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Cirque Plume

  DECEMBRE N°33  


Yves Perton©

 

Cirque Plume

Le Cirque est à l’honneur en ce mois de décembre, avec la venue du Cirque Plume, l’un des fers de lance de la nouvelle génération de cirque. Voilà l’occasion de redécouvrir un art à part entière qui propose un spectacle total où théâtre, danse, artifices et machineries» s’interpellent, se heurtent et se confondent.

14 ans d’existence, 5 spectacles, des succès européens : quels sont les événements marquants dans votre histoire ?
Il y a eu le premier spectacle que l’on a fait en décembre 83, à Besançon, sous le chapiteau des Manches à Balais. On allait s’appeler Plume quelques mois plus tard… En fait, chaque spectacle est un moment clé : chaque jour de spectacle, tout ce qu’on a fait c’est pour ce moment-là. Il y a bien sûr les premières des 5 spectacles du Cirque Plume proprement dit. Puis, il y eut Avignon où on a commencé à se faire connaître, en 86, au niveau national. Les succès à Paris. Mais on considère toujours que notre histoire, c’est l’ensemble de tout ce qu’on fait.
Vous avez dû grandir en 14 ans ?
En taille sûrement. On est parti avec un matériel obsolète, vieux, déchiré, usé, non conforme. On a rapidement mis tous nos moyens dans du bon matériel; c’est vraiment indispensable quand on est itinérant. Maintenant, Plume c’est 40 personnes avec un chapiteau très joli qui accueille 1000 spectateurs en frontal. Des spectacles qui ont probablement évolué, mais malgré tout on essaie de garder le même esprit, d’être fidèle à une espèce de ligne, un style, une idée qu’on a depuis le début.
Plume, un nom choisi avec un soin tout particulier ?
Le seul sur lequel tout le monde n’était pas contre ! Un spectacle, c’est l’interprétation de chacun. Le nom Plume, chacun l’interprète aussi différemment : certains vont penser à cause des oiseaux, d’autres à cause des anges, un troisième à cause de l’écriture, le quatrième à cause de la légèreté. Il existe plein de belles histoires de plumes… C’est parfait pour nous.
Qu’est-ce qu’est Plume ou qui est Plume ?
C’est une compagnie de gens qui ont décidé de faire des spectacles, avec des moyens qui sont ceux de la musique, du cirque, de la comédie, de la danse. Et c’est une troupe en itinérance toute l’année, en France et en Europe. C’est une trentaine de personnes sur la route et qui font des spectacles, qui sont montrés à pas mal de gens. C’est un chapiteau, ce sont des gens qui sortent de nos spectacles plutôt avec le sourire.
Quelles seraient les ressemblances entre le cirque traditionnel et Plume ?
Il y a une certaine ligne de ressemblance. Un chapiteau, des camions. Il y a une vie en itinérance, il y a de très grandes performances de cirque (du trapèze, des équilibres, de l’acrobatie). Le cirque Plume a une spécificité qui est un style, un langage, une écriture, un esprit… Qui lui appartient et qui est la sienne. Qui n’est pas celle des autres cirques contemporains, ni celle des cirques traditionnels, mais qui est celle de Plume.
Peut-on dire qu’il existe un concept Plume ?
Ou au moins un style, un ambiance, un parfum particulier. Mais c’est aux spectateurs plutôt qu’il faudrait le demander ! C’est eux qui viennent et reviennent nous voir et qui disent que c’est un peu plus, un peu moins. Je crois qu’il y a de la fragilité (on travaille beaucoup sur des données de fragilité), de la simplicité aussi, j’espère. Ce sont ensuite des spectacles très musicaux et c’est une écriture poétique.
Y a-t-il une philosophie Plume qui s’approcherait d’un idéal de vie qui serait le vôtre ?
C’est peut-être beaucoup dire. Mais c’est sûr, il y a un esprit d’entreprise et nous avons une communauté de vie, puisque nous sommes toujours ensemble sur les routes depuis un moment. Nous avons appris à nous parler, à vivre ensemble, à travailler, à créer des circulations de communication. Oui, il y a un esprit Plume.
Pleins feux sur L’Harmonie est-elle municipale ?, dernier spectacle du Cirque Plume qui vit ses ultimes dates de tournée et qui rejoindra le paradis des spectacles le 20 décembre 98.
Pourquoi avoir choisi un tel titre ?
Nous sommes tous fils d’ouvriers et nous avons tous appris la musique à l’harmonie municipale. C’est un petit clin d’œil et un peu un hommage à nos maîtres.
Histoire de ce spectacle ?
J’ai toujours pensé que l’univers appartenait aux femmes et que les hommes y font des apparitions gauches et fanfaronnes. C’est le cas de cette fanfare municipale qui déboule dans cet univers de femmes. Des relations vont alors se nouer.
Comment se passe l’écriture d’un spectacle ?
Aussi étrange cela soit-il, j’écris un spectacle de cirque. Nos spectacles sont conçus comme des œuvres poétiques. C’est une phase de mise en place, dans laquelle un certain nombre de choses sont fixées, plutôt comme des repères. C’est la recherche de ce qu’on a envie de dire à l’intérieur d’un spectacle, de façon à pouvoir tenir la ligne d’un spectacle et en assurer la cohérence. Ensuite tout est une question d’improvisation, de mise en relation écriture/musique. Puis ce sont des échanges entre le metteur en scène et la compagnie. C’est en même temps le travail de chacun des artistes sur le thème de sa discipline. J’écris la structure, le thème et quelques numéros. Et les artistes créent leurs numéros. La musique, quant à elle, est faite par Robert Miny. On est toujours en relation. Il travaille un peu avant et beaucoup pendant. Moi, je lance la thématique et la structure.
