JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Michael Macioce©
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Tom
Cora
Le
18 juin prochain, Tom Cora sera de retour à Lyon pour donner
un concert avec Roof au Pez ner. Une excellente occasion pour en savoir
plus sur ce musicien atypique dévoué àl'improvisation
et dont le parcours ne semble être que le fruit du hasard et
de ses rencontres improbables, à commencer celle qu'il fit
avec son instrument.
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Pourquoi avez-vous commencé le violoncelle aussi tardivement
?
C'est plutôt pourquoi j'ai arrêté la guitare ?
Quand je l'ai fait, je ne comprenais pas, c'était une action
assez impulsive, assez irrationnelle, tout à coup comme ça.
Plus tard, j'ai compris que j'étais intimidé par l'histoire
de la guitare. J'avais 22 ans et j'étais une espèce
de dilettante mais j'étais très conscient de tous les
virtuoses ou plutôt maîtres de la guitare instrumentale
dans chaque genre. Je trouvais intimidante cette histoire de la guitare
alors que le violoncelle n'avait aucune histoire -en dehors du classique-
mais ce n'était pas le classique vers lequel je me dirigeais.
C'était comme un champ ouvert qui était à la
fois très attirant et très effrayant.
Donc vous pensiez que l'étude du violoncelle allait plus vous
apporter que la guitare...
À cet âge-là je me suis tout à coup posé
la question "qu'est-ce que ma musique ?" sans me préoccuper
de tous ces maîtres, de toutes ces influences sous lesquelles
j'étais. J'ai pris le violoncelle impulsivement et j'ai trouvé
un très bon prof qui comprenait très bien que je ne
voulais pas devenir un musicien classique même si on a utilisé
Bach pour étudier, mais j'étais complètement
d'accord. Lui était un élève de Cassals et j'ai
eu de la chance de le trouver, il était très ouvert.
Pour lui, l'idée d'enseigner c'était plutôt enseigner
comment devenir son propre professeur. Je voulais découvrir
et à cette époque j'étais plus jeune musicalement
que pour le reste. Tout à coup je voyais l'importance de cette
question à laquelle je ne pouvais pas répondre avec
une guitare. Maintenant, je pense que j'ai pris une décision
irrationnelle mais très simple.
Vous avez joué avec énormément de musiciens
(Chadbourne, Frith, Zorn, Moss, Horvitz... ) ce qui a été
déterminant pour vous, pour découvrir quelle est votre
musique ?
Ah oui, beaucoup ! J'ai eu vraiment de la chance de me retrouver parmi
tous ces très bons musiciens qui m'ont emmené sur certains
chemins, de collaborer avec ces musiciens que je respectais beaucoup,
que je considérais comme étant beaucoup plus mûrs
et plus évolués que moi.
C'était l'époque à New York où il y avait
l'explosion d'un mouvement avec de très fortes personnalités
-ou peut-être que ce mouvement a formé ces personnalités,
les deux je dirais.
Avez-vous composé des musiques de films ? Qu'est-ce qui
vous intéresse dans le rapport à l'image ?
Oui et c'est drôle parce que cela m'intéresse beaucoup,
j'y prends beaucoup de plaisir. Mais quand je joue sur scène,
je n'utilise aucun artifice, je ne traduis pas mon inspiration par
des images. Ce n'est ni un jugement de valeur, ni un choix de goût,
de morale ou de philosophie, c'est simplement comme ça. Je
n'utilise pas les images pour générer des idées.
Quand je travaille pour des cinéastes, c'est intéressant
parce que je tourne mon attention dans un autre sens. Spontanément,
ce n'est pas ma façon de travailler. Mai pour moi, les meilleurs
moments dans la musique, là où je trouve l'inspiration,
le lien entre l'âme et la musique, c'est quand je ne vois rien.
Vous avez exploré l'improvisation "non idiomatique"
êtes-vous intéressé par les musiques extra-occidentales
?
Bien sûr, depuis longtemps. Cette expression "non idiomatique"
se rapporte à l'époque de New York où je me trouvais
plongé dans un mouvement qui inconsciemment niait ses influences
pour créer quelque chose en évitant toute référence
à son histoire, ce qui est impossible parce que trop négatif
même si c'était très intéressant. Je voulais
trouver d'autres matières pour créer de la musique improvisée
et je croyais que pour cela il me fallait nier toutes mes influences.
Il y a 15 ans, l'improvisation était sous l'influence du jazz
et c'est beaucoup moins comme cela maintenant : les improvisateurs
viennent de partout, du folk, du classique, du jazz, du rock, de rien...
J'écoute beaucoup de musiques du monde entier pour mon plaisir
mais non pour trouver des choses à faire. Je suis assez soupçonneux
sur ces "fusions" à la mode dont les résultats
sont rarement intéressants et c'est assez problématique
politiquement.
Pour vous la musique peut traduire un engagement politique ?
Bien sûr, il y a un engagement politique : il est dans les moyens
de faire de la musique pour les gens. Lorsqu'on me dit qu'il n'y a
rien de politique dans ma musique, je rétorque le contraire,
même si je ne fais pas de concert pour telle ou telle cause
: je préfère manifester contre les lois Debré,
ce qui est plus effectif et plus utile.
Est-ce que vous pouvez me parler de Third Person avec Sam Bennett
? Est-ce que cela rejoint l'idée du rejet des musiques connues
grâce au troisième membre interchangeable du groupe ?
