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1997

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Jean-Luc Godard
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Les Thugs
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DECEMBRE N°22
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L'Usage de la vie

  MAI N°16  



 

Thierry Robin

En cette fin de millénaire où la planète se rétrécit, et où tout un chacun parcourt le monde, il est extraordinaire de constater l'ignorance dans laquelle on se trouve face à ces gens que l'on croise sans voir. Une prise de conscience récente du cinéma et des musiques permet d'éclairer le parcours complexe des gens du voyage qu'ils soient bohémiens, gitans, tziganes ou romanichels.
En bon angevin qu'il est, Thierry Robin voue une passion toute particulière pour ce peuple aux musiques qu'il véhicule, aux cultures qu'il porte du Rajasthan à l'Andalousie en passant par les Balkans. Miroir d'un cœur aux braises ardentes, Thierry décide de mettre en musique ses émotions et attirances pour les différentes branches de la grande famille gitane dans un CD : "Gitans", entouré de musiciens tels que Paco el Lobo, Gulabi Sapera, les frères Saadna, Hameed Khan, Abdelkarim Sami... des amis qu'il a rencontrés au court de ses voyages, relations devenues moments musicaux intenses par la force des gens. Gigantesque mosaïque, assoiffé d'échanges, Thierry livre à présent ces musiques sur scène. Latcho drom.


D'où vient cet intérêt pour le peuple gitan ?
Etant d'origine rurale, mes racines sont à priori quasiment à l'opposé. Je suis un vrai gadjo. En réalité, il existe beaucoup d'éléments communs notamment la manière de voir la vie. Je ne m'en suis pas aperçu tout de suite puisqu'au départ, j'étais principalement attiré par ces musiques. Lorqu'on s'intéresse aux musiques traditionnelles, on trouve dans l'approche qu'ont les gitans une manière d'interpréter proche d'une sensibilité moderne. Toutes les gammes d'émotions sont exprimées, douces et parfois très violentes. Les expressions y sont très contrastées. Ils ont une relation très forte avec des éléments qui me correspondent bien comme la fête, la famille, le sacré... le sentiment est prédominant, on peut même parler de dictature. La musique qui vient est alors au service de la sensation. Cette attirance est à la fois musicale et liée à une façon de vivre.
Comment s'est effectué le passage du CD au spectacle "Gitans" ?
En faisant ce disque, je voulais rendre hommage aux musiques gitanes pour tout ce qu'elles m'ont appris. En tant qu'autodidacte cette école a été fondamentale pour moi. Après la sortie de l'album, il y a tout de suite eu des demandes de spectacles. On l'a donc construit, au début en tâtonnant un peu puis avec les formes qui fonctionnaient le mieux. Je n'avais absolument pas prémédité cette aventure, aventure que je trouve à présent formidable en espérant qu'elle dure le plus longtemps possible. C'est d'autant plus enrichissant que l'on a encore plein de choses à apprendre.
Quand on se retrouve sur scène, la musique va être nourrie de ce qui s'est passé dans la journée, de ce qu'on a vécu, mangé, des personnes que l'on a rencontrées. Dans l'improvisation, nous restons le plus ouvert possible à ce qui peut nous entourer. Ensuite, à partir des mélodies se crée la surprise. Dans l'accompagnement, la manière dont évolue le morceau est passionnante, enrichi de palmas et de jaleos, rythmiques inattendues qui peuvent être des clins d'œil aux expériences de l'après-midi.
Tout est ouvert. On laisse la place à ce qu'on est à ce moment-là, l'ambiance générale peut-être alors gaie, énervée ou très mélancolique. C'est aussi parce que la vie veut ça.
Dans tes compositions, comment as-tu réussi à croiser des musiques qui sont parfois géographiquement éloignées ?
C'est une démarche qui me tient à cœur, que j'ai déjà eue auparavant avec le Trio Eric Marchand, entre un chanteur breton et le tabliste Hameed Khan. Il se trouve que j'ai souvent été au croisement de cultures différentes, en lien avec des gens qui ne se connaissaient pas et qui voulaient se rencontrer. Le seul moyen de les rapprocher était de composer des morceaux en m'inspirant de leurs différentes musiques que je connaissais plus ou moins de l'intérieur. Je crée pour que les gens aient l'impression d'une musique qui se soit toujours jouée ainsi. Parfois, quand il y a métissage, on cherche les contrastes, un intérêt venant du choc. Pour moi, c'est tout le contraire. Même si a priori les démarches sont différentes, il y a toujours des points communs.


"Je suis allé par les longues routes, j'ai rencontré des Roms riches. Ah, les Roms d'où venez-vous, avec les tentes par les routes heureuses ? Ah, les Roms et vous frères, asseyez-vous et dites la vérité, qu'avec ma femme je n'ai pas une belle vie. Je lui ai acheté un foulard turc rouge, que je l'aime, il reste d'elle abandonné. J'aime fort ses yeux noirs. Que vais-je faire, à qui vais-je me confier, à qui vais-je porter mon cœur ? Que vais-je faire, ma femme m'a laissé, avec des petits enfants, que vais-je faire d'eux ?"
Extrait d'un recueil de poèmes populaires collectés par Trigun Dimié chez les Roms de Vojvodine et chez les Roms roumains, a servi de base à la composition de l'hymne international rom.

Grégory Ramos