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Prohibition

Forts de quatre albums, quelques splits singles et participations à des compilations, Prohibition pourrait faire figure de grand frère d'une scène française indépendante. Intégrés (mais pas intégristes) et touche à tout, ils seront en concert au Pez ner le 6 février.
Interview au téléphone avec Fabrice (basse) et Nicolas (guitare, chant), accueillants et très loquaces.

Peux-tu me parler de votre quatrième album paru en septembre ?
Cet album a été enregistré en avril 96 et a été composé pendant un an. L'enregistrement s'est fait au studio Black Box de Iain Burgess par Peter Deimel. Un enregistrement au vert, à la campagne. Jusqu'ici, on avait toujours fait nos disques dans l'urgence : les morceaux à peine composés étaient enregistrés. Là, on a voulu prendre notre temps. A la campagne tu peux te concentrer; à la ville tu es moins peinard : rentrer du studio le soir en métro, la routine. C'est la première fois que l'on fait ça.
Pourquoi ce thème de Paris plus ou moins commun aux textes ?
En ce qui concerne les textes et la thématique de l'album, certains ont été écrits dans le métro ou directement face à des scènes de vie à Paris. L'idée d'écrire une série de textes et d'axer l'album sur Paris nous est venue à un moment où nous préparions une tournée en Europe et notre identité de groupe underground vivant à Paris nous a alors jailli à la figure. C'est un peu comme un miroir. Towncrier signifie "crieur de rue" et est une suite de petites histoires, de réflexions sur la vie urbaine, la cité et dresse un état des lieux de la société moderne occidentale. Si nous avons choisi Paris pour cela c'est parce que nous y vivons depuis longtemps et que c'est ce que nous connaissons le mieux.
Vous avez la réputation d'être plus un groupe de scène que de studio. Or avec cet album on sent une volonté délibérée de faire une musique plus aboutie, plus réfléchie...
Ce n'est pas un hasard si on a enregistré notre album le plus urbain à la campagne. Nous avons pris beaucoup de temps pour le composer, le réfléchir, trier les morceaux et en éliminer certains. De plus notre tournée d'un mois en Europe nous a permis de jouer ces morceaux sur scène et de les revoir pour l'enregistrement. Le travail qu'a réalisé Peter Deimel (qui est acousticien à la base) va aussi dans le sens de la lisibilité de notre musique. Cinq titres inédits enregistrés lors de cette session vont sortir un EP pour la tournée.
Quentin Rollet (saxophone) fait maintenant partie intégrante du groupe; allez-vous encore élargir votre musique à d'autres instruments ?
On y pense. Il y a le sitar bien sûr. Pour le moment Quentin ne joue que sur quelques morceaux et puis s'en va mais il pourrait jouer d'autres instruments : de la clarinette turque, pourquoi pas de la guitare, du xylo. On n'a pas encore testé. C'est ouvert, tout est réalisable.
D'où vient cet intérêt pour le sitar ?
Nicolas joue du sitar et moi des tabla. C'est venu tout naturellement du fait que nos parents écoutaient pas mal de musique indienne. Cela résulte de notre intérêt pour ces sonorités. On a acheté nos instruments lors d'un voyage à Londres et on a essayé de les faire coller avec une musique plus électrique ce qui n'est pas franchement évident au départ.
Pourquoi avez-vous monté votre propre label ?
On est jamais aussi bien servi que par soi-même. C'est primordial pour nous de garder le contrôle sur tout ce que l'on fait. Nous n'aimons pas les intermédiaires. Nous avons toujours fait des réunions avec le groupe, où nous discutons des problèmes, prenons des décisions. Il était logique pour nous de lancer le label en 94 puisque nous avions déjà beaucoup contribué à la production/promotion de nos précédents albums. Nous arrivons aujourd'hui à un stade où le groupe a engendré un label qui est maintenant autonome. On peut donc se pencher sur la production d'autres artistes.
Penses-tu qu'il est difficile en France de rester indépendant ?
Pas du tout. C'est une question de contact avec le milieu pour diffuser ce que tu fais. En France la situation est plutôt bonne par rapport à d'autres pays comme l'Angleterre. L'avenir de l'indépendant est plutôt ouvert mais il ne faut pas que les gens dans l'indépendant changent après d'optique. Il faut aussi de nouveaux groupes, de nouvelles choses. Par exemple le label Rectangle de Quentin relie deux mondes différents. Il a créé une dynamique mais reste indépendant. Après on peut se demander quelle signification donner à ce mot. Pour moi indépendant c'est do it yourself. Mais cela ne veut pas dire ne pas avoir de disques en vente dans les magasins, c'est absurde !
Comment s'est passée la rencontre avec Yves Robert (pour la compilation "File under Music" sur Rectangle) ?
Très bien. Certains groupes avaient des désirs comme Héliogabale qui voulait jouer avec un violoncelliste. Quentin nous en a parlé, on a accepté et il nous a dit que l'on allait jouer avec le tromboniste Yves Robert. On a passé une demi-journée en studio, on avait chacun quelques plans, quelques idées et on a improvisé. Depuis on a fait quelques concerts et on a créé un répertoire. On a joué à Saint Sever avec plein d'autres gens différents. Nous allons peut-être sortir un disque en commun. Ce fut une super expérience pour tous parce que cela nous a permis de prendre une certaine distance par rapport à notre musique. On s'est aperçu que l'on avait une approche similaire de la musique et finalement on en a fait une troisième, différente.
Ecoutez-vous des musiques radicalement différentes de la votre ?
On écoute que des choses différentes. On adore la jungle. On écoute aussi du jazz, de l'avant garde, de la musique improvisée mais on écoute de moins en moins de trucs hardcore. Tout ce que tu écoutes vient de la culture que tu as eue étant petit. Par exemple Quentin avec le jazz puisque son père est jazzman. On écoute de tout et on essaye de suivre l'actualité, c'est très important.
Comment s'est passée la tournée avec Fugazi ?
En fait ils nous ont invité sur leurs dates en France. On avait une relation suivie par courrier et Guy nous a vu un jour en concert à Paris. Cela nous a fait plaisir car nous avons un lien de parenté musical, ce qui nous a d'ailleurs été reproché. Nous sommes dans un même courant, notre démarche est similaire mais nos musiques diffèrent, dans le sens où nous ne sommes jamais attachés qu'à nos racines rock/hardcore.
Vous avez l'air très à l'aise sur scène. Est-ce ce que vous préférez ?
On nous dit souvent que notre musique est cérébrale, en fait on peut la sentir dans la tête et aussi par le bide. Ça nous attrape sur scène. Si le public suit et ressent quelque chose, tant mieux. Et puis on ne répète pas énormément. Quand on branche les amplis sur scène, cela fait comme une étincelle. C'est le bonheur de jouer ensemble. On n’a jamais eu trop d'angoisses avant un concert. La scène c'est un échange pas un spectacle.
Qu'est-ce que vous pensez du FAIR ?
Le FAIR soulève la polémique de l'institutionnalisation et de la professionnalisation du rock. Cependant, il ne faut pas oublier que l'action du FAIR ne se résume pas qu'à une bourse. Il faut en effet savoir qu'il permet de suivre des stages, d'avoir des infos sur le monde de la musique. Il faut en faire une utilisation intelligente pour bien comprendre les mécanismes du rock-business. Comprendre pour éviter.

Propos recueillis par Guillaume.