JANVIER N°12
Noël Akchoté
Outlaws in Jazz
Jean-Luc Godard
Cie Lhoré Dana
FEVRIER N°13
Prohibition
Acting Out
Jacques Roman
A la corbeille
MARS N°14
Musiques en scène
Diabologum
Rashied Ali
Didier Daeninckx
Denis Plassard
Les Trois Huit
Philippe Vincent
Dominique Lardenois
AVRIL N°15
Benoit Poelvoorde
Wladislaw Znorko
Virginie Despentes
MAI N°16
Christophe Miossec
Fred Frith
No One is Innocent
Thierry Robin
Cie Accrorap
Jean-Paul Delore
JUIN N°17
Tom Cora
Faust
SEPTEMBRE
N°19
Maguy Marin
Samiam
Tchangodeï
Biennale d'art contemporain
Traction Avant Cie
Les quatres saisons
OCTOBRE
N°20
Joêlle Léandre
Jean-Rochard
NOVEMBRE N°21
Jean-François
Duroure
Louise Attaque
Les Thugs
Turak Théâtre
DECEMBRE
N°22
Tindersticks
Jim O'Rourke
HP 905
L'Usage de la vie |
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Katharina
Fritsch : Rattenkönig, 1993 - B. Adilon©
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Biennale
d'Art Contemporain
de Lyon
Tony,
Thierry (s), Harald et les autres
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Autrefois,
les autres, ceux d'avant, ceux qui vivaient autrement, les contemporains
du facteur Cheval venaient à la Halle chez Tony, très
tôt le matin.Ceux-là n'avaient pas de téléphone
portable accroché à la vareuse et ne savaient peut-être
pas que Garnier avait imaginé et conçu cet énorme
bâtiment dans lequel ils installaient leur marché aux
bestiaux. Le patron du marché et les différents commissaires
des ventes ne sont pas restés au Panthéon de la célébrité;
leur erreur sans doute tenait à ce qu'ils ne changeaient jamais
de thèmes. Toujours "cueillir la fraise et l'amourette
et boire le sang avant qu'il soit tout noir" comme disait Boris
Vian. Du temps d'antan, de cet autrefois, il n'est resté que
le bâtiment, finies les enchères sur la bavette d'aloyau,
le marché de l'art a remplacé celui des bovidés,
welcome à la Halle Tony Garnier.
Enfin la politesse voudrait qu'on ne parle pas de marché mais
de l'état de la recherche menée par les artistes contemporains.
Mais confondre la bienséance et l'hypocrisie ne serait ni bienséant,
ni honnête; en effet depuis une vingtaine d'années force
est de constater que l'institution est un relais ou un rouage du marché
de l'art dit contemporain. Les avant-gardes sont mortes, les scandales
impossibles et à l'instar de l'industrie cinématographique
les metteurs en scènes ont pris le pas sur les acteurs.
L'on assiste donc de plus en plus a des expositions à thèmes
où l'idée, le projet pardon le concept du commissaire
prévaut à la monstration de mouvement, de courant ou
même d'individualité.
En effet tous les observateurs, ceux qui ont pour mission de regarder,
de comprendre et de communiquer au public (les critiques) sont unanimes
pour déclarer que l'art contemporain s'est éclaté
en une multitude de pratiques et de directions différentes,
voire même contradictoires.
Alors que faire ? Contradiction, différence, nouveauté,
comment mettre tout cela dans un même panier de 17.000 m2 ?
Eh bien, ouvrez le dictionnaire des synonymes de Larousse (non ce
n'est pas le petit nom d'une charolaise du marché aux bestiaux
susnommé) et vous trouverez tous ces substantifs sous la rubrique
AUTRE voilà le thème : L'AUTRE.
Moins qu'il n'en faut pour déchaîner la passion sexagénaire
de Harald Szeemann, le commissaire d'exposition suisse à qui
l'on a confié la mise en scène de la biennale sur le
scénario soutenu par les directeurs Raspail et Prat; les deux
compères comparés dans la publi-information pardon dans
le numéro spécial du monde à un objet roulant
biplace ("tandem") certainement en hommage à la roue
de bicyclette de Marcel Duchamp, et plus sarcastiquement à
Laurel et Hardy dans "Libération" du 9 juillet dernier.
