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  SEPTEMBRE N°30  



 

Noël Akchoté
Encore Noël Akchoté dans les pages de 491 !

Pourquoi pas ? Est-ce notre faute si ce parisien aime Lyon et si Lyon a bien besoin d'énergumènes dans son genre pour se remuer les oreilles ? Et puis là, bing, 491 est partenaire de son concert le 25 à Vénissieux, impossible d'y échapper donc. Cette fois-ci, le guitariste est invité par la Tribu Hérisson, tribu portée sur l'improvisation, les musiques nouvelles, dont certains membres ont participé à l'aventure Impure avec Fred Frith et l'ENM de Villeurbanne.
En attendant, petit blind-test improvisé sur une terrasse de café à St Etienne avec Noël plus la compagnie de Matt du groupe Stock Hausen & Walkman.

Après avoir reconnu sans problèmes j'aime pas le rock (61) de Jean Yann, on passe au punk rock de Snuff Martin (95) : échec total, juste le temps pour Matt de dire sa haine des Clash, puis Woody Guthrie Riding on my car (40) reconnu in extremis, échec à nouveau sur le bluesman Skip James Hard times killing floor blues (65) : Matt tente plusieurs noms à base de "blind", Noël : "C'est Alan Véga qui essaie de chanter juste ? ... je connais ça par cœur...". Il faut reconnaître qu'avec un walkman et deux enceintes ridicules plus les voitures qui passent à un mètre, les morceaux sont franchement remixés, mais les suivants seront reconnus immédiatement :
Eddie Van Halen Spanish fly (79) (solo ultra virtuose à la guitare acoustique)
Noël : "Bizarrement c'est ce que je préférais à l'époque, encore un peu sale par rapport au trio de Mc Laughlin, Di Meola...c'était aussi juste avant tous les Steve Vai.
Derek Bailey & Steve Lacy Abandoned 2 (76)
- "Le premier disque de Derek que j'ai acheté, c'est aussi le moment où je me rendais compte que Jœ Pass c'était pas mon truc, et j'écoutais ce disque en me disant que c'était du free jazz, mais il y avait quelque chose que je ne comprenais pas. En même temps, il y avait le premier James Blood Ulmer avec Ornette Coleman, ça c'était violent, mais c'était plus clair pour moi. D'abord techniquement j'avais un problème, ça faisait très relâché. Je ne l'ai quasiment jamais réécouté ce disque, j'ai toujours repoussé le moment... mais j'ai le souvenir que c'est absolument génial, non ?"
- Oui, je n'ai pas pu couper le morceau... pour revenir à Van Halen et à la virtuosité, Pascal Comelade a dit récemment que son problème avec le jazz c'était la technique, cette demande virtuose à la fois du public et des critiques qui conduit à des choses obscènes.
- "Tout à fait d'accord. En ce moment je suis persuadé que le plus grand problème du jazz c'est ça, cette espèce de vulgarité technique qui pédale dans le vide : les mecs ont de plus en plus les moyens de faire plein de notes et de moins en moins d'idées, font de moins en moins corps avec leurs notes. Je me souviens des gens qui ne travaillaient plus passé un certain âge, ils jouaient. Barney Willen quand il faisait un club, le premier jour il se souvenait comment ça marchait, le deuxième jour il commençait à trouver des choses..."
Pat Metheny & Ornette Coleman Song X duo (86)
"... et la musique elle venait, c'était la musique qui amenait le moyen technique et pas l'inverse. Maintenant je ne peux plus jouer ça, je peux jouer à jouer à ça dans un truc improvisé mais ce rapport direct au bavardage, je ne peux plus. Ornette là, c'est l'anti-bavardage."
- Et Metheny derrière ?
- "A l'époque où c'est sorti, je n'étais pas encore totalement dans les trucs de Derek et j'ai trouvé ça incroyable. Comme quand tu cherches quelque chose et tout d'un coup quelqu'un le fait, le guitariste de Portishead avec Bashung ça me fait ça en ce moment, j'ai réécouté ce disque récemment et ça me le fait moins. Metheny il a un peu ce côté Wes Montgomery : une terrible avancée technique de l'instrument et en même temps un peu musicale, mais quand même. Quand même il y a autre chose à foutre, quand même si tu mets Led Zeppelin derrière avec Jimmy Page et la douze cordes électrique... en tous cas ça me paraît beaucoup plus évident en ce moment, même si ce duo va très loin, comme Wes Montgomery et Johnny Griffin. Mais c'est un vrai problème, ça ne m'arrive plus parce que je ne le fais plus mais ça m'est arrivé d'être dans des situations où il faut jouer comme ça, il faut raconter une histoire avec des notes et c'est impossible, une espèce d'aversion. Et puis c'est évident que si quelque chose reste dans le jazz, ce n'est pas dans ce qui s'appelle jazz maintenant."
Eugène Chadbourne & John Zorn In memory of Nikki Arane (80)
- "Chadbourne je pense qu'un jour on va le découvrir. Il n'y a plus beaucoup de gens capables d'aller aussi loin dans le crado pour voir ce qui en sortira, ça demande une grande force pour moi. C'est physique, pas propre, pas rachetable, pas concept : tu as beau l'emballer dans un beau paquet, ça ne changera rien, c'est tout pourave dedans. Ce que j'ai essayé de faire avec le disque de duos chez Winter, ce n'était pas de l'emballer, mais de l'amener dans quelque chose où on peut l'entendre."
Au fait, Eugène Chadbourne et Noël Akchoté font un duo la veille, le 24 au Kafé Mysik... c'était vraiment impossible d'y échapper.

Vincent Domeyne