C'était un peu cela, même si ce n'était pas une
stratégie. Nous avons fait des concerts, chaque fois avec une
troisième personne différente. Les deux dernières
tournées étaient avec un seul troisième membre
: le saxophoniste japonais Kazutoki Umezi mais nous ne sommes plus
très actifs en ce moment parce que partagés entre trois
continents. Third Person permettait de toujours garder un élément
de surprise, confronter nos attentes en jouant avec quelqu'un de différent
à chaque fois, confronter notre rapport entre Sam et moi avec
les attentes d'un autre musicien.
Vous avez peu d'enregistrements en solo, avez-vous mis du temps
à vous assumer en tant que musicien ?
Non, c'est parce que je peine à enregistrer, à sortir
beaucoup de disques parce que je préfère sortir des
choses que j'aime beaucoup, la qualité plutôt que la
quantité. J'ai commencé à jouer en solo parce
que j'avais peur de le faire et que donc cela m'attirait. Je crois
qu'il faut garder un élément de risque, j'aime beaucoup
la vulnérabilité dans l'expression artistique. Le risque
artistique est l'une des plus belles choses de la vie. Quand tout
est sûr, le résultat est plat : c'est l'industrie de
la musique. On ne prend pas de risques quand on veut réussir
commercialement, même s'il y a quelques exceptions. Je me considère
comme un combattant pour l'improvisation. Même si j'ai fait
des choses composées, l'improvisation figure dans toutes mes
activités musicales. Le mot "improvisation" implique
le risque comme colonne vertébrale de la musique.
Qu'en est-il des Sculpteurs de Vinyle et de votre travail avec
Otomo Yoshihide ?
Franchement il faut dire que c'est un projet moins conçu par
un musicien que par un entrepreneur. Je ne sais pas si c'est pour
cette raison que je trouve le résultat moins intéressant
que ce qu'il aurait dû être. La carotte est souvent pendue
devant les artistes et c'est difficile de dire non. Ce n'est pas un
projet nul, pas du tout. Mais on a payé un billet d'avion à
Otomo pour qu'il vienne jouer à Marseille, y jouer s'il le
désirait avec Catherine Jauniaux et moi-même puisque
c'est là qu'on habite, mais il était obligé de
jouer avec des jeunes scratcheurs du quartier. Belle idée,
mais ce n'était pas son idée. En plus maintenant c'est
très à la mode de travailler dans les quartiers pour
avoir des subventions. Les associations règlent leurs visions
artistiques selon d'où les subventions viennent et je sens
que cette tendance a joué très fort dans ce projet par
exemple. Je trouve que c'est encore une forme d'impérialisme
redéguisé parce que c'est toujours "on va aller
dans les quartiers et donner la culture" plutôt que de
laisser la culture de là-bas se développer à
sa façon et de lui en donner les moyens. Continuer à
croire que l'on peut donner la culture, c'est quelque chose de très
français. Le côté positif de la chose est bien
sûr que l'on considère que tout le monde mérite
la culture mais cela fait politiquement correct. Je m'interroge parce
que je vois beaucoup de compromis artistiques en train de se faire
autour de cette histoire. Mais parce que je suis étranger et
que je n'habite pas ici depuis très longtemps, j'hésite
à dire tout cela car ma vision n'est certainement pas complète.
Je peux me tromper très facilement et si quelqu'un me dit "non,
ce j'est pas comme cela", je l'écouterais.
Vous allez jouer le 18 juin à Lyon avec Roof. Comment est
né ce groupe ?
Quand mes très belles années de collaboration avec The
Ex ont pris fin -pas pour toujours peut-être- d'une manière
très amicale, chacun de notre côté, Luc le bassiste
et moi avions envie de faire quelque chose ensemble. J'ai proposé
de jouer avec Phil Minton et Luc a proposé Michaël Vatcher.
Voilà comment cela a commencé. Cela faisait des années
que j'avais envie de travailler avec Phil Minton -qui est un "vocaliste"
très impressionnant- dans un projet qui nous appartiennent
vraiment car nous nous étions rencontrés dans un groupe
où nous étions tous les deux sidemen, ce qui avait fini
par être un peu frustrant mais l'envie nous en était
donc restée.
Comme pour le reste de votre travail, l'improvisation garde-t-elle
une grande importance dans la musique de Roof ?
Oui. On fait des morceaux selon la façon que Luc et moi avons
établie pendant quatre années. On compose des structures
qui frappent, qui sont efficaces et on utilise les talents de tout
le monde dans le groupe, chacun est ce qu'il est au lieu de se conformer
à une idée de Roof alors que Roof n'a pas été
conçu avec une idée de ce que cela devrait être.
Ce qui frappe lorqu'on écoute Roof, c'est que la musique
a beaucoup d'unité alors que vous êtes tous des musiciens
d'horizons très divers...
Moi aussi cela m'étonne ! (rires) Avec Luc, nous n'avons jamais
pensé à des musiciens jouant de tel ou tel instrument
mais toujours à des personnalités. Nous avions juste
confiance en quelque chose que l'on ne connaissait pas encore mais
on avait quand même confiance : on en revient à la part
de risque dans la musique.
Quels sont vos projets à venir ?
Je compose de la musique pour une pièce de Brecht qui a beaucoup
à voir avec aujourd'hui : la mondialisation, le pouvoir de
l'argent. Le texte sera en partie chanté par les comédiens
et il y aura sur scène des interventions improvisées
avec Luc, Michaël Vatcher et Zeena Parkins.
Propos
recueillis par Guillaume
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