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1997

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OCTOBRE N°20
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Jean-Rochard

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Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie

  OCTOBRE N°20  

Jean Rochard
Resistances

Dans le cadre des rendez-vous du Livre de l’Image et du Son « Résistances » débutera le vendredi 17 octobre à 17h30 dans la cour de l’école Albert Camus pour une création pour bande, guitare, bibliobus et cour d’école » de fabien Saillard et Noël Akchoté.
Rencontre inédite entre un acousmate et un guitariste où il devrait être question d’improvisation, de sons inexplorés, de risque, de jeu... A partir de 18h30 l’Espace Tonkin recevra Abel Paz, écrivain et biographe de l’anarchiste espagnol Durruti, Jean Rochard, producteur des disques Nato et le collectif musical « Los Incontrolados » composé de Violetta Ferrer (voix-danse), Benat Achiary (chant), Carmen Alvarez (danse), Paco Narvarez (guitare flamenca), Sylvain Kassap (clarinette et saxophone), Guillaume Orti (saxophone) François Corneloup (sax baryton), Hélène Labarrière (contrebasse), Noël Akchoté (guitare), Tony Hymas et Benoît Delbecq (piano) et mark Sanders (batterie). Soit un orchestre de rêve dont on retrouve chaque participant dans le superbe disque « Buenaventura Durruti » (cf 491 n° 14), sans doute l’une des plus belles réalisations Nato, certainement la plus ambitieuse. Si on devait trouver un label résistant, ce serait bien le label de Jean Rochard. Depuis plus de 15 ans Nato reste un exemple d’intégrité, de fraîcheur, élargissant toujours son horizon depuis les musiques jazz, improvisées jusqu'à ce projet sur Durruti. Rencontre avec Jean Rochard à Paris au siège de Nato pour parler de cette journée « Résistances » et d’autres choses... loin du catéchisme ambiant.

