JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
|

Brigitte Enguerrand©
|
|
L'Usage
de la vie
|
Lécriture
sert à imposer son irréductibilité face à
la réalité - La réalité sert à
faire de la littérature et non le contraire - La littérature
ne sert pas à faire rire, ni à raconter, ni à
expliquer - La littérature sert à faire de la littérature
- Ça sert à savoir où on se trouve - Ça
sert à aimer la vie, tout ce qui traîne dans la vie...
Ainsi parle Christine Angot le soir de la représentation de
lUsage de la vie à la Chartreuse de Villeneuve les Avignon,
nous sommes le 14 novembre pendant la rencontre qui a lieu avant la
pièce. Elle réaffirme à plusieurs reprises son
besoin de vivre pour la littérature, par la littérature.
Quelque chose de viscéral : la littérature sert
à faire de la littérature. Christine Angot semble sûre
delle, sûre de son écriture, mais son exigence
se fait toujours dans le doute. Elle brouille les pistes et écrit
sur la réalité, sur cette frontière imperceptible
que peuvent être la réalité et la fiction. La
fiction nest intéressante que si elle utilise la réalité.
Les écrivains ne devraient jamais cesser décrire
leur vie en fait. Avec le doute qui plane. Sur la vérité.
Ce texte sent le souffre, viscéral certes, polémique
bien évidemment. Comment pourrait-il en être autrement,
puisquaprès le spectacle personne nest capable
den parler, mais que quelques heures après, cet Usage
de la vie nen finit pas de revenir. Il revient le lendemain
et sûrement pour longtemps, car ce texte de femme, ce texte
narcissique, ce texte intime, qui dit dune façon contemporaine
linterdit social : linceste. Ecrire son vécu
afin que les autres sachent.
LUsage de la vie est une commande décriture à
Christine Angot par Elisabeth Macocco, plusieurs années autour
du texte pour toutes les deux. Pour Elisabeth Macocco cette rencontre
se fit lors de lectures, une sorte de choc face à cette écriture.
Qui pourrait rester indifférent à ces phrases, à
cette littérature réelle. Même si certains sortent
pendant le spectacle, même si ce texte provoque une polémique :
haine-amour. Tout dire, comme une mise à nu. Lobsession
dune vérité impudique. Faut-il saccommoder
de la réalité ?
Dominique Lardenois va servir le texte par une mise en scène
tout aussi contemporaine que le texte. Elisabeth Macocco est sur scène
cheveux courts, lunettes de soleil, imperméable blanc. Elisabeth
Macocco/Christine Angot. Ressemblance évidente tout à
coup, pourtant si loin dans la réalité. Un monologue
qui frappe, qui ébranle le spectateur. Vidéo-musique-rythme.
Une sorte de longue poussée dans la littérature :
Jai peut-être failli moi aussi passer du côté
de ceux qui écrivent des fictions. Du côté des
salauds qui sont tellement satisfaits de traiter leur vie avec des
pincettes, avec cette distance. Jai peut-être failli passer
de lautre côté du sensible en fait. La mise en
scène est dune belle efficacité, la vidéo
accompagnant le texte, appuyant laction. Un théâtre
contemporain qui nemprunte pas la vidéo comme accessoire,
au même titre que la musique dailleurs. Limage est
là pour accompagner la comédienne dans son parcours.
La phrase de Godard dite par Godard en bande son, les claquements
sonores, les foules sur lécran, ces images qui peuvent
paraître confuses, sont pourtant dune grande lisibilité.
Cette présence du père, dabord une empreinte au
sol, puis physique de Jean-Marc Avocat, comme un bloc. Lunivers
sonore prend sa place comme des balles. Un décor réduit
au minimum et pourtant dune réelle présence, la
lumière déploie ses touches sur la scène ou sur
lécran. On retrouve lunivers de Dominique Lardenois,
ambiance musicale, des images quelques fois dun bel onirisme,
certains passages où la vidéo fait union avec Elisabeth
Macocco et le texte. Il y a un choix évident à le donner
dans sa forme brute, sans emballage superflu, comme une offrande de
lauteur au spectateur. Elisabeth Macocco ne sest pas laissée
prendre au jeu facile de la colère, car ce texte est avant
tout un cri de colère, elle donne ce texte troublant, avec
respect. Cest du théâtre contemporain, de la littérature
en toute lettre qui népargne pas le spectateur, du texte,
un vrai texte dauteur.
Bruno
Pin
|
|
|