JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Didier
Daeninckx
un
écrivain en friche
L'univers
de Didier Daeninckx se situe aux confins des terrains vagues, de St
Denis à Londres ("Hors Limites" Juliard), du nord
de la France ("Play Back" Manya), où le passé
s'entremêle avec le futur pour donner un présent trouble
("Meurtres pour Mémoire" Folio), où les personnages
sont en marge, laissés pour comptes; retraités, étrangers,
ouvriers, chômeurs..
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A partir de faits ignorés ou mis à l'index de l'Histoire
(sa version officielle), Didier Daeninckx nous tisse des intrigues
solidement ficelées, très documentées. Il faut
dire que presque tous ses romans s'appuient sur une solide documentation
historique, et géographique. Quant à l'écriture,
elle est fluide, nerveuse et très lucide, sans misérabilisme
abusif et avec un ton engagé fort plaisant. Ce qui donne souvent
un goût amer, une sorte de désillusion à ses ouvrages.
En fait cet auteur fait partie de cette génération d'écrivains
français inspirés par Manchette qui écrit des
romans à la frontière du roman noir, de la nouvelle,
de la critique sociale ou politique et qui parle du brouillard économique,
moral français des années 70/80 : la fameuse crise économique.
Ce terrain d'inspiration n'est pas prêt de se tarir, il risque
même de devenir de plus en plus fertile. "Notre pays est
en train de changer, de bouger, de se remettre en question."
(vux du président 31/12/96)
Deux livres sortent ce mois-ci, "Mort au Premier Tour" Editions
Denoël ainsi qu'un livre d'entretiens "Ecrire en Contre"
aux Editions Paroles d'Aube.
Vos derniers livres ne sont plus à la série noire
? Pourquoi ? Vous considérez-vous comme un auteur de policiers
ou romans noirs ?
J'ai écrit à la Série Noire de 1984 (Meurtres
pour Mémoire) à 1987 (Lumière Noire). L'impact
de cette collection est tel que, dix ans après avoir cessé
d'y publier, je suis toujours considéré comme un "écrivain
de la Série Noire". En fait j'avais envie d'écrire
des textes qui ne soient pas structurés par une intrigue policière,
et il a été difficile d'imposer ce "changement
de case". Tout ce que j'ai écrit depuis maintenant quinze
années peut figurer sous une rubrique "roman noir"
mais je récuse les termes de "policier" ou de "polar".
Préférez-vous écrire des nouvelles ou des
romans ?
Le dictionnaire des idées reçues pourrait signaler après
"nouvelle" : "il n'y a rien de plus difficile"
! C'est l'opinion courante, et j'y ai cru. Jusqu'au jour, où
je m'y suis mis et que j'ai découvert le plaisir d'écrire
des textes courts. Cela dit, la nouvelle ne remplace pas la machinerie
complexe du roman, la perdition que représente le défi
de créer un monde.
Avez-vous l'impression qu'il y a toujours aussi peu d'écrivains
pour parler de ce que l'on appelle la crise en France ? (cf. votre
interview dans le zine "Est-ce bien raisonnable"?)
Je ne sais pas si peu d'écrivains parlent de "la crise".
Beaucoup ne se fixent que sur les épiphénomènes.
"Issue d'une classe qui a beaucoup souffert", la classe
ouvrière, je constate que pour la majorité des écrivains,
sa défaite, sa décomposition passe inaperçue.
Un siècle et demi de "révolution industrielle"
de bouleversements du monde et des hommes sont effacés sans
que cela suscite l'interrogation des romanciers. Seul le roman noir
tente de dresser l'inventaire, l'acte d'accusation. Et quelques francs-tireurs
comme François Bon dans "C'était toute une vie"
(Editions Verdier).
Vous vous intéressez beaucoup aux terrains vagues, aux lieux
en friche, que cela soit en Seine Saint Denis, en Lorraine, est-ce
l'aspect de désuvrement et de semi-marge dégagé
par ces lieux qui vous attire ?
Ce qui m'attire dans les lieux en friches (les hommes en friche, sur
les trottoirs !) c'est qu'ils représentent les traces intérimaires
du crime social. Rien n'est plus urgent, pour les décideurs,
que de les faire disparaître. On véhicule de la terre
pour transformer les sites sidérurgiques en "Schtroumpfland",
en parcs urbains. Il faut écrire pour dire ce moment où
les lieux de l'exploitation sont visibles.
Vos livres sont souvent inspirés par des faits réels,
comment trouvez-vous ceux-ci et comment percevez- vous que cela peut
se prêter à écrire un bouquin ?
Les livres naissent d'interpellations du réel, ce peut être
un fait-divers : "un homme tue sa femme parce qu'elle usait toujours
la savonnette du même côté". ! On voit là,
en quelques lignes, l'usine du couple, le dialogue impossible, le
passage du temps, les solitudes parallèles. Et puis cette savonnette
qui, en s'usant, prend la forme du poignard qui viendra clore l'histoire
! J'ai commencé un livre par "Un homme se noie dans, l'espoir
d'être réincarné en poisson".
Comment avez-vous vécu votre expérience de la télévision
avec Novacek ? Celui-ci est plus gai et souriant que l'inspecteur
Cadin, est-ce dû au format télévisuel ?
J'ai travaillé sur la série "Novacek" en totale
liberté, grâce à un producteur qui me "couvrait"
auprès de la chaîne. Novacek est plus "positif"
que Cadin car je l'ai créé en 1990/1991 alors que tombaient
les dictatures qui avaient usurpé les mots "démocratique"
et "populaire". Novacek était comptable d'une Europe
géographique qui se réunifiait. Et lui-même, fils
d'un réfugié politique tchèque de 1952, voyait
se rejoindre enfin deux temps de sa propre vie. Il y a eu, depuis,
les guerres de Yougoslavie...
N'avez-vous pas la désagréable impression que l'histoire
s'enraye, se répète (nationalisme, chômage ) ?
J'ai surtout le sentiment que certaines leçons des années
30 ne sont pas retenues, et qu'on laisse, par exemple, se répéter
sans les dénoncer suffisamment, les dérives fascistes
de nombreux intellectuels. La manière dont la presse a encensé
Edern Hallier, sans rappeler qu'il a tenté de "réconcilier
Thorez et Doriot" c'est à dire fascisme et communisme,
la manière dont sont tolèrés les délires
pro-serbes des Besson, Volkoff, Paul Marie de la Gorce, Thierry Séchan,
Jean Dutourd... Cet abaissement de la pensée critique augure
mal l'avenir.
Que pensez-vous de la Poulpe ?
J'ai aussitôt profité de la création du "Poulpe"
par Jean Bernard Pouy pour livrer une histoire très politique
visant au cur (je n'ai pas pu localiser le cerveau) les gens
mentionnés à la réponse précédente.
La Poulpe est une occasion de dire. Les textes sont inégaux,
mais le plaisir est total avec "Le Gal, l'Egout" de Roger
Martin, ou "Une Cerise sur le Gâteux" de Jean Jacques
Reboux.
Des auteurs vous ont-ils plu dernièrement ?
Jean Claude Izzo, avec "Total Kheops" ou "Chourmo"
à la Série Noire.
Je vous laisse la conclusion, carte blanche
Salut et Fraternité !
Ben
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