Jean Rochard : L’idée c’est de faire un orchestre qui puisse bouger et où chacun amène quelque chose. Donc les gens peuvent amener une pièce écrite ou décider d’improviser... L’idée c’est que ce disque existe et que ce n’est pas une fin en soi : A la CNT en avril, Violeta Ferrer avait amené des textes de Durruti, de Lorca et des extraits signés d’un incontrôlé de la Colonne de Fer. Abel Paz présentait la traduction de son livre sur la colonne de Fer, il y avait une sorte de débat autour des musiciens jouaient en plus.
Abel Paz ne connaissait pas ces musiques avant... ?
Non, il vient d’ailleurs, il était dans la colonne Durruti il a 76 ans. Mais quand on a parlé de cette idée il a tout de suite été intéressé, lui ce qui l’étonne c’est quand il ne se passe rien. Il a vu que c’était une manière d’en parler, autre, et qu’il s’agissait pas de faire un hommage un peu morbide mais quelque chose de bien vivant. Et justement l’idée de le prolonger au-delà du disque participe de ça et même j’espère après Villeurbanne
Qu’est-ce que tu as comme retours sur ce disque ?
Tu me parles pas des retours de disquaires ? (rires) franchement ça se passe plutôt bien.
A part les chroniques réac ?
Oui, mais qu’est-ce que tu veux que je te dise, c’est terrible, on sait très bien que cela représente, ce contre quoi on lutte et on s’épuise depuis longtemps, c’est-à-dire pas les vrais ennemis mais les faux amis, ce qui est pire que tout.
J’ai un peu pensé à ça avec l’histoire de Derrida. (Note : trois jours plus tôt le 1er juillet à Paris, Ornette Coleman invitait lors de son concert le philosophe Jacques Derrida à dire un texte écrit pour l’occasion. La réaction d’une partie du public fut très violente : sifflet, injures qui ont conduit Derrida à écourter son intervention).
Oui, en fait c’est le même sujet. Peu de gens savaient que Derrida allait venir et quand j’ai vu qu’il ne serait pas annoncé je me suis attendu à cette réaction. Le chahut aurait pu être évité : mettons que l’organisateur ait dit « Ornette Coleman va nous faire le plaisir d’accueillir le grand philosophe Jacques Derrida qu’il admire énormément... » les gens auraient été polis. Ça ne veut pas dire qu’ils auraient écouté davantage, d’ailleurs ce n’est pas parce qu’ils viennent au concert qu’ils écoutent la musique non plus. Cette chose qui a choqué beaucoup de gens, moi, elle ne m’a pas choqué. Elle m’a désolé parce qu’on n’avance pas, mais pas choqué. Ce qui me choque par contre ce sont les conditions actuelles d’organisation des concerts... les gens aujourd’hui ils vont voir Ornette Coleman de la même manière qu’ils auraient chié dessus il y a des années. Tout d’un coup Ornette Coleman, on nous dit, on le lit dans les journaux, c’est un grand, un personnage mythique, un saint quasiment, c’est même un ange... alors les gens ils n’achètent pas les disques mais ils y vont parce que c’est le truc obligé. Après ils peuvent dire à leurs amis qu’ils écoutent du jazz d’avant-garde. Et c’est ce que je vis comme une défaite très forte : il y a une grande différence entre la manière dont ils écoutent la musique et ce qu’ils vivent en réalité. On reste dans le divertissement bourgeois, ils viennent écouter Ornette Coleman comme Herbie Hancok, Pierre Boulez ou tout ce que tu veux, même Derek Bailey. C’est la justification intellectuelle de se dire « attention là on n’écoute pas de la merde » sauf que les gens ne vivent rien par rapport à ça. Et là où pour moi c’est un peu dur c’est que la musique d’Ornette Coleman, ce qu’elle m’a appris, parmi plein d’autres, c’est justement d’avoir une attitude contraire à ça. Bien sûr que j’écoute Ornette Coleman avec l’idée de ce qu’il a fait, on ne se détache pas de l’histoire des gens, mais il faut faire l’effort de l’écouter simplement. On a quelqu’un en face qui nous parle et on écoute ce qu’il dit... alors à un moment arrive jacques Derrida... on peut aussi discuter sur le fait que son intervention était trop déférante, c’est toujours le grand Ornette ceci-cela, l’important ce n’est pas d’être grand, c’est d’être vivant.
Aujoud’hui personne ne peut attaquer Ornette Coleman.
De la même manière que c’était totalement l’inverse il y a des années. Maintenant, tous ces critiques très chics qui écrivent dans la presse démocrate chrétienne... personne ne dirait du mal.
Alors que ça devrait leur être insupportable.
Ça ne l’est plus parce que l’écoute de la musique pour eux ne comporte aucun engagement. Tout peut passer, il s’agit simplement de passer une heure et demie et de se faire plus ou moins chier, ce n’est pas dramatique. Comme par ailleurs on va briller dans les loges, on serre des mains, on se répand en commentaires débiles, on se valorise. Ce qui est scandaleux ce n’est pas ce qui est arrivé à Derrida, c’est désolant et triste pour lui, mais c’est que tout mène à ça, on consomme on consomme et il n’y a plus rien à vivre. Avant il y avait des guerres d’esthétiques, maintenant tout le monde intègre tout. C’est comme un bon député socialiste, ami avec tout le monde, les jeunes, les vieux... un peu d’Afrique, un peu des free. Moi j’ai trouvé le concert passionnant à plein de titres et le fait que Coleman appelle Joachim Kühn c’est bien, ça brouille un peu, ça dérange ceux qui trouvent Kühn un peu ringard, ou trop jarretien. Il faut simplement écouter et le problème c’est la relation de la musique au reste, elle est inexistante. Il n’y a plus que du divertissement. Moi j’aime bien me divertir et la musique c’est un peu ça aussi parfois, mais pas que ça.
C’est très clair avec Durruti ?
Oui, c’est un secret pour personne que faire des disques, c’est de plus en plus compliqué, économiquement. A un certain moment de l’année dernière, la seule énergie que j’ai trouvée pour prendre le risque de faire un disque, elle était sur ce disque-là.
On a beaucoup parlé des thèmes chez Nato : Spirou, Godard... moi je trouve ça très différent.
Bien sûr, tout le monde veut cataloguer mais ce n’est pas une série. J’aime beaucoup la BD donc c’est vrai qu’en 88 j’ai fait un disque sur Spirou parce que ça m’amusait. Quand je produis un disque sur Durruti c’est très différent. On peut aimer aller à la piscine mais ça n’empêche pas d’aller aux manifestations, de manger une barbe-à-papa ou se faire casser la gueule par des flics !
Avec ce disque il y avait un côté « on arrête ou on repart », non ?
Oui, il y a un peu de ça mais c’est assez encourageant. Quand il est sortit il y avait du scepticisme, un double ? Durruti ? Finalement il s’est installé, il y a eu pas mal d’échos de presse assez favorables, un bouche à oreille, la CNT s’y est intéressé. En plus ça permettait de toucher d’autres gens. On aurait pu radicaliser la démarche : voilà, Durruti c’est un anarchiste, on va faire un disque dur, très free, ou alors que chanson ou plus traditionnel, on aurait pu prendre une seule option mais ça aurait été un peu moins vrai. Ce qui est intéressant c’est comment ce disque une fois lancé a engendré d’autres choses, d’autres gens. Tu vois l’image de la révolution espagnole : des gens qui créent quelque chose ensemble. Il y a un prétexte au départ qui est l’idée de Durruti mais on ne s’arrête pas à ça.

En plus de la conférence et du concert une exposition sur Durruti sera présentée par l’Insomniaque tandis que seront diffusés dès 16h des films.
Le lendemain dès 16h l’Arfi présentera ses nouveautés discographiques ainsi que des interventions musicales de l’Effet Vapeur et la Bête à Bon Dos