JANVIER
N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto
FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond
MARS
N°25
Frida Kahlo
AVRIL
N°26
Têtes
Raides
Rachid Taha
Tortoise
Henri Texier
Pez Ner
MAI
N°27
Dick
Annegarn
Burning Heads
Fred
Frith
Sur les pistes du travail
JUIN
N°28/29
NTM
Sur les routes de lArt contemporain
Turak
SEPTEMBRE
N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté
OCTOBRE
N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower
NOVEMBRE
N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy
DECEMBRE
N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume |
|

Yves Perton©
|
|
Cirque
Plume
|
Le
Cirque est à lhonneur en ce mois de décembre,
avec la venue du Cirque Plume, lun des fers de lance de la nouvelle
génération de cirque. Voilà loccasion de
redécouvrir un art à part entière qui propose
un spectacle total où théâtre, danse, artifices
et machineries» sinterpellent, se heurtent et se confondent.
14 ans dexistence, 5 spectacles, des succès européens
: quels sont les événements marquants dans votre histoire
?
Il y a eu le premier spectacle que lon a fait en décembre
83, à Besançon, sous le chapiteau des Manches à
Balais. On allait sappeler Plume quelques mois plus tard
En fait, chaque spectacle est un moment clé : chaque jour de
spectacle, tout ce quon a fait cest pour ce moment-là.
Il y a bien sûr les premières des 5 spectacles du Cirque
Plume proprement dit. Puis, il y eut Avignon où on a commencé
à se faire connaître, en 86, au niveau national. Les
succès à Paris. Mais on considère toujours que
notre histoire, cest lensemble de tout ce quon fait.
Vous avez dû grandir en 14 ans ?
En taille sûrement. On est parti avec un matériel obsolète,
vieux, déchiré, usé, non conforme. On a rapidement
mis tous nos moyens dans du bon matériel; cest vraiment
indispensable quand on est itinérant. Maintenant, Plume cest
40 personnes avec un chapiteau très joli qui accueille 1000
spectateurs en frontal. Des spectacles qui ont probablement évolué,
mais malgré tout on essaie de garder le même esprit,
dêtre fidèle à une espèce de ligne,
un style, une idée quon a depuis le début.
Plume, un nom choisi avec un soin tout particulier ?
Le seul sur lequel tout le monde nétait pas contre !
Un spectacle, cest linterprétation de chacun. Le
nom Plume, chacun linterprète aussi différemment
: certains vont penser à cause des oiseaux, dautres à
cause des anges, un troisième à cause de lécriture,
le quatrième à cause de la légèreté.
Il existe plein de belles histoires de plumes
Cest parfait
pour nous.
Quest-ce quest Plume ou qui est Plume ?
Cest une compagnie de gens qui ont décidé de faire
des spectacles, avec des moyens qui sont ceux de la musique, du cirque,
de la comédie, de la danse. Et cest une troupe en itinérance
toute lannée, en France et en Europe. Cest une
trentaine de personnes sur la route et qui font des spectacles, qui
sont montrés à pas mal de gens. Cest un chapiteau,
ce sont des gens qui sortent de nos spectacles plutôt avec le
sourire.
Quelles seraient les ressemblances entre le cirque traditionnel
et Plume ?
Il y a une certaine ligne de ressemblance. Un chapiteau, des camions.
Il y a une vie en itinérance, il y a de très grandes
performances de cirque (du trapèze, des équilibres,
de lacrobatie). Le cirque Plume a une spécificité
qui est un style, un langage, une écriture, un esprit
Qui lui appartient et qui est la sienne. Qui nest pas celle
des autres cirques contemporains, ni celle des cirques traditionnels,
mais qui est celle de Plume.
Peut-on dire quil existe un concept Plume ?
Ou au moins un style, un ambiance, un parfum particulier. Mais cest
aux spectateurs plutôt quil faudrait le demander ! Cest
eux qui viennent et reviennent nous voir et qui disent que cest
un peu plus, un peu moins. Je crois quil y a de la fragilité
(on travaille beaucoup sur des données de fragilité),
de la simplicité aussi, jespère. Ce sont ensuite
des spectacles très musicaux et cest une écriture
poétique.
Y a-t-il une philosophie Plume qui sapprocherait dun
idéal de vie qui serait le vôtre ?
Cest peut-être beaucoup dire. Mais cest sûr,
il y a un esprit dentreprise et nous avons une communauté
de vie, puisque nous sommes toujours ensemble sur les routes depuis
un moment. Nous avons appris à nous parler, à vivre
ensemble, à travailler, à créer des circulations
de communication. Oui, il y a un esprit Plume.Pleins
feux sur LHarmonie est-elle municipale ?, dernier spectacle
du Cirque Plume qui vit ses ultimes dates de tournée et qui
rejoindra le paradis des spectacles le 20 décembre 98.
Pourquoi avoir choisi un tel titre ?
Nous sommes tous fils douvriers et nous avons tous appris la
musique à lharmonie municipale. Cest un petit clin
dil et un peu un hommage à nos maîtres.
Histoire de ce spectacle ?
Jai toujours pensé que lunivers appartenait aux
femmes et que les hommes y font des apparitions gauches et fanfaronnes.
Cest le cas de cette fanfare municipale qui déboule dans
cet univers de femmes. Des relations vont alors se nouer.
Comment se passe lécriture dun spectacle ?
Aussi étrange cela soit-il, jécris un spectacle
de cirque. Nos spectacles sont conçus comme des uvres
poétiques. Cest une phase de mise en place, dans laquelle
un certain nombre de choses sont fixées, plutôt comme
des repères. Cest la recherche de ce quon a envie
de dire à lintérieur dun spectacle, de façon
à pouvoir tenir la ligne dun spectacle et en assurer
la cohérence. Ensuite tout est une question dimprovisation,
de mise en relation écriture/musique. Puis ce sont des échanges
entre le metteur en scène et la compagnie. Cest en même
temps le travail de chacun des artistes sur le thème de sa
discipline. Jécris la structure, le thème et quelques
numéros. Et les artistes créent leurs numéros.
La musique, quant à elle, est faite par Robert Miny. On est
toujours en relation. Il travaille un peu avant et beaucoup pendant.
Moi, je lance la thématique et la structure.
Les thèmes sont-ils récurrents ? ou différents
selon les spectacles ?
Les thématiques ressortent sous une forme tout-à-fait
métamorphosée, mais elles prennent naissance dans la
vie et la pensée de quelquun vivant cette fin de siècle.
Elles portent toute lhistoire de ce siècle abominable
et sanguinaire. En fait non, les thèmes ne sont pas récurrents.
Mais notre envie damener une espèce de sourire de lineffable,
dans des situations désespérées, est récurrente.
Nos spectacles sont extrêmement positifs et essaient de montrer
des côtés étincelants, même si cest
fugace, entre les relations. Ils cherchent une espèce de bonheur
à un moment entre des êtres. Tous nos thèmes sancrent
dans une réalité philosophico-politique. On a une idée
du monde comme tout un chacun. On ne montre rien : tout est transformé.
Et linspiration, elle naît comment ?
Elle vient de la relation aux autres, de la relation à la nature,
à la politique, de la relation à lhistoire, à
linternational, à la science, de la relation à
la vie
On fait des spectacles à cause dHiroshima,
du Burkinau, mais aussi à cause dun cerf rencontré
au coin dun bois, dun nuage qui passe; on fait nos spectacles
parce que les galaxies séloignent des autres, parce que
la chaussée est mouillée et que cela a provoqué
une émotion.
Avec le cirque, on peut tout écrire, nos rêves, nos colères
Vous avez à cur de montrer quelque chose vrai de la
vie ?
Non de la vie, mais de tous les jours. Des émotions possibles
quand on est un peu éveillé, vraiment à lécoute.
Quand je me dis que je suis vraiment vivant ! Ces moments détincelles
de vie. Voilà, cest den créer plein, de
les montrer et de les vivre.
Peut-on dire quil y a des recettes de réussite dun
spectacle ?
Non, notre démarche est de partir dune envie, dune
idée, dune thématique et de se mettre en situation
de créateur de quelque chose. Donc de se mettre en danger,
de chercher de nouvelles choses. Bien entendu, on va utiliser un certain
travail. Par exemple, on est tous musiciens, alors chez Plume ce sera
toujours tout le monde qui fait de la musique. Dans tous les spectacles,
jai travaillé avec des ombres et de la lumière.
Jose espérer que ce ne sont pas des recettes mais juste
des styles, un travail en continu.
Et une fois un spectacle créé, quel est le quotidien
dune vie de tournée ?
Cest dabord le travail quotidien et personnel de chaque
artiste pour sa préparation, son entraînement, son spectacle.
Ce sont ensuite des répétitions pour remettre en place
des choses pendant très longtemps, quasiment tout le temps.
Le spectacle évolue comme toute chose vivante qui est appelée
à changer. Tout est poli, amélioré, de plus en
plus fini.
Pouvez-vous nous donner 3 raisons daller voir le cirque Plume
?
Déjà se faire plaisir, la deuxième est de se
faire du bien, la troisième être curieux et en toute
circonstance.
Trois raisons daller le revoir ?
Elles sont entièrement incluses dans les premières !
Vous dites que le public contribue pour 50 % à la réussite
dun spectacle ?
Je pense que cest le cas de toute personne vis-à-vis
dune uvre dart. Que toute uvre dart
est une production de création qui demande une participation
de celui qui lécoute, la regarde. Cest cela la
frontière entre une uvre dart et ce qui nen
est pas. Si le langage est totalement figé, si on ne peut sy
projeter, y projeter sa propre créativité, ce nest
pas une uvre dart.
Cest la différence entre un art totalitaire et lart
libre, entre le réalisme social de W. Disney et la vraie création.
Quattendez-vous de votre public ?
Quil vienne, quil soit là. Sans lui, il ny
a pas de spectacle. Le public est à chaque fois différent.
Il est plus ou moins bon suivant les soirs. Cela vient des artistes,
de la bonne compréhension entre les deux. Cest une question
de relation alors parfois cela marche mieux. Mais tout cela est très
subtil. Un spectateur de la salle ne peut le sentir. En plus, chaque
artiste a une perception différente du public. Alors cela complique
encore. On sait que certaines soirées sont exceptionnelles,
où la symbiose public/artistes est incroyable. Certains publics
sont plus bruyants, dautres plus attentifs. Encore une chose
vivante. Il ny a pas de bon ou mauvais public. Certains publics
sont différents. Cest clair que le public du jeudi soir
nest pas le même que celui du dimanche, celui des familles
avec leurs enfants.
Le cirque est très moderne; cest un langage qui sadresse
à tous. Nos spectacles sadressent vraiment à un
très large public. Il y a une lecture effective pour lagrégé
de mathématiques et une pour le gamin de 5 ans.
Alors, lharmonie est-elle municipale ?
Cest une question que je vous poserai en décembre !
(Merci à Bernard KUDLAK davoir eu la patience de répondre
à toutes ces questions !)
Propos
recueillis par Anne Huguet
|
|
|