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1997

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  MARS N°14  


Photo : Eric Mulet

 

Diabologum

A l'heure où tout le monde semble vouloir couler les modes artistiques dans le même moule. Diabologum avec leur nouvel album fait preuve d'une sincérité, d'une écriture, d'une ambiance au-dessus de tout soupçon. Loin des battages sur-médiatisés de la planète rock, les textes et la musique du quatuor toulousain argumentent leur colère avec une tranquillité qui laisse rêveur.

Entretien avec Arnaud, chanteur du groupe

Quand on écoute votre disque, on se dit que vous avez envie de bousculer l'auditeur de l'interpeller ?
Oui, on a envie de le bousculer, mais de l'emmener vers plusieurs directions. Nous n'avons pas envie de faire des textes revendicatifs, ni d'utiliser nos textes pour être des donneurs de leçons, nous avons essayé de ne pas tomber dans ce travers-là. On voulait plutôt faire des textes qui reflétaient l'état d'esprit du moment, qui n'était pas très gai, qui parle de la vie en général, qui soit un peu un journal, comme le journal que tu achètes au kiosque et celui que tu fais sur ton cahier d'écolier.
Vos textes sortent du cadre de la chanson, des textes très écrits. On sent que l'écriture est quelque chose d'important ?
Pour nous le texte a toujours été quelque chose d'important, on ne le met pas de côté, on considère que la musique n'est pas plus importante. A notre avis c'est en grande partie par le texte que tu arrives à avoir une démarche.
Vous aviez déjà frôlé le cinéma sur votre premier disque, là vous reprenez le monologue du film d'Eustache "La Maman et la Putain", pourquoi ce choix ?
Ce film nous avait beaucoup marqué, surtout cette scène, on avait été tué ! A l'époque du deuxième album, en concert on faisait une reprise de Codeïne et à la fin de ce morceau on passait la scène du film sur une télé, on improvisait, ce qui faisait que le morceau durait 20 ou 25 minutes, au fur et à mesure des concerts la musique s'organisait, et on a décidé de l'utiliser pour le troisième album. L'idée était de prendre un dialogue de film sans qu'il y ait l'image, sans que l'on voie qui parle, sans que l'on replace ça dans une évolution dramatique.
C'est un texte très fort, la musique ne prend pas le dessus, elle souligne les phrases... C'est un texte magnifique.
"On dit que l'art est mort mais s'il ne l'est pas encore il faut le tuer", c'est une phrase négative et ce n'est d'ailleurs pas la seule de l'album...
C'est une phrase négative, parce qu'il arrive un moment où on peut se demander si on est capable de faire, de dire quelque chose de négatif sans se trahir, sans se renier. Parler d'art encore aujourd'hui, c'est entretenir une espèce d'illusion qui peut-être ne sert pas à grand chose. Du moment où on ne peut pas faire la différence entre le commerce et l'art, peut-être qu'il vaut mieux oublier l'art carrément, partir sur d'autre chose. L'art dans les galeries c'est fini, qu'est-ce que ça veut dire d'aller regarder de l'art avec un grand A. Pour nous la notion d'art, même si on l'a souvent utilisée, est assez floue et quand nous en avons parlé, c'est soit pour se moquer de ça justement et là dans ce morceau c'est même carrément pour dire "n'en parlons plus, s'est fini tout ça". Tous ces beaux discours, cette théorie critique qui essayent de nous faire croire que la vie pourrait être changée grâce à une étoile ou grâce à un concept. Les choses ne sont plus comme ça je crois.
Tu penses que ça ne peut pas aller plus loin ?
Je ne crois pas, ça a été trop loin dans la représentation, on peut même se demander si ce n'est pas devenu du mimétisme entre-temps. L'art moderne c'est quand même assez compliqué, c'est bizarre.
Qu'est-ce qui t'énerve le plus en ce moment ?
Je ne suis pas trop en ce moment, j'ai vu un truc qui m'a vraiment énervé, c'est pas une question d'actualité, mais j'ai revu Anne Sinclair dans 7 sur 7, elle je ne la supporte pas. Je me dis ce n'est pas possible, une des émissions les plus respectées, entre guillemets, par le grand public, animée par une chèvre comme elle. Qui pose la question avec la réponse à l'intérieur. Quand elle a affaire à des hommes politiques, elle pourrait poser des questions intéressantes, des questions graves, mais elle continue à poser la question avec la réponse à l'intérieur, d'aller dans un consensus le plus total. Ça m'a vraiment dégoûté.
Côtoyez-vous la scène française ?
Pas vraiment, on est un peu renfermé sur nous-mêmes. Nous n'avons jamais été dans le milieu musical toulousain.
Vous avez la réputation de jouer très fort sur scène ?
C'est vrai (rires). Nous avons un batteur qui frappe très fort, nous aimons jouer fort, donc on est content qu'il frappe fort. On aime ça, on va devenir sourd.
Depuis le dernier album, vous tournez plus, c'est un peu un déclenchement ce disque ?
Oui, les deux premiers étaient restés assez confidentiels. Nous avons fait une tournée en novembre/décembre et là une autre en février/mars. Nous allons jouer un peu à l'étranger, Belgique, la Suisse, nous aimerions aussi jouer en Angleterre et aux Etats -Unis.
Faites-vous toujours des reprises de morceaux sur scène ?
Là nous sommes en train de répéter, de préparer une nouvelle reprise, je te réserverai la surprise. On va avoir un nouveau local de répétition, on va pouvoir bien installer notre matériel, avoir un peu de confort, ça va nous permettre de recomposer.

Propos recueillis par Bruno pin