JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Prohibition
Forts
de quatre albums, quelques splits singles et participations à
des compilations, Prohibition pourrait faire figure de grand frère
d'une scène française indépendante. Intégrés
(mais pas intégristes) et touche à tout, ils seront en
concert au Pez ner le 6 février.
Interview au téléphone avec Fabrice (basse) et Nicolas
(guitare, chant), accueillants et très loquaces. |
Peux-tu me parler de votre quatrième album paru en septembre
?
Cet album a été enregistré en avril 96 et a été
composé pendant un an. L'enregistrement s'est fait au studio
Black Box de Iain Burgess par Peter Deimel. Un enregistrement au vert,
à la campagne. Jusqu'ici, on avait toujours fait nos disques
dans l'urgence : les morceaux à peine composés étaient
enregistrés. Là, on a voulu prendre notre temps. A la
campagne tu peux te concentrer; à la ville tu es moins peinard
: rentrer du studio le soir en métro, la routine. C'est la première
fois que l'on fait ça.
Pourquoi ce thème de Paris plus ou moins commun aux textes
?
En ce qui concerne les textes et la thématique de l'album, certains
ont été écrits dans le métro ou directement
face à des scènes de vie à Paris. L'idée
d'écrire une série de textes et d'axer l'album sur Paris
nous est venue à un moment où nous préparions une
tournée en Europe et notre identité de groupe underground
vivant à Paris nous a alors jailli à la figure. C'est
un peu comme un miroir. Towncrier signifie "crieur de rue"
et est une suite de petites histoires, de réflexions sur la vie
urbaine, la cité et dresse un état des lieux de la société
moderne occidentale. Si nous avons choisi Paris pour cela c'est parce
que nous y vivons depuis longtemps et que c'est ce que nous connaissons
le mieux.
Vous avez la réputation d'être plus un groupe de scène
que de studio. Or avec cet album on sent une volonté délibérée
de faire une musique plus aboutie, plus réfléchie...
Ce n'est pas un hasard si on a enregistré notre album le plus
urbain à la campagne. Nous avons pris beaucoup de temps pour
le composer, le réfléchir, trier les morceaux et en éliminer
certains. De plus notre tournée d'un mois en Europe nous a permis
de jouer ces morceaux sur scène et de les revoir pour l'enregistrement.
Le travail qu'a réalisé Peter Deimel (qui est acousticien
à la base) va aussi dans le sens de la lisibilité de notre
musique. Cinq titres inédits enregistrés lors de cette
session vont sortir un EP pour la tournée.
Quentin Rollet (saxophone) fait maintenant partie intégrante
du groupe; allez-vous encore élargir votre musique à d'autres
instruments ?
On y pense. Il y a le sitar bien sûr. Pour le moment Quentin ne
joue que sur quelques morceaux et puis s'en va mais il pourrait jouer
d'autres instruments : de la clarinette turque, pourquoi pas de la guitare,
du xylo. On n'a pas encore testé. C'est ouvert, tout est réalisable.
D'où vient cet intérêt pour le sitar ?
Nicolas joue du sitar et moi des tabla. C'est venu tout naturellement
du fait que nos parents écoutaient pas mal de musique indienne.
Cela résulte de notre intérêt pour ces sonorités.
On a acheté nos instruments lors d'un voyage à Londres
et on a essayé de les faire coller avec une musique plus électrique
ce qui n'est pas franchement évident au départ.
Pourquoi avez-vous monté votre propre label ?
On est jamais aussi bien servi que par soi-même. C'est primordial
pour nous de garder le contrôle sur tout ce que l'on fait. Nous
n'aimons pas les intermédiaires. Nous avons toujours fait des
réunions avec le groupe, où nous discutons des problèmes,
prenons des décisions. Il était logique pour nous de lancer
le label en 94 puisque nous avions déjà beaucoup contribué
à la production/promotion de nos précédents albums.
Nous arrivons aujourd'hui à un stade où le groupe a engendré
un label qui est maintenant autonome. On peut donc se pencher sur la
production d'autres artistes.
Penses-tu qu'il est difficile en France de rester indépendant
?
Pas du tout. C'est une question de contact avec le milieu pour diffuser
ce que tu fais. En France la situation est plutôt bonne par rapport
à d'autres pays comme l'Angleterre. L'avenir de l'indépendant
est plutôt ouvert mais il ne faut pas que les gens dans l'indépendant
changent après d'optique. Il faut aussi de nouveaux groupes,
de nouvelles choses. Par exemple le label Rectangle de Quentin relie
deux mondes différents. Il a créé une dynamique
mais reste indépendant. Après on peut se demander quelle
signification donner à ce mot. Pour moi indépendant c'est
do it yourself. Mais cela ne veut pas dire ne pas avoir de disques en
vente dans les magasins, c'est absurde !
Comment s'est passée la rencontre avec Yves Robert (pour la
compilation "File under Music" sur Rectangle) ?
Très bien. Certains groupes avaient des désirs comme Héliogabale
qui voulait jouer avec un violoncelliste. Quentin nous en a parlé,
on a accepté et il nous a dit que l'on allait jouer avec le tromboniste
Yves Robert. On a passé une demi-journée en studio, on
avait chacun quelques plans, quelques idées et on a improvisé.
Depuis on a fait quelques concerts et on a créé un répertoire.
On a joué à Saint Sever avec plein d'autres gens différents.
Nous allons peut-être sortir un disque en commun. Ce fut une super
expérience pour tous parce que cela nous a permis de prendre
une certaine distance par rapport à notre musique. On s'est aperçu
que l'on avait une approche similaire de la musique et finalement on
en a fait une troisième, différente.
Ecoutez-vous des musiques radicalement différentes de la votre
?
On écoute que des choses différentes. On adore la jungle.
On écoute aussi du jazz, de l'avant garde, de la musique improvisée
mais on écoute de moins en moins de trucs hardcore. Tout ce que
tu écoutes vient de la culture que tu as eue étant petit.
Par exemple Quentin avec le jazz puisque son père est jazzman.
On écoute de tout et on essaye de suivre l'actualité,
c'est très important.
Comment s'est passée la tournée avec Fugazi ?
En fait ils nous ont invité sur leurs dates en France. On avait
une relation suivie par courrier et Guy nous a vu un jour en concert
à Paris. Cela nous a fait plaisir car nous avons un lien de parenté
musical, ce qui nous a d'ailleurs été reproché.
Nous sommes dans un même courant, notre démarche est similaire
mais nos musiques diffèrent, dans le sens où nous ne sommes
jamais attachés qu'à nos racines rock/hardcore.
Vous avez l'air très à l'aise sur scène. Est-ce
ce que vous préférez ?
On nous dit souvent que notre musique est cérébrale, en
fait on peut la sentir dans la tête et aussi par le bide. Ça
nous attrape sur scène. Si le public suit et ressent quelque
chose, tant mieux. Et puis on ne répète pas énormément.
Quand on branche les amplis sur scène, cela fait comme une étincelle.
C'est le bonheur de jouer ensemble. On na jamais eu trop d'angoisses
avant un concert. La scène c'est un échange pas un spectacle.
Qu'est-ce que vous pensez du FAIR ?
Le FAIR soulève la polémique de l'institutionnalisation
et de la professionnalisation du rock. Cependant, il ne faut pas oublier
que l'action du FAIR ne se résume pas qu'à une bourse.
Il faut en effet savoir qu'il permet de suivre des stages, d'avoir des
infos sur le monde de la musique. Il faut en faire une utilisation intelligente
pour bien comprendre les mécanismes du rock-business. Comprendre
pour éviter.
Propos
recueillis par Guillaume.
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