JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Jacques
Roman
sur
tous les fronts
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J'avais
une grande envie de rencontrer Jacques Roman, pour plusieurs raisons
d'ailleurs. La première étant que je l'avais croisé
assez rapidement à l'automne et que le personnage m'avait tout
de même impressionné, poète, écrivain, comédien,
metteur en scène, sorte de personnage fantasque, plein de verve,
autodidacte passionné par l'écriture. Vénissieux
l'accueille en février pour "La Reconstitution" texte
magistral de Bernard Noël créé en janvier au Théâtre
de l'Arsenic de Lausanne, et la sortie de son prochain livre "Situation
Générale Hier Soir" qui paraît aux éditions
Paroles d'Aube. "Ainsi notre tête extériorise sans
cesse des idées toutes faites conformes à l'ordre établi..."
Bernard Noël à propos de la Reconstitution.
Rappel de l'affaire Burgos : En juillet 1986, dans la nuit du 4 au 5,
le C.R.S. Gilles Burgos tire sur Loïc Lefèvre qui prenait
la fuite à la suite d'un accident. Les témoignages affluent,
Burgos donne diverses versions des faits, quand le résultat d'autopsie
démontre que Lefêvre a été tué d'un
tir très rapproché dans le dos. Le mystère plane,
l'I.G.S est mise en doute par le juge chargé de l'enquête...
Par hasard Bernard Noël assiste de loin à la reconstitution
judiciaire de l'affaire Burgos. Ainsi naît "La Reconstitution".
Pourquoi un jour, décides-tu de faire de la mise en scène
?
Il y a des grands mystères dans la vie, j'ai à peu près
18 ans quand je commence à voler des livres dans les librairies,
et des livres de poèmes, pourquoi ça ? Il n'y a rien dans
mon enfance, rien dans mon adolescence, rien dans mes rencontres qui
peut expliquer çela. Cette espèce de trajet un peu autodidacte,
curiosité, mais curiosité pas seulement du savoir, mais
aussi du non savoir. Quand j'avais 25-30 ans je montais sur la table,
je gueulais; je peux encore le faire, mais j'aurais l'air ridicule,
c'est pour cela que j'ai monté des spectacles écrits pour
le théâtre, ou des textes pas du tout écrits pour
le théâtre. Il y a deux ans j'ai monté "Le
Dict de Cassandre" de Jean Laude qui est un grand poète
français, ce n'est pas un texte de théâtre, je m'en
fous. Je ne sais jamais quelle va être la méthodologie
de travail sur un objet, c'est l'objet qui doit me la souffler. "La
Reconstitution" commence par une réplique, la première
réplique d'une pièce si tu passes à côté,
tu es foutu.
Le poursuivant s'arrête à trois mètres derrière
l'homme, et d'un mouvement rapide, il abaisse son fusil, le cale contre
sa hanche et tire. La victime s'affaisse lentement, glisse le long du
mur, se tasse au sol. L'autre reste en arrêt, fusil braqué.
Coup de sifflet. Le mort se relève, dit : Tu vois bien, c'est
trop...
Ça commence comme une scène réaliste, si tu n'as
pas compris tu es foutu, il te donne tout de suite une clé, ce
n'est pas une pièce réaliste. Une pièce c'est un
processus de dévoilement. Il y a longtemps que je n'avais pas
lu une pièce anti-fasciste aussi claire.
Jacques Roman écrit, une vingtaine de livres à son actif,
et un projet d'écriture que nous découvrirons début
1998 aux éditions Paroles d'Aube. Des phrases, des aphorismes,
qu'il rédige quand le besoin s'en fait sentir. Un besoin d'écrire
comme une nourriture. Il écrit, coupe le papier, le met de côté,
puis l'ensemble est tapé et stocké par quelqu'un d'autre.
Deux ans d'écriture ainsi amassés puis relus d'un seul
coup. Une masse qui continue de grossir presque chaque jour et qui devrait
correspondre à un important ouvrage, une écriture sans
fin. En attendant sort "Situation Générale Hier Soir",
l'urgence dans l'écriture. Fin de la première page :
Tu sais que ce ne sont pas les mots qui mentent, mais les hommes que
les enfants écoutent.
Des phrases comme celle-ci, on en prend plein la figure en lisant ce
livre. Le poète manie la langue avec agilité, sans faiblesse.
C'est écrit comme une lame qui tranche, construit, déconstruit,
pour mieux dire les choses.
A l'inverse des phrases que j'écris chaque jour, enfin presque,
"Situation Générale Hier Soir" ce sont des textes
qui sont mâchés, triturés, retravaillés.
Les gens me disent, "ton livre fait 60 pages ou malheureusement
20 pages", oui oui, il fait 20 pages, un jour un éditeur
me demande "vous allez faire quoi maintenant Jacques Roman"
je lui dis "20 livres de 20 pages pendant 20 ans". Je ne me
suis jamais senti écrivain, j'ai toujours été écrivant,
écrire fait partie intégrante de ma respiration et d'aucun
projet.
Propos
recueillis par Bruno Pin
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