JANVIER
N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto
FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond
MARS
N°25
Frida Kahlo
AVRIL
N°26
Têtes
Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner
MAI
N°27
Dick
Annegarn
Burning Heads
Fred
Frith
Sur les pistes du travail
JUIN
N°28/29
NTM
Sur les routes de lArt contemporain
Turak
SEPTEMBRE
N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté
OCTOBRE
N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower
NOVEMBRE
N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy
DECEMBRE
N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume |
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Henri
Texier
Respect
cest le titre du dernier album dHenri Texier avec quelques
grands (Lee Konitz, Bob Brookmeyer, Steve Swallow et Paul Motian),
cest aussi un terme qui vient naturellement quand on pense au
contrebassiste, Henri Texier impose le respect par sa musique évidemment,
mais aussi simplement par sa présence physique. Il y a chez
lui un don unique pour mêler une belle mélodie qui reste
longtemps dans les esprits et des moments totalement libres, comme
dans ce magnifique morceau Colonel Skopje lune des plus belles
choses enregistrées dans les années 80. |
D où
vient cette dualité musicale ?
Jai commencé à jouer de la musique de jazz
très jeune et vers 17 ans jai eu la chance de remplacer
un contrebassiste à Paris dans les clubs, dans la section rythmique
maison
il y passait beaucoup de solistes américains,
cétait la fin de la grande époque be-bop et jai
pu jouer avec des gens très forts : Lee Konitz, Kenny Clark,
Bud Powell
Jétais donc confronté à
la vérité de cette musique-là, et en même
temps cétait la grande époque du free-jazz, de
sa découverte, je parle du début des années 60,
Ornette Coleman, Albert Ayler... par ailleurs javais monté
un quintette avec quelques jeunes musiciens dont Jacques Thollot,
et on jouait du free-jazz. Donc, jai grandi musicalement en
faisant les deux en même temps : expérimental un
jour, et le lendemain au Blue Note avec des gens qui faisaient une
musique tout à fait figurative. Puis jai remplacé
Jean-François Jenny Clark dans le quintette de Don Cherry et
il y avait aussi ça là-dedans
jai sûrement
été plus influencé par Don Cherry que par Ornette
Coleman, laspect ethnique, mélodique, dansant avec une
pulsation régulière et puis laspect complètement
libre, sans harmonies, ni pulsations.
Et linfluence ethnique dans votre musique ?
Il se trouve que je suis dorigine celte, alors ça peut
expliquer un certain goût pour la mélodie et laspect
plutôt modal de la musique que je joue. Je suis né à
Paris et en même temps que je découvrais le jazz, il
y avait aussi la musique indienne avec Ravi Shankar, toutes les musiques
du magreb
tout un mélange et cest à ce moment
que je découvrais aussi mes origines celtiques et une musique
qui me plaisait beaucoup. Mais cest assez naturel, ça
ne participe pas dun retour à une identité, ou
une recherche de racines. Cétait fortuit, mais très
fort.
Vous êtes retourné en Afrique avec Louis Sclavis et
Aldo Romano, comment était reçu votre musique ?
En fait on ne sait pas parce quon nen a pas vraiment parlé
avec les gens, tout ce que je peux dire cest que chaque fois
que nous avons joué dans des situations différentes
qui nétaient pas des situations de concert, cest
à dire dans la rue, sur une place de village, au bord dune
route, les gens venaient et ressentaient complètement la musique
quon jouait. Et apparemment sils se posaient des questions,
cétaient sur les instruments quon jouait (des contrebasses,
ils nen ont pas vues des masses ! des clarinettes non plus
)
mais pas sur la musique qui avait lair complètement évidente
pour eux : les gens se mettaient à danser, ça ne
posait pas de problèmes. Et cest là que jai
eu la preuve que la musique de jazz a des racines africaines très
profondes, qui sont parfaitement vivantes. Je me souviens dun
moment particulièrement émouvant : on était
en train de jouer Idemo et jai pris un solo, comme si je jouais
ça à Lyon, Paris ou au festival de Je-sais-pas-où
et il y avait toutes les dames âgées du village, on se
serait cru dans un film de Jean Rouch en noir et blanc, et ces très
vieilles dames dénudées se sont mises à taper
dans les mains pendant mon solo, cétait incroyable !
Et le retour en Europe nest pas trop dur après de
telles expériences ?
Oui et non, les voyages en Afrique ne sont pas reposants, ce nest
pas des vacances. On est content de retrouver son environnement, et
en même temps le souvenir de ce genre de situations est assez
indélébile. On est marqué à vie mais il
ny a pas forcément de nostalgie
et puis il ne faut
pas se prendre pour des champions non plus, on nest pas adapté
pour vivre dans ces pays-là, il faut plus de temps pour sadapter
physiquement, donc on est quand même content de rentrer chez
soi.
Pour le concert au Toboggan vous serez entouré de Bojan
Zulfikarpasik, Sébastien Texier et Tony Rabeson, vous travaillez
beaucoup avec des musiciens de la génération de votre
fils
Oui, mais là aussi cest très naturel. Cest
un peu le hasard, bon je ne fais pas la sortie des écoles de
jazz avec mon grand imperméable que jouvre pour leur
montrer ma clé de fa ! (rires). Ça se fait par
les rencontres et les dernières, surtout grâce à
Sébastien.
Vous voyez une différence dans leur approche du jazz ?
Dabord ils ont une très bonne connaissance de leur instrument,
de la musique en général, ils connaissent plein de choses
différentes et ils nont pas dillères.
Ça, ça me plaît et on rejoint le début :
jaime bien jouer des choses très figuratives, très
mélodiques avec des harmonies parfois très compliquées
et aussi des choses complètement barrées, abstraites,
voire moches, agressives, un peu le reflet de la vie autour de nous
et cest difficile à faire. Finalement tous ces musiciens
que jai rencontré avaient des qualités à
la fois musicales et douverture desprit. Quand jai
rencontré Louis Sclavis, cétait pareil il nétait
pas très âgé non plus, il vit sa vie, on sest
retrouvé par exemple dans le trio avec Aldo. Noël Akchoté
vient de quitter le Sonjal, Julien Lourau aussi. Le Sonjal continue,
jai remplacé Julien par Vincent Mascart qui est un très
bon saxophoniste, et puis Noël pour linstant je ne le remplace
pas, mais il ne faut pas trop sen faire, ça na
pas empêché quil menvoie son dernier disque,
on reste en contact, cest très bien.
Est-ce que vous pensez que les contrebassistes ont une position
privilégiée pour diriger un groupe ?
Non, absolument pas, cest très difficile pour les contrebassistes
et les batteurs
les mains sont prises
Exactement, jai
déjà dû dire ça quelque part, on a les
mains prises (rires). Alors sur le plan musical, il y a tout un travail
préparatoire pour bien se faire comprendre. Il faut beaucoup
déchanges, de confiance parce quune fois que cest
parti, même si cest vous qui avez tout écrit, vous
nêtes plus que le bassiste de lorchestre
Il y a aussi une hiérarchie qui vient peut-être de la
voix ou de lintelligibilité du son quon peut produire.
Par exemple aux Etats-Unis, même pour quelquun comme Dave
Holland, je sais que cest très difficile dêtre
leader, et pourtant cest Monsieur Dave Holland qui a joué
avec Miles Davis, qui est toujours sur le dessus du panier. Cest
cette hiérarchie un peu incompréhensible, peut-être
simplement parce que le soliste est devant, les autres derrière.
Et le solo ?
Jai déjà fait ça, il y a des enregistrements
entre 75 et 79 qui vont ressortir. Mais pas du solo intégral,
surtout du re-recording où je chante, je joue de plusieurs
instruments. A cette époque je me produisais beaucoup en solo,
maintenant ça va, jai envie de partager, de mamuser.
Mais cest une belle expérience que je recommande à
tout musicien.
A propos de la contrebasse, Joëlle Léandre par exemple
(cf 491 n020) revient souvent sur la douleur qui va avec sa pratique.
Oui cest très dur, il y a des fois où on en a
vraiment marre. Par exemple au moment où je vous parle jai
assez mal au dos et ça doit être en partie dû à
ça. Cest un instrument qui tue bien, on ne sy fait
pas. Chacun porte sa contrebasse (rires). Cest un instrument
très cher, très lourd, très encombrant et qui
fait
très pas beaucoup de bruit ! Franchement si
cétait à refaire, je choisirais plutôt la
batterie, percussionniste, cet instrument ma toujours fasciné.
Je suis certain que jen aurais bien joué, laspect
rythmique et percussif de la musique, ça, ça me plaît.
Propos
recueillis par Vincent Domeyne
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