ARCHIVES
1998

JANVIER N°23
Abou Lagraa
Géraldine Bénichou
Samuel Hercule
Laurent Vercelletto

FEVRIER N°24
Louis Sclavis
Elliott Sharp
Nicolas Ramond

MARS N°25
Frida Kahlo

AVRIL N°26
Têtes Raides
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MAI N°27
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Fred Frith…
Sur les pistes du travail

JUIN N°28/29
NTM
Sur les routes de l’Art contemporain
Turak

SEPTEMBRE N°30
8ème Biennale de la Danse
Abou Lagraa
Borah Bergman
Pascal Comelade
Carla Bley
Noël Akchoté

OCTOBRE N°31
Zebda
World Press Photo 98
Virginie Despentes
Sixteen Horsepower

NOVEMBRE N°32
Denis Plassard
Casse Pipe
Dror Endeweld
Jean-Bernard Pouy
Sloy

DECEMBRE N°33
Observatoire international des prisons
Lhasa
Mad's Collectif
Cirque Plume

  JANVIER N°23  

Abou Lagra
c'est l'intention qui compte


Abou. 27 ans. Chorégraphe. Franc parler et franc danser. La baraka, 1ère compagnie en résidence à Annonay. Racines, partage et volonté d'osmose. Direction demain. Entrevue entre deux cafés-cigarettes.


Ton parcours jusqu'à ce solo que tu vas chorégraphier et danser en mars à la Maison de la Danse.
J'ai débuté à 16 ans par deux ans de formation au centre de danse d'Annonay. J'ai par la suite fait un an au CNR de Lyon puis deux ans au conservatoire supérieur. Dans le même temps, j'ai dansé pour Denis Plassard sur la création "Pas de Retouches". A 22 ans j'ai intégré la compagnie de Ruy Horta, basé à Frankfort, ce qui m'a permis d'acquérir une grande expérience (plus de 100 spectacles par an dans le monde entier) et de m'épanouir pleinement en prévision de l'objectif que j'ai depuis toujours : chorégraphier. De retour à Lyon il y a 2 ans, j'ai de nouveau travaillé avec Denis Plassard puis pour Lionel Hoche. En déc 96 j'ai obtenu le 2ème prix au concours international de danse de Paris, et cette année j'ai chorégraphié pour Culture Street (jeune groupe hip-hop semi-professionnel basé à Valence) une pièce de 40 minutes : "Trust", justement basée sur les rapports de confiance qui ont pu s'établir entre nous. Du coup le spectacle a été sélectionné pour les rencontres internationales de danse urbaine de la Villette (et ça a très bien marché cf Libération).
Enfin et surtout, depuis février 97, nous avons avec Aurélia Picot (mon bras droit et depuis longtemps mon amie) notre propre compagnie "la Baraka", qui va être en résidence pendant 3 ans à Annonay (retour aux sources). Fin mars nous y danserons ce qui sera ma première pièce ("Violatus") en avant première de la biennale de la danse puisque la Maison de la Danse co-produit ce spectacle. Si près du but, je tiens donc à remercier pour leur soutien et leur confiance Guy Darmet et Michèle Luquet ainsi que Anne-Marie Picot, la Comédie de Valence et la ville d'Annonay.
Tu insistes beaucoup sur la théâtralité, tu refuses la danse pour la danse.
Certains disent que la danse classique c'est beau et c'est tout et que la danse contemporaine c'est le contraire, c'est l'expression du mouvement, c'est plus vrai. Je ne suis pas d'accord, la 2ème peut être aussi chiante que la 1ère. La danse classique exécutée par de très bons danseurs qui y intègrent leur vécu peut être plus que belle. Quant à la danse que je veux faire, je parle de théâtralité, non pas au sens de textes présents dans la pièce, mais par rapport au mouvement. Chaque mouvement doit provenir d'une invention et avoir une signification propre même abstraite, sans aller jusqu'aux pantomimes. Cette danse est populaire car j'aimerai qu'elle soit comprise, pas seulement par une élite qui délire sur certains spectacles où personne ne comprend rien. Puisse les gens se reconnaître dans mon travail même si ce dernier est intime entre nous danseurs, ou si la scénographie reste quelque chose de personnel et subjectif. Chaque danseur doit "parler" avec son vécu. Honnêtement, je veux proposer ce que je suis et la pièce sera la rencontre de 6 personnes à sensibilité et personnalité fortes, mais très différentes.
Violatus.
Le violet entre le bleu (le calme, l'intime, l'espace...) et le rouge (sensualité, violence dans l'urgence...). la violette bleu, blanc, mauve... fleur qui vit en groupe mais où chacune est très différente. Nous allons travailler sur cette symbolique pour essayer d'atteindre l'osmose, apprendre à vivre ensembles. Danser ce que nous sommes. Par ailleurs j'aimerai que s'organisent hors spectacle des "lectures-démonstrations" pour discuter avec les gens (qui aiment ou pas, c'est indifférent) présenter notre travail, briser les barrières artificielles qui existent entre la scène et le public car "l'art" doit aussi être au service de ce dernier.
Sur la musique
Avant tout c'est par la danse que je m'exprime évidemment. Quant à la musique, j'ai des goûts hétéroclites. Eric Aldéa composera celle de la pièce car j'aime ce qu'il fait avec Bästard (ces atmosphères entre douceur et violence) et que je l'apprécie, lui en tant qu'humain. Il y aura une base de musique arabe, pakistanaise, libanaise... ça correspond à mes origines et surtout cette musique est spirituelle et traditionnelle (donc de et pour le peuple). Sinon la danse contemporaine doit s'ouvrir vraiment à toutes sortes de musiques (techno, rap etc...).
Montalvo ?
J'ai adoré son spectacle mais personnellement je ne fais pas de danse hip hop, classique ou africaine, non de la danse contemporaine qui par contre pourra s'entourer de musiques complètement éclectiques et/ou nouvelles.
La fin du siècle...
Je la vois avec optimisme même si actuellement c'est la catastrophe humaine et écologique. On perd le sens du contact. Je voudrais la voir humaine car c'est ce que j'aimerai transmettre à travers mon travail et peut-être que ça servira à quelqu'un quelque part.
Bon vent, dans l'esprit et dans le corps.

Laurent Zine