Les thèmes sont-ils récurrents ? ou différents selon les spectacles ?
Les thématiques ressortent sous une forme tout-à-fait métamorphosée, mais elles prennent naissance dans la vie et la pensée de quelqu’un vivant cette fin de siècle. Elles portent toute l’histoire de ce siècle abominable et sanguinaire. En fait non, les thèmes ne sont pas récurrents. Mais notre envie d’amener une espèce de sourire de l’ineffable, dans des situations désespérées, est récurrente. Nos spectacles sont extrêmement positifs et essaient de montrer des côtés étincelants, même si c’est fugace, entre les relations. Ils cherchent une espèce de bonheur à un moment entre des êtres. Tous nos thèmes s’ancrent dans une réalité philosophico-politique. On a une idée du monde comme tout un chacun. On ne montre rien : tout est transformé.
Et l’inspiration, elle naît comment ?
Elle vient de la relation aux autres, de la relation à la nature, à la politique, de la relation à l’histoire, à l’international, à la science, de la relation à la vie… On fait des spectacles à cause d’Hiroshima, du Burkinau, mais aussi à cause d’un cerf rencontré au coin d’un bois, d’un nuage qui passe; on fait nos spectacles parce que les galaxies s’éloignent des autres, parce que la chaussée est mouillée et que cela a provoqué une émotion.
Avec le cirque, on peut tout écrire, nos rêves, nos colères…
Vous avez à cœur de montrer quelque chose vrai de la vie ?
Non de la vie, mais de tous les jours. Des émotions possibles quand on est un peu éveillé, vraiment à l’écoute. Quand je me dis que je suis vraiment vivant ! Ces moments d’étincelles de vie. Voilà, c’est d’en créer plein, de les montrer et de les vivre.
Peut-on dire qu’il y a des recettes de réussite d’un spectacle ?
Non, notre démarche est de partir d’une envie, d’une idée, d’une thématique et de se mettre en situation de créateur de quelque chose. Donc de se mettre en danger, de chercher de nouvelles choses. Bien entendu, on va utiliser un certain travail. Par exemple, on est tous musiciens, alors chez Plume ce sera toujours tout le monde qui fait de la musique. Dans tous les spectacles, j’ai travaillé avec des ombres et de la lumière. J’ose espérer que ce ne sont pas des recettes mais juste des styles, un travail en continu.
Et une fois un spectacle créé, quel est le quotidien d’une vie de tournée ?
C’est d’abord le travail quotidien et personnel de chaque artiste pour sa préparation, son entraînement, son spectacle. Ce sont ensuite des répétitions pour remettre en place des choses pendant très longtemps, quasiment tout le temps. Le spectacle évolue comme toute chose vivante qui est appelée à changer. Tout est poli, amélioré, de plus en plus fini.
Pouvez-vous nous donner 3 raisons d’aller voir le cirque Plume ?
Déjà se faire plaisir, la deuxième est de se faire du bien, la troisième être curieux et en toute circonstance.
Trois raisons d’aller le revoir ?
Elles sont entièrement incluses dans les premières !
Vous dites que le public contribue pour 50 % à la réussite d’un spectacle ?
Je pense que c’est le cas de toute personne vis-à-vis d’une œuvre d’art. Que toute œuvre d’art est une production de création qui demande une participation de celui qui l’écoute, la regarde. C’est cela la frontière entre une œuvre d’art et ce qui n’en est pas. Si le langage est totalement figé, si on ne peut s’y projeter, y projeter sa propre créativité, ce n’est pas une œuvre d’art.
C’est la différence entre un art totalitaire et l’art libre, entre le réalisme social de W. Disney et la vraie création.
Qu’attendez-vous de votre public ?
Qu’il vienne, qu’il soit là. Sans lui, il n’y a pas de spectacle. Le public est à chaque fois différent. Il est plus ou moins bon suivant les soirs. Cela vient des artistes, de la bonne compréhension entre les deux. C’est une question de relation alors parfois cela marche mieux. Mais tout cela est très subtil. Un spectateur de la salle ne peut le sentir. En plus, chaque artiste a une perception différente du public. Alors cela complique encore. On sait que certaines soirées sont exceptionnelles, où la symbiose public/artistes est incroyable. Certains publics sont plus bruyants, d’autres plus attentifs. Encore une chose vivante. Il n’y a pas de bon ou mauvais public. Certains publics sont différents. C’est clair que le public du jeudi soir n’est pas le même que celui du dimanche, celui des familles avec leurs enfants.
Le cirque est très moderne; c’est un langage qui s’adresse à tous. Nos spectacles s’adressent vraiment à un très large public. Il y a une lecture effective pour l’agrégé de mathématiques et une pour le gamin de 5 ans.
Alors, l’harmonie est-elle municipale ?
C’est une question que je vous poserai en décembre !

(Merci à Bernard KUDLAK d’avoir eu la patience de répondre à toutes ces questions !)

Propos recueillis par Anne Huguet