ARCHIVES
1997

JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana

FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille

MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
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Didier Daeninckx

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Les Trois Huit
Philippe Vincent
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AVRIL N°15
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MAI N°16
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Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore

JUIN N°17
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Faust

SEPTEMBRE N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie

Les quatres saisons

OCTOBRE N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard

NOVEMBRE N°21
Jean-François Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre

DECEMBRE N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie

  FEVRIER N°13  



 

Jacques Roman
sur tous les fronts

J'avais une grande envie de rencontrer Jacques Roman, pour plusieurs raisons d'ailleurs. La première étant que je l'avais croisé assez rapidement à l'automne et que le personnage m'avait tout de même impressionné, poète, écrivain, comédien, metteur en scène, sorte de personnage fantasque, plein de verve, autodidacte passionné par l'écriture. Vénissieux l'accueille en février pour "La Reconstitution" texte magistral de Bernard Noël créé en janvier au Théâtre de l'Arsenic de Lausanne, et la sortie de son prochain livre "Situation Générale Hier Soir" qui paraît aux éditions Paroles d'Aube. "Ainsi notre tête extériorise sans cesse des idées toutes faites conformes à l'ordre établi..." Bernard Noël à propos de la Reconstitution.

Rappel de l'affaire Burgos : En juillet 1986, dans la nuit du 4 au 5, le C.R.S. Gilles Burgos tire sur Loïc Lefèvre qui prenait la fuite à la suite d'un accident. Les témoignages affluent, Burgos donne diverses versions des faits, quand le résultat d'autopsie démontre que Lefêvre a été tué d'un tir très rapproché dans le dos. Le mystère plane, l'I.G.S est mise en doute par le juge chargé de l'enquête...
Par hasard Bernard Noël assiste de loin à la reconstitution judiciaire de l'affaire Burgos. Ainsi naît "La Reconstitution".
Pourquoi un jour, décides-tu de faire de la mise en scène ?

Il y a des grands mystères dans la vie, j'ai à peu près 18 ans quand je commence à voler des livres dans les librairies, et des livres de poèmes, pourquoi ça ? Il n'y a rien dans mon enfance, rien dans mon adolescence, rien dans mes rencontres qui peut expliquer çela. Cette espèce de trajet un peu autodidacte, curiosité, mais curiosité pas seulement du savoir, mais aussi du non savoir. Quand j'avais 25-30 ans je montais sur la table, je gueulais; je peux encore le faire, mais j'aurais l'air ridicule, c'est pour cela que j'ai monté des spectacles écrits pour le théâtre, ou des textes pas du tout écrits pour le théâtre. Il y a deux ans j'ai monté "Le Dict de Cassandre" de Jean Laude qui est un grand poète français, ce n'est pas un texte de théâtre, je m'en fous. Je ne sais jamais quelle va être la méthodologie de travail sur un objet, c'est l'objet qui doit me la souffler. "La Reconstitution" commence par une réplique, la première réplique d'une pièce si tu passes à côté, tu es foutu.
Le poursuivant s'arrête à trois mètres derrière l'homme, et d'un mouvement rapide, il abaisse son fusil, le cale contre sa hanche et tire. La victime s'affaisse lentement, glisse le long du mur, se tasse au sol. L'autre reste en arrêt, fusil braqué. Coup de sifflet. Le mort se relève, dit : Tu vois bien, c'est trop...
Ça commence comme une scène réaliste, si tu n'as pas compris tu es foutu, il te donne tout de suite une clé, ce n'est pas une pièce réaliste. Une pièce c'est un processus de dévoilement. Il y a longtemps que je n'avais pas lu une pièce anti-fasciste aussi claire.
Jacques Roman écrit, une vingtaine de livres à son actif, et un projet d'écriture que nous découvrirons début 1998 aux éditions Paroles d'Aube. Des phrases, des aphorismes, qu'il rédige quand le besoin s'en fait sentir. Un besoin d'écrire comme une nourriture. Il écrit, coupe le papier, le met de côté, puis l'ensemble est tapé et stocké par quelqu'un d'autre. Deux ans d'écriture ainsi amassés puis relus d'un seul coup. Une masse qui continue de grossir presque chaque jour et qui devrait correspondre à un important ouvrage, une écriture sans fin. En attendant sort "Situation Générale Hier Soir", l'urgence dans l'écriture. Fin de la première page :
Tu sais que ce ne sont pas les mots qui mentent, mais les hommes que les enfants écoutent.
Des phrases comme celle-ci, on en prend plein la figure en lisant ce livre. Le poète manie la langue avec agilité, sans faiblesse. C'est écrit comme une lame qui tranche, construit, déconstruit, pour mieux dire les choses.
A l'inverse des phrases que j'écris chaque jour, enfin presque, "Situation Générale Hier Soir" ce sont des textes qui sont mâchés, triturés, retravaillés. Les gens me disent, "ton livre fait 60 pages ou malheureusement 20 pages", oui oui, il fait 20 pages, un jour un éditeur me demande "vous allez faire quoi maintenant Jacques Roman" je lui dis "20 livres de 20 pages pendant 20 ans". Je ne me suis jamais senti écrivain, j'ai toujours été écrivant, écrire fait partie intégrante de ma respiration et d'aucun projet.

Propos recueillis par Bruno Pin