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Vuillemin

Vuillemin Président d'Angoulême.
Rencontre avec cet individuqui n'a rien à voir avec ses personnages de bande dessinée, heureusement pour moi d'ailleurs. Chevelu comme un guitariste de hard rock, une élégance un rien aristocratique, le regard vif.
Bref un mec discret et plein d'humour.

Retour d'Angoulême, Vuillemin président, comment cela s'est-il passé?
Vuillemin : Ça s'est passé, je me suis mis sur le toit, je me suis fait cuire une face a, une face b. C'est fini, on ne m'en parle plus.
OK ! on en parle plus. Quand tu dessines est-ce que tu te donnes des limites, tu te dis à un moment, trop de cul, trop de couilles ?
V : Non, je ne me pose pas ce genre de questions, et puis on remarque bien que ce n'est pas que du cul et des couilles. Quand je fais un dessin, c'est surtout l'idée, en fait, dessiner un cul ou une couille ça ne m'intéresse pas. C'est vrai, je le fais, mais j'essaye de le faire avec élégance, savoir où la mettre, comment mettre son petit caca, là où il faut. Sinon, je ne me pose pas ce genre de questions. Un dessin, il est drôle ou il n'est pas drôle. Je ne fais pas d'auto-censure, je me casse déjà le cul pour trouver une idée. Après ça peut traiter de sujets délicats, si ça tient debout les gens comprennent.
Pourquoi, Vuillemin en cassette vidéo, les enfants vont vouloir la regarder, c'est un dessin animé, on les laisse regarder ?
V : Moi, j'ai un gosse, mais sa mère, elle ne veut pas qu'il regarde quoi que ce soit. J'ai remarqué que les gamins, ils sont un peu moins... des gamins de 14 ou 15 ans sont souvent plus ouverts que leurs parents. Quand, j'avais 12/13 ans, je regardais des trucs interdits, ce n’est pas pour ça que je suis devenu un psychopathe ou un assassin de petites vieilles. Pour les Sales Blagues, ça n'était pas une idée de moi, c'était une idée des Studio Rooster. Comme ce sont des potes, j'ai travaillé sur les scénarios, les dessins, on a travaillé ensemble. Un travail de plusieurs années, et puis on n'avait pas trop d'argent.
Comme tu sors d'Angoulême, l'avenir de la BD, tu le vois comment ?
V : J'en ai lu beaucoup, quand j'étais gamin. J'en ai fait après comme mes camarades, un peu le même cheminement. Cela a toujours été encroûté dans ce côté traditionnel qui trace toujours le même sillon. Fantasy ou d'autres, ce sont des dessins interchangeables, mais les scénarios sont toujours identiques.
De la bande dessinée avec des références uniquement de bande dessinée, cela existe depuis longtemps. Il y a beaucoup de dessinateurs qui font cette BD, dessinent pour des lecteurs qui lisaient ça gamin et ces lecteurs veulent retrouver la même ambiance. C'est un peu autiste, ce truc là ne m'intéresse pas. J'ai beaucoup vu cela à Angoulême, j'ai reçu toute la production de BD européenne, ce sont des trucs que je ne lis pas. J'ai toujours été plus attiré par les comics, Hara-kiri, je viens plus d'Hara-kiri que de cette frange là. Tintin et milou, c'était bien quand j'étais gamin, mais bon... basta ! Il y a toujours ce truc là qui est très lourd, j'appelle ça la bande dessinée belge, mais ça n'est pas belge. Ça m'a toujours bassiné, il y a des choses nouvelles en ce moment qui m'intéresse, comme l'association Cornélius, ce sont des jeunes mecs, des gens qui parlent du réel. Il y a eu une grosse explosion en 80 avec Métal Hurlant. Il y a des types que j'aime énormément et puis beaucoup d'américains en ce moment.
Comment as-tu atterri dans la bande dessinée ?
V : J'ai commencé à l'Echo des Savanes en 77, à l'époque du Baron noir, Pétillon. Je dessinais pas mal à côté, et un jour j'ai proposé une histoire à Yves Got qui était prof à l'école d'Arts Appliqués à Paris, il l'a passée tout de suite dans l'Echo des Savanes. Voilà comment a commencé ma carrière, je ne pensais pas à ce que j'allais faire plus tard. Ensuite, il m'a proposé de bosser régulièrement à l'Echo, puis j'ai fait un album, Reiser est tombé dessus, à l'époque j'étais fan de Charlie Hebdo et d'Hara-kiri, ils étaient déjà mes préférés, et je ne pensais pas un jour pouvoir dessiner là-dedans. Quand Reiser m'a proposé de travailler à Charlie Hebdo, je me suis retrouvé avec une bande de jeunes mecs au bout de la table, il y avait les vieux de l'autre côté qui travaillaient, nous on essayait de les faire rire en faisant des