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  DECEMBRE N°22  


Steve Gullick©

 

Tindersticks

Ecrire, chanter, jouer avec Tindersticks est une expérience qui me nourrit jusqu’au plus profond. Je ne me suis jamais senti aussi vivant qu’aujourd’hui.

Stuart Staples

 

S’il est un rendez-vous à ne point manquer en cette fin d’année, c’est le passage tant attendu à Lyon des anglais de Tindersticks, qui seront au Transbordeur le 5 Décembre 1997.
Après six albums et 5 années de travail ensemble, les Tindersticks continuent d’en imposer. D’abord parce qu’ils ont réussi la dure gageure de sortir trois albums d’affilée (dont leur inénarrable “Curtains”). De plus, ils continuent de fasciner leurs auditeurs avec la même constance car ils ont su conserver cette espèce d’aura mystérieuse qui fait l’essence d’un groupe ; et ce malgré les interviews, malgré les articles...
L’histoire de ce groupe commence doucement en 1992, avec la mort d’une autre formation, the “Asphalt Ribbons”, précédente incarnation originaire de Nottingham. “La principale faiblesse de ce premier groupe était de trop en faire pour essayer d’impressionner”, résume brièvement Stuart Staples. Leçon de vie rapidement mise en application avec Tindersticks qui adoptera un principe de conduite : ne jamais parler à tort ou à travers, être notoirement prétentieux ou faire des prédictions inconsidérées.
Année 92, “Milky teeth/Patchwork”, “Marbles” : 2 singles et déjà la presse britannique s’empare du phénomène et leur réserve un accueil dithyrambique. Les singles se succèdent (EP “Unwired”, “City sickness”, “Marriage made in heaven”) et Tindersticks s’affirment de plus en plus comme un groupe singulier, qui se démarque fortement ; ils cultivent cette différence. Enfin, fin 93, leur premier album (77 mn) éponyme sort, sacré : album de l’année par le Mélody Maker. Album représentatif du style Tindersticks, présenté comme une soirée en 4 actes. Alterneront ensuite singles (toujours sur de petits labels, comme Tippy Toe (le leur), Domino, This Way Up), opus personnels et albums live. Tindersticks a la réputation de faire passer une magie pendant ses concerts. D’abord par la présence sur scène de ces six musiciens, habillés par Timothy Everest tels des dandys des temps modernes. Ensuite, Stuart Staples (parolier et chanteur) a cette prestance, ce charisme sur scène qui fait que tout chavire quand il se met à chanter car il sait communiquer à son public une émotion et une intensité dramatique puissante. “Les meilleurs concerts sont ceux que nous attaquons dans le bruit alors que le public ne fait pas attention à nous. Puis il se passe quelque chose qui les arrête et nous finissons la chanson dans un silence total”, telle est la définition du bon concert par Stuart.
Aujourd’hui, leur nouvel album “Curtains” est une perle de plus à leur palmarès, œuvre fiévreuse jusqu’au-boutiste, sophistiquée, intime et émouvante qui couvre un registre impressionnant de styles. “Plus nous avançons, plus nous prenons conscience des possibilités de chacun dans le groupe. Comme on s’encourage mutuellement, cela nous pousse à sortir des choses du plus profond de nous-mêmes”, rapporte Stuart Staples, qui ajoute aussi “je sens que nous pouvons encore avancer, créer, nous renouveler”. Pour Dave Boulder : “on veut être capable de jouer différents styles et de les combiner. C’est en quelque sorte la manière dont notre musique se démarque aujourd’hui.”
Avant leur venue à Lyon, petite discussion avec Dickon le violoniste des Tindersticks (qui prépare un doctorat en Littérature mexicaine ; musicien très humble “moi-même; j’estime que ma technique au violon n’est pas très bonne” qui se charge de tous les arrangements cordes du groupe) :

Comment vivez-vous la scène ? Quelles sont vos relations avec le public ?
D’habitude, une bonne relation. Si nous jouons bien. Mais cela dépend vraiment de l’endroit où l’on joue ! Par exemple, en Allemagne, le public sera différent de celui de Paris, ou d’une autre région de France. Cela dépend de la manière dont tu joues, où tu joues, si on est assis ou debout, quel est le jour de la semaine... Avoir une relation privilégiée avec ton public, c’est aussi fonction de ce public, s’il est intéressé par le concert et a envie de s’investir, de se laisser porter par notre musique. Dans ce cas-là, notre jeu est d’autant plus fort et profond. Bien plus qu’en studio !
“Nos prestations sont dépendantes d’un grand nombre d’éléments incontrôlables faits d’humeurs fragiles, de sentiments et d’émotions. Tous nos textes sont en rapport avec un instant, un jour, une impression. Nos chansons sont vraiment influencées par l’humeur.”, tel est l’avis de Stuart.
Vous préférez jouer en studio ou sur scène ?
Les deux sont importants, en fait. Jouer en live, cela exige une certaine spontanéité. Si tu joues un morceau, tu ne peux pas revenir en arrière et changer quelque chose qui ne te va pas, comme tu peux le faire en studio. C’est plus excitant. Une des autres caractéristiques du live, c’est que tu peux ressentir la réaction des gens ; il y a quelque chose de spontané. Alors qu’en studio, on est beaucoup plus introverti, on peut être aussi plus introspectif. En studio, on a la possibilité d’explorer de nouveaux horizons musicaux, créer de nouveaux sons... Sur scène, tu es beaucoup plus limité : tu dois jouer les chansons qu’ils connaissent, dans la limite de ce qu’ils savent.
Y-a-t-il un message particulier dans votre musique ?
La musique est une sensation personnelle, pour des gens différents, des individualités propres. Nous n’attendons pas des gens qu’ils réagissent tous de la même manière. Il n’y a pas de message dans notre musique, ni “bonne manière” d’écouter Tindersticks. C’est plus une question de “feeling”, par rapport à tes émotions, à ta vie personnelle, à tes sentiments...
Avez-vous une philosophie de vie à la Tindersticks ?
A cause du succès, nous avons des philosophies de vie différentes. Mais je ne crois pas que l’on puisse parler vraiment de philosophie de vie ; ce sont plus des lignes de conduite, des principes de vie. Il y a des grandes lignes de conduite dont on change constamment. On ne s’attache pas particulièrement à une manière d’être ou de penser... Il ne faut pas oublier que tout ce qu’on est, ce qu’on pense, se façonne et évolue en fonction de la vie ; la vie qui est perpétuellement en train de changer.

Anne Huguet