : à
ne pas louper, donc...)
Etienne
Faye
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