Quoi qu'il en soit la biennale existe nous l'avons vue et même
si nous n'oublions pas que l'uvre d'art n'est qu'un artefact
qui ne reçoit son statut que par la légitimation du
monde de l'art (George Dickie "The Art Circle"), le public
conserve certainement un petit espace de liberté face à
ce qui lui est proposé.
Eh bien justement, que lui propose-t-on ? de déambuler dans
un espace où l'accrochage permet de respirer et de se déplacer
aisément; une première impression favorable au regard
qui permet vite d'oublier ce thème fourre-tout de l'altérité.
Et si vous voulez commencer par l'expérience de la singularité
face au groupe de la cohésion du groupe face à l'étranger
ou du mimétisme, bref vous offrir un sociodrame avec une bande
de chinois pétrifiés, alors dirigez-vous vers l'uvre
de Juan Muñoz "Plaza". Emmenez un ennemi timide et
placez-le au centre de cette installation de sculpture, résultat
garanti...
À moins que vous ne l'invitiez à s'asseoir à
la table réalisée par le chinois Chen Zhen "Table
ronde-Côte-à-côte" où les chaises dont
les assises sont encastrées dans la table ne laissent aucun
doute sur l'incommunicabilité de certaines juxtapositions humaines.
Mais la promiscuité et l'effet de groupe n'est pas l'apanage
unique de l'homme et les immenses rats de Katharina Fritsch vous donneront
le loisir de vous interroger sur les nuds qui emprisonnent,
sur l'énergie dépensée à protéger
son territoire.
À moins que vous ne vous intéressiez au territoire de
l'artiste, en l'occurrence celui de son atelier, alors suivez le parcours
fléché proposé par Gilles Barbier qui vous invite
à le dénicher dans le fatras de son monde jusqu'à
l'explosion.
Autre territoire, celui de Pipilotti Rist qui avec son salon géant
mélange avec pertinence le privé et le public. Le lieu
invite a des comportements presque familiaux face au petit écran,
un bon morceau d'anthropologie sociale.
Et si vous vous endormez sur le canapé de Gulliver-Rist, vous
serez sans doute réveillé par le vol pour le moins surprenant
du bulldozer de Chris Burden qui doit donner des cauchemars post-mortem
à Francis Bouygues.
Rendu à ce point vous n'avez que quelques dizaines de mètres
à parcourir pour faire le point entre séduction et répulsion,
ornementation et putréfaction, attraction et renvoi. Une pièce
de Bul Lee (un artiste coréen) où l'olfactif supplante
le visuel, mais l'amour n'est-il pas d'abord une question odorifère
? Heureusement que le voisin de Bul Lee, Paul Maccarthy n'a pas joint
l'odeur à sa vidéo - scatolo-critique de l'expressionnisme
américain...
Bon allez un peu de recueillement, plantez-vous devant le mur vidéo
de Gary Hill peut-être la seule pièce où le thème
de l'autre est flagrant, qui observe qui ? Qui attend quoi ? Qui est
spectateur de l'autre ?
Enfin ne quittez pas le lieu sans avoir pris le plaisir de voir ou
de revoir (pour ceux qui ont eu la chance de visiter la rétrospective
à Beaubours) les trois grands formats de Francis Bacon; accrochés
dans une salle qui retiendra certes l'admiration de tous les publics.
À noter aussi la poésie de Peter Hutchinson "The
End of Letters", les obsessions de Pierrick Sorin, la sculpture
majestrale de Serra, le foutoir créatif de Jason Rhoades qui
confirme la difficulté pour les sexologues à déterminer
la cause des pannes sexuelles ("Theatre in my dick" "le
théâtre dans ma bite").
Voilà, éclectique pour le moins, un rapide tour d'horizons
qui fourmille tout de même de bonnes idées (Yukinori
Yanagi "Union Jack Ant Farm", d'exploration anales avec
John Waters et de délires SM signés par les autrichiens
dont Günther Brus pour qui l'uvre exposée s'est
tout de même vu retirer 2 dessins jugés malséants
par rapport à l'actualité du fait divers pédophilique,
Qu'en pensez-vous ?
Allez, de l'air et dépêchez-vous le 24 septembre c'est
fini histoire de ne pas vous pointer à la Halle pour le salon
de l'électroménager ou la tournée de Super Tramp
ce qui vous mettrait j'en suis sûr de très mauvaise humeur.
Laurent
Mulot
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