JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Piero Tauro©
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Maguy
Marin
Maguy
Marin est née le 2 juin 1951. Chorégraphe, elle dirige
depuis 1984 sa propre compagnie de renommée mondiale, en renouvelant
toujours les expériences et les rencontres. Son engagement
dartiste (généreux et sincère) lamène
aujourdhui à un projet de culture qui serait agir
ensemble.
Situé entre les immeubles de la Gravière et le quartier
résidentiel de Sainte Foy Lès Lyon Le Ramdam
ouvre ses portes. Ancienne menuiserie réaménagée
par un collectif dartistes et damis. Entouré de
verdure, le bâtiment de 700 m2 accueille de nombreuses possibilités,
son studio de danse et son plateau de 264 m2. Des bureaux, salle de
repas, sanitaires et salle de son, vont permettre de recevoir des
artistes.
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Rendez-vous fut pris avec Maguy Marin entourée dautres
protagonistes, tels Denis Mariotte (musicien/compositeur) et Laurent
Frick (un des musiciens de Chef Menteur) pour visiter ce lieu Le
Ramdam ouvert sur les disciplines du spectacle vivant.
Lidée
du lieu ?
Maguy Marin : Contredire ce que les gens pensent sur la culture,
que cest un gouffre à subvention. Je suis persuadée
que les artistes peuvent faire une économie et faire vivre
des gens, créer des emplois. Je pense que cet endroit peut
en créer.
Quelle est lintention de ce lieu ?
Denis Mariotte : Dans lidée, ce serait un lieu de
résidence, pour que des artistes puissent sy sentir bien.
Un lieu de création. Un endroit où ils pourraient travailler
un mois, deux mois sur une création, faire des rencontres à
la suite de ces résidences. Que lartiste puisse faire
voir le fruit de son travail à un public, mais aussi à
des programmateurs de salles. On ne peut pas parler de programmation,
mais tous les trois mois faire des rencontres dartistes.
Ce serait le résultat du travail qui sest passé
ici ?
M. M. : Pas forcément, mais ce serait aussi cela, faire
se rencontrer les gens, un peu comme une grande fête.
Accueillir la danse, le théâtre et la musique ?
M. M. : Oui, mais aussi un lieu de parole, je pense que lon
peut travailler sur un sujet qui nous semble important, pas intéressant,
mais important. Discuter en mangeant, en buvant et puis de temps en
temps des petites choses qui se passent. Quelque chose dassez
informel en fait. Je crois quil est important de garder un côté
non informatisé, laissant aux gens la possibilité de
passer, de se balader, d'être là.
D. M. : Cest vrai que pour le moment, nous avons un peu
de mal, car nous avons nos métiers, cest quelque chose
que lon sest rajouté. On ne peut pas y consacrer
tout le temps quil faudrait. Notre intention cest de se
faire aider par des gens au niveau de lassociation que nous
allons fonder autour de ce lieu. Cette association sera pilotée
par un collectif dartistes, des gens que lon connaît,
qui pourraient apporter leurs idées et leurs pierres à
lédifice. Des artistes et des gens non artiste aussi.
Laurent Frick : Avoir des gens qui ont un regard extérieur,
ça ne peut quêtre intéressant.
M. M. : Quils soient des artistes dans le sens d'artisans.
un lieu très ouvert ?
M. M. : Je pense que ce ne sera pas ouvert à tout vent
non plus. Il y aura des démarches plus ou moins intéressantes,
en fait ça va se restreindre à létat desprit
des gens qui auront demandé à bosser avec nous. Forcément
il y aura des choix subjectifs du travail qui sy fera. Des choses
qui sont très valables au niveau de lexigence mais qui
en même temps nont pas les portes des salles institutionnelles
ouvertes, car justement le caractère de leur travail nest
pas public, pas commercialisable.
Une des difficulté doit être la gestion dun
tel lieu ?
