JANVIER
N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto
FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond
MARS
N°25
Frida Kahlo
AVRIL
N°26
Têtes
Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner
MAI
N°27
Dick
Annegarn
Burning Heads
Fred
Frith
Sur les pistes du travail
JUIN
N°28/29
NTM
Sur les routes de lArt contemporain
Turak
SEPTEMBRE
N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté
OCTOBRE
N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower
NOVEMBRE
N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy
DECEMBRE
N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume |
|
OBSERVATOIRE
INTERNATIONAL DES PRISONS
Le
passe muraille
|
Chaque
année depuis 1993, l'O.I.P. édite un rapport sur les
conditions de détention des prisonniers "ordinaires"
(y compris de Droit Commun) observées dans nombre de pays.
Et le constat est simple : "la loi du silence" jette un
voile sur la réalité du monde carcéral où
quotidiennement les règles de droit international protégeant
la personne sont bafouées et/ou ignorées. Pour prévenir
ces violations qui s'ajoutent à la sanction à proprement
parler, c'est-à-dire la privation de liberté, l'ONG
aura aussi fait paraître un guide des droits des détenus.
Observer et alerter. A l'occasion du cinquantenaire de la déclaration
universelle des droits de l'homme, l'Observatoire organise un concert
le 10 décembre au Transbordeur qui au-delà de la fête,
devrait permettre de sensibiliser le public sur les problèmes
inhérents à la prison. Retour sur le fonctionnement
et les objectifs de l'O.I.P. avec Lorena Espinosa Barry et David Fabbro,
membres du secrétariat international, siégeant à
Lyon.
Rappel historique, structuration et mode d'action.
L'association a été créée en 1990 sous
l'impulsion de Bernard Bolze avec pour idée de base : que toute
personne détenue voit sa dignité et ses droits respectés.
La prison est un lieu fermé mais ne doit pas être un
lieu opaque. Par rapport au pouvoir absolu qui s'y exerce, un contre-pouvoir
doit s'organiser par un contrôle citoyen de ce qui ce passe
réellement derrière ses murs. Le principe est la non
confidentialité de l'information. Le fondement est le groupe
local d'observation, c'est-à-dire des personnes qui vont examiner
les prisons près de chez eux. L'outil mis en place entre 90
et 92 est l'observeur" : un questionnaire précis
auquel il faudra trouver des réponses "par tous les moyens"
(auprès des détenus, familles, avocats et administration
pénitentiaire - AP).
Au niveau structure, il y a donc des sections nationales dans différents
pays pour fédérer les groupes locaux et une section
internationale qui se doit de multiplier les actions auprès
d'instances comme les Nations Unies (statut consultatif à l'ONU
obtenu en 1995).
Rappelons qu'en la matière, c'est bien le droit international
qui est protecteur. L'objectif à terme étant d'observer
toutes les prisons avec partout la même méthode d'investigation.
Le constat est frappant : dans chaque pays, on assiste sous toutes
ses formes à la violation des droits de l'homme de la population
carcérale. Ainsi donc, notre action se déroule à
trois niveaux. Après l'observation la plus continue possible,
il y aura l'alerte par des communiqués de presse pour informer
l'opinion publique. Enfin, la protection par la saisine des autorités
(ministères de tutelle, ambassades, directeurs de prison, instances
internationales...)
Etes-vous prêts à dépasser votre mission d'observation
en essayant d'obtenir la qualité d'utilité publique
pour votre organisation et par là même pouvoir vous porter
partie civile auprès de détenus lors d'une action en
justice ?
Dans l'avenir, oui, mais notre ONG est encore jeune. Nous avons déjà
pu témoigner en tant qu'observatoire dans certaines affaires
(ex : cas des émeutes dans les prisons de Nancy en 97). Simplement,
nous avons dans l'idée d'assister tous les détenus (en
leur procurant un outil pour se défendre) et non pas seulement
un cas particulier.
N'y a-t-il pas des problèmes quant à la distribution
effective de votre guide en prison ?
Oui, le guide n'est pas encore assez connu en prison. Légalement
l'A.P. a une possibilité de contrôle discrétionnaire
du courrier des détenus. Elle peut donc accepter ou non les
correspondances (cas de renvoi du guide commandé par des prisonniers).
Nous avons donc essayé de le médiatiser au maximum sachant
qu'il peut aussi servir aux familles et aux militants.
Avez-vous réussi à établir avec l'A.P. un
rapport autre que celui de rapport de force ?
Ça dépend... au départ il y a eu une attitude
d'ignorance et de rejet au motif que soi-disant l'A.P. pouvait mettre
en place elle-même ses mécanismes d'observation (et cela
n'a rien à voir avec un contrôle citoyen...). Puis il
y a eu une ouverture. En définitive ce qui fait la différence,
ce sont les directeurs des prisons et cela se ressent aussi en ce
qui concerne la vie dans leur établissement.
Depuis cette année, vous axez aussi votre travail sur la
formation aux droits de l'homme (pour les détenus et leurs
familles, les militants de l'OIP et le personnel pénitentiaire).
Au niveau personnel, on a l'impression que lorsque le "maton"
enfreint les droits d'un détenu, c'est souvent parce qu'il
est couvert. Le problème est au-dessus, c'est-à-dire
rompre l'isolement imposé par l'A.P. ?
Oui, il faut rompre ce système aussi en donnant à chaque
individu la possibilité d'être informé sur ses
droits et devoirs. La formation du personnel n'est vraiment pas superflue
mais elle donne des résultats. Il ne s'agit pas non plus de
critiquer systématiquement les surveillants. Simplement nous
ne pouvons être juge et partie. Notre rôle n'est pas de
proposer une autre forme de prison ou de nouvelles règles.
Avant tout nous militons pour le respect de celles existantes. Leur
non observation est à l'origine de la grande majorité
des maux de l'univers carcéral. La prison a deux fonctions
: sanction et insertion. Il devient absurde de penser réinsérer
une personne en l'excluant d'un état de droit(s). La privation
de liberté, c'est déjà énorme malgré
la croyance populaire qui verrait la prison comme un endroit presque
sympathique... En situation d'isolement, tout peut arriver et tout
arrive. La légitimité idéologique de cela réside
dans le fait qu'une personne est sortie du "droit chemin".
Si l'on viole impunément ses droits, comment cette personne
va-t-elle pouvoir réintégrer la société
? Il faut faire un lien entre droits de l'homme et réalité
carcérale. Et les faits se suffisent à eux-mêmes
quand on sait ce qu'il se passe...
Vous pensez à une réforme de détention préventive
qui partout atteint des taux records ?
Il est écrit dans les textes qu'elle doit être exceptionnelle
et limitée.. C'est encore un problème d'interprétation
de la loi et de son application !
Quant à la précarisation accrue des détenus,
tant économique qu'au niveau de l'accès à la
santé.
Notre rôle est de "pointer du doigt" les problèmes
de propagation du sida, de violence, de toxicomanie, de sexualité,
d'exploitation économique... inhérents au dysfonctionnement
des prisons. Décrire la réalité telle qu'elle
est, rester vigilant au quotidien. Nous ne sommes pas abolitionnistes
mais prônons le recours le moins systématique possible
à la détention. Nous n'allons pas proposer des peines
alternatives car elles existent déjà... La tendance
aujourd'hui est à la destruction psychologique des individus
(absence de contacts humains, de lumières naturelles...) dans
des prisons aseptisées dites "modèles", qui
danger, supplémentaire, sont en voie de privatisation (cf aux
USA). L'évolution va donc vers le "tout carcéral",
symbole des temps modernes ?
Propos
recueillis par Alain Couderc et Laurent Zine
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