JANVIER
N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto
FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond
MARS
N°25
Frida Kahlo
AVRIL
N°26
Têtes
Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner
MAI
N°27
Dick
Annegarn
Burning Heads
Fred
Frith
Sur les pistes du travail
JUIN
N°28/29
NTM
Sur les routes de lArt contemporain
Turak
SEPTEMBRE
N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté
OCTOBRE
N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower
NOVEMBRE
N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy
DECEMBRE
N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume |
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Ludovic Careme©
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Pascal
Comelade
Je
fais du strip-tease musical |
Au
pied du Canigou, la montagne des catalans, le petit village de Vernet-les-Bains
abrite des timides notes s'échappant d'un piano. Face à
l'instrument, des doigts nonchalants caressent des touches complaisantes.
Ces doigts constituent le prolongement du singulier univers de Pascal
Comelade. Véritable franc-tireur des musiques nouvelles, maquisard
de la scène musicale française, Comelade fait un travail
d'orfèvre depuis le début des années 80.
Il réunissait alors dans son atelier d'autres bijoutiers (Jac
Berrocal, Richard Pinhas et Pierre Bastien) pour façonner ensemble
des délicats objets instrumentaux d'antiquaire visionnaire.
Dès lors, et tout au long de sa dizaine d'albums encadrés
par le talentueux label nancéien Les disques du Soleil et de
l'Acier, Comelade n'a cessé d'insufler de la vie à des
formes musicales en apparence vieillotes comme le tango, le paso-doble,
le bal-musette, le mambo ou la rumba. Son dernier album en date intitulé
L'Argot du Bruit continue à recycler le passé en un
présent audacieux et novateur. Comelade est à la musique
ce que le jargon est à la langue châtiée.
Tu habites en Catalogne française et tu revisites constamment
des thèmes traditionnels catalans. Jusqu'à quel point
la culture catalane avec sa spécificité méditerranéenne
rentre-t-elle en jeu dans tes compositions ?
La culture catalane je la mets au même niveau que toutes les
influences que j'ai subies, à savoir le rock des années
60 et 70 et ainsi que la musique de la radio. C'est une question géographique.
J'ai très peu bougé de là. Quand j'ai fait des
reprises de thèmes traditionnels je les ai traités exactement
de la même façon que j'ai traité des morceaux
des Stones. A aucun moment je fais uvre de néo-traditionnel.
C'est une musique populaire qui fait partie de mes influences.
Tu dis que tu aimes les antiquités et vivre dans une sorte
de gérontocratie musicale. Tu excelles donc dans des créations
ayant comme matière première tous les "vieux genres".
Crois-tu que l'on ait perdu aujourd'hui le goût et la sensibilité
pour les chansons populaires d'antan ?
J'en arrive à un point où je me préoccupe plus
du passé, du présent ou du futur. Je ne peux pas me
situer comme un musicien d'avant-garde. A côté de ça
c'est vrai que les musiques que j'aime réellement ce sont des
musiques très vieilles. Je crois qu'on se sent isolé
si on prend comme repère et comme base permanente la culture
télévisuelle. Moi, je ne me sens pas isolé. Depuis
une dizaine d'années il y a un impérialisme d'un certain
état d'esprit promotionnel de la télé. Des fois
on invite sur les plateaux télé des artistes qui travaillent
depuis dix, vingt, trente ans, qui ont un public, qui ont une uvre,
qui existent nationalement ou internationalement et tu vois le journaliste
leur dire : "Mais vous êtes inconnus !" Il faut traduire
: "Vous êtes un inconnu de nous, de la télé,
parce que vous n'y passez jamais, donc le public ne vous connaît
pas" et ça, c'est très falsificateur comme raisonnement.
Il y a des gens qui passent jamais à la télé
mais qui sont mondialement connus.
Le public manquerait-il d'esprit de curiosité alors ?
Il y a un paradoxe. Par rapport à il y a vingt ans, la diffusion
et la consommation de la musique est beaucoup plus éclatée.
Il suffit de regarder dans les bacs des disquaires : on y trouve de
tout. Mais il y a toujours des modes dominantes qui se perpétuent.
Depuis une dizaine d'années ce sont le rap et la techno. Et
ça ne veut pas dire qu'il n'y ait que ça au monde.
Tu aimes rencontrer des musiciens pour créer ensemble comme
P.J. Harvey dans L'Argot du Bruit, ou Miossec. Conçois-tu actuellement
la création musicale comme le résultat de la rencontre
de deux personnalités différentes ? Es-tu à ce
point angoissé de la création en solo pour avoir besoin
de la confrontation avec d'autres créateurs ?
Depuis deux ans je veux me disperser, aller de tous les côtés,
et cela implique des rencontres qui ont été le fruit
du hasard. Ma survie en tant que musicien, passe par la collaboration
avec des gens qui peuvent sembler être très loin de ce
que je fais, mais qui sont toujours sur la même longueur d'onde
par rapport à moi. Cela m'arrive avec des gens très
connus comme P.J. Harvey, ou avec d'autres beaucoup moins connus comme
Toti Soler. Toti Soler est très connu en Catalogne et inconnu
en France.
Comme Lou Reed dans la pièce théâtrale de Bob
Wilson Time Rocker, tu as toi aussi créé la musique
d'un spectacle de ce metteur en scène, intitulé Wings
on Rock. Es-tu satisfait de ce genre de travail ?
Ce travail est comme une petite parenthèse, un accident. C'est
exceptionnel pour moi de faire ça. Je n'ai aucune envie de
faire ça dix fois par an. C'était quand même une
pièce de 57 minutes, et pour moi c'est énorme. Je ne
suis pas demandeur pour la musique de théâtre, de danse
ou de films. S'il y a des gens qui veulent utiliser ma musique, c'est
leur problème. Si l'on me propose des choses il faut vraiment
que tout me convienne à 100 %. Ça me coûte énormément
de travailler pour quelqu'un d'autre. C'est épuisant nerveusement
et physiquement.
Tu as composé des musiques pour des films. Est-ce que cette
forme de matérialisation visuelle de ta musique te convient
?
J'ai composé la musique d'un film, et cela m'a plu. Pour les
courts-métrages, j'ai dû en faire deux. Et ce qui est
intéressant, c'est que c'était des choses très
abstraites. Je sais que je peux aller vers là, vers l'animation
ou vers l'abstrait et sur des durées entre 9 et 25 minutes.
Mais le long-métrage ne m'intéresse pas et je ne suis
pas fait pour ça.
Tes reprises font souvent mouche. Quand tu travailles sur une reprise
à quoi sens-tu que tu es sur la bonne voie ? Que veux-tu atteindre
dans une reprise ?
C'est comme un poisson. J'essaye de prendre les arêtes du poisson
et je les rhabille à ma façon. C'est une mise à
nu. C'est du strip-tease musical. C'est du rhabillage après
strip-tease. En règle générale je garde les premières
prises. Je ne m'éternise pas sur chaque morceau. La presse
n'a jamais dit quelque chose que beaucoup d'amis me disent, c'est
qu'il y a un côté bâclé ou inachevé
dans ce que je fais. Mais ce n'est pas du minimalisme.
Tu n'enregistres plus chez toi de façon artisanale, depuis
huit ans. Qu'est-ce que le studio a apporté à ton son
?
J'ai enregistré chez moi jusqu'à ce que mon magnétophone
tombe en panne. Dans le studio j'utilise très peu de choses.
Je n'utilise que 5 % des possibilités techniques d'un studio.
Je n'utilise aucun effet. Quand je fais des prises de guitare électrique,
je la branche directement sur la table.
Ton rapport aux musiques traditionnelles est donc très particulier.
Tu t'inspires de leur esprit pour en créer un autre propre
à toi. Cette démarche est-elle consciente et calculée,
ou plutôt passionnelle et imprévisible ?
C'est instinctif. Ça revient à ce que je disais du studio.
Si je calculais je mettrais des mois à faire un disque. En
règle générale je mets une semaine. Il y a très
peu de calcul. Ce qui est calculé c'est le premier instrument
qui sera utilisé. La base des percussions est très calculée.
C'est une façon très simpliste de travailler. Et c'est
ça justement qui fait le grain de mon son.
Tu es particulièrement connu pour l'utilisation des instruments-jouets,
notamment le piano-jouet, la guitare et l'accordéon en plastique.
Quelle idée aviez-vous avec Pierre Bastien lorsque vous parliez
de créer un big-band d'instruments-jouets ?
L'idée de départ n'a jamais été réalisée.
C'est une légère frustration pour moi. Je réalise
que je n'ai jamais fait réellement de composition pour instruments-jouets.
Il y a un petit paradoxe là. Bon j'ai fait un disque avec pratiquement
que du piano-jouet, mais ce n'est pas pareil. Un de ces jours je ferai
peut-être quelque chose qu'avec des instruments-jouets.
Quels sont tes projets à court ou moyen terme ?
Il y a une troisième chanson avec P.J. Harvey que je n'ai pas
incluse dans L'Argot du Bruit. Je vais la terminer pour la fin de
l'année. Ça apparaîtra en single avec des inédits.
D'autre part, j'ai fait la musique pour une production de la télévision
espagnole à l'occasion du centenaire de la naissance de Federico
García Lorca. Il avait écrit en 1929 un scénario
de film et il y a un peintre qui l'a réalisé.
Propos
recueillis par Régis Galbas
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