D. M. : Il faut que nous trouvions matériellement le fonctionnement
effectif de ce lieu. Il y a des idées à trouver au niveau
du coût de ce dernier, lidée du lieu de résidence
est très bien, mais il faut aussi quà travers
cet endroit, la vie sociale de lartiste saffiche. Comment
il se gère ? comment on peut la mettre en pratique ?
On parlait de rentable, comment on pourrait avec des gens de lextérieur,
faire que les gens puissent éventuellement payer leur résidence
par leur travail, en animant des stages, des ateliers. Cest
avec la pratique, pas à pas, on va se planter, tâtonner.
M. M. : On se sent la force de pouvoir faire une réalisation
par trimestre, sur trois ou quatre jours. Organiser pour le mois de
décembre un petit événement après une
résidence qui aura eu lieu ici, et voir comment petit à
petit ça peut devenir une économie. En tant que Maguy
Marin, je ne me sens pas de faire décembre, mars et juin.
L. F. : On va jeter des trucs dans la mare, on va voir ce qui
se passe, on en tirera des conclusions.
M. M. : Essayer de ne pas trop se planter au niveau fric. Je
pense quau niveau des idées il y en aura.
Quand tu parles de stage, ça veut dire que ce sera aussi un
lieu de formation ?
M. M. : Cest plus au niveau des rencontres, des choses
du savoir, des gens qui peuvent apprendre leurs connaissances à
dautres et vis et versa. Nous aimerions que ce ne soit pas quun
lieu de consommation culturelle, mais aussi un endroit amusant.
Un lieu populaire ?
D. M. : Oui, un lieu convivial, montrer que les artistes ne sont
pas que des gens chiants, quils savent samuser, quils
peuvent discuter.
Un endroit comme celui-là nexiste pas dans la région ?
M. M. : Non, à Marseille il y a la friche la Belle de
Mai, mais elle a un côté médiatique qui me gêne
un peu, branché, alternatif, je ne vois pas ce lieu comme ça.
Cest pour cela que jai toujours un peu de réticences
à faire de la publicité autour de cet endroit.
Cest une envie qui date de longtemps, et par rapport au travail
de ta compagnie, ça va être énorme ?
M. M. : Oui, cest une projection de quelque chose dun
peu utopiste là-dedans. Déjà de monter une compagnie
cest une projection de lutopie. Se mettre à faire
quelque chose ensemble, le faire vivre à lintérieur
dun groupe, partager des moments, que ça se passe à
peu près bien, avec tout ce que ça veut dire. Les limites
à ne pas franchir quand tu travailles en groupe; cest
un apprentissage de la vie. Je crois que ce lieu vient un peu en prolongement
de ça, simplement plutôt que de rester en famille entre
dix personnes à essayer de trouver une façon de fonctionner
qui soit bien pour tout le monde, créative, le mieux c'est
de souvrir à dautres. Des gens que lon ne
connaît pas trop, voir comment ça peut fonctionner autrement.
Cest vrai que quelque part cest un petit rêve.
Par rapport à ton travail de chorégraphe, tu penses
que tu seras assez présente ?
M. M. : De toute façon, je ne lai pas pris pour
moi. Javais de largent, la vérité est là,
javais envie de faire cette chose-là. Cest pour
tenter une expérience un petit peu au-delà de la compagnie,
parce quavec cette dernière ça a pris très
longtemps pour arriver à travailler dune façon
plus collective. Ici, je nai pas plus de parole que Denis, Laurent
ou Guigou, ou des gens qui vont bosser dessus, on est tous à
égalité. Jespère bien quils prendront
le relais, ça devrait fonctionner un peu comme ça. Des
gens vont proposer des choses, si le projet nous plaît, on va
se fixer autour et faire qu'il existe. Je pense que ça ne va
pas me prendre trop de temps, par contre profiter de ma notoriété
pour que ça fonctionne mieux, là je suis tout à
fait daccord pour le faire. Quand il faudra faire déplacer
des gens qui ne se déplaceraient pas pour tartempion, mais
qui se déplaceront parce que Maguy Marin présente ...
(rires)
Combien êtes-vous à travailler sur ce lieu ?
D. M. : Une quinzaine, mais nous espérons qu'il sera évolutif.
Lintérêt cest quil soit souple.
M. M. : Cest vrai quil y a des gens dans ce collectif
qui nhabitent pas Lyon, qui forcément seront moins présents.
Certains sont à Lyon et pourront prendre en charge plus facilement
le quotidien.
L. F. : À priori, cest quand même de fonctionner
à partir dune idée proposée par quelquun,
un peu personnelle, à laquelle le collectif va adhérer,
il va falloir sadapter.
D. M. : Le fait que quelquun lance une idée et que
les autres servent cette idée, quils font partie de la
chose tout en étant au service de cette idée. Jaime
bien cette position, celle où des gens maident et celle
d'aider des gens sur une idée. Un groupe pour le moment,
cest comme cela que ça fonctionne.
M. M. : Il y a déjà les gens qui ont construit
le lieu, des gens que Denis ou moi avions rencontrés ou que
nous connaissions.
Le lieu a repris ses activités depuis quand ?
M. M. : Depuis mars/avril et nous essayons de trouver une solution
pour quen septembre nous ne nous trouvions pas dans la même
situation que lan passé, fermer le lieu par manque de
chauffage. Le chauffage est installé, il faut pouvoir le financer.
M. M. : le chauffage et lélectricité cest
5500 Fr. par mois, cest pas cher pour un lieu comme ici, mais
nous sommes face à cette problématique. On ne défend
pas quelque chose de tout privé, on sait très
bien que la culture nest pas toute rentable, cest juste
pour offrir dautres pistes et montrer aux gens quil y
a dautres façons de faire, moins chères, tout
aussi efficaces.
Le financement reste toujours finalement le gros problème ?
M. M. : Dune façon très intuitive, cest
aussi une espèce dinquiétude de : où
va la culture aujourdhui en France ? Cest une des
raisons qui nous a fait acheter ce lieu. Pas très réfléchi
au départ, mais il vaut mieux être sûr de pouvoir
fonctionner quoi quil en soit, et comme on en aura envie. Cest
à dire en disant ce que lon voudra dire, plutôt
que dêtre assujetti à une mairie, à des
responsables politiques qui ont leurs choix aussi. Maintenant que
la gauche est passée, nous allons voir ce que ça va
donner. Mais cest vrai que ces dernières années,
il y a quelque chose qui se resserre très fort. Tu sens insidieusement
une pression, même si ce nest pas fait ouvertement. Près
des directeurs de salles cest incroyable, la Maison des Arts
de Créteil, si tu as envie dinviter des gens qui ne sont
pas connus, ça pose un problème, si le spectacle nest
pas abouti au sens public, mais quil est valable et quil
mérite dêtre présenté, c'est eux
qui peuvent le faire. Ils hésitent à cause du remplissage
de la salle, ils ont des comptes à rendre. On demande à
la culture de comptabiliser, au niveau de la confiance ça sest
émoussé considérablement. Cest vrai quen
discutant avec les gens autour de Lyon, dans la mesure où il
y a la Maison de la Danse qui prend en charge la danse, les salles
ont complètement démissionné sur des programmations
de danse. À côtoyer ce genre de chose, on a envie de
faire ce que nous faisons ici. Cest un petit signe, si les gens
ne se mobilisent pas un peu eux-mêmes pour commencer à
créer des groupes, sil ny a pas une prise en charge
de la part des gens pour créer des mouvements, mettre les politiques
devant des faits accomplis : Là il y a dix personnes qui
bossent, on fait ça. Socialement ça a une portée
aussi, les mettre devant leurs responsabilités, à ce
moment-là largent devient quelque chose qui sert à
la communauté. Il y a une espèce dattentisme,
je le vois par rapport à la danse, il y a eu en 81 une politique
de la gauche en notre faveur, et jen ai profité comme
dautres. Après cinq ou six ans, les gens proposent des
projets avant davoir remué le petit doigt, à dire
voilà jai besoin de tant dargent. Ils attendent
le fric, bougez-vous le cul, après allez demander. Tu te rends
compte aujourdhui que les lieux qui ont réussi ce sont
ceux qui ont commencé à faire les plâtres.
D. M. : Ce que jai envie de demander aux gens, même
si nous avons des idées nouvelles, cest que ce soit à
eux damener des idées et de la matière.
M. M. : Il faut dune certaine façon être un
peu gonflé, il ne faut pas quils attendent, il faut quils
proposent. Ça se passe déjà, ça ne va
pas être plus visible que maintenant, sauf quà
un moment donné, il se passera quelque chose sur trois jours.
Pourquoi avoir choisi dinstaller Ramdam ici ?
M. M. : Jy habite, donc cest plus facile. Le fait
que je réside à Lyon ma permis de me rendre compte
du désert au niveau de la danse, je ne sais pas, je pense quil
y a plus de diversité dans le domaine de la musique. En danse
cest une déprime constante. Ce nest pas un hasard
si cest à Lyon que les danseurs ont monté le Creuset
(lieu de travail du danseur professionnel). Si je veux prendre un
cours de danse à Lyon, je suis dans la merde, il ny a
pas de lieu.
Quen est-il du projet de Rillieux ?
M. M. : Jai le projet de venir minstaller avec la
compagnie et le Centre National dans le quartier de la Velette. Cest
un quartier qui est en impasse, avec deux tours, cest un peu
squatté, les gens sen vont parce que cest détérioré.
Le maire sest posé la question que faire pour que
ça vive ?. Après plusieurs projets dentreprises,
ils sont finalement arrivés à la culture, pour communiquer
avec les gens, ils connaissaient un peu mon envie de faire ce travail-là.
Au début jy suis allée pensant minvestir
individuellement, voir comment je pourrais travailler là. De
fil en aiguille, nous avons pensé à la compagnie, jai
fait un projet. Le ministère était partant pour subventionner
le projet comme un centre national. Le maire étant daccord
pour financer en partie, il a fallu trouver dautres financements,
il a fait appel à ses collègues de lest lyonnais,
Bron, Villeurbanne, saint-Priest et Décines, qui vont marcher
dans le projet.
À partir de quel moment prendra forme votre installation ?
M. M. : Ce projet doit démarrer en janvier 98. Ils vont
casser lintérieur de cette tour. Faire un studio de répétition
pour la compagnie, il y aura un studio en bas qui sera ouvert sur
lextérieur, avec des petits gradins pour que les gens
puissent venir voir les présentations. Des studios de musique,
il y aura une compagnie de théâtre de rue qui sappelle
Skenée qui travaille déjà sur Rillieux, qui aura
aussi des locaux là-bas. Nous allons continuer notre travail
de création, associé à un travail de terrain,
sur les lieux, MJC, maisons de quartiers, chez les enfants, le hip-hop
aussi. Dernièrement jétais à Créteil
et à saint-Priest, il se passe quelque chose dassez extraordinaire,
on sen fout que ce soit du hip-hop, mais presque tous les jeunes
des quartiers font de la musique et de la danse. Ça brasse
des gens différents, des beurs, des japonais, des blancs...
tout ce petit monde sagite, cest assez fort. Cest
un autre projet.
Quand trouveras-tu le temps dune création avec ta
compagnie ?
M. M. : Je viens den faire une cette année, la suivante
sera pour 99. Jai le temps de minstaller, de regarder.
Entre Rillieux et le Ramdam, tu vas être très occupée ?
M. M. : Ça fait deux gros bébés, je pense
quil y aura des interférences. Des danseurs de la compagnie
pourront bosser ici aussi, ceux qui voudront. Ça va faire des
énergies, du va et vient.
Propos
recueillis par Aurélia Picot et Bruno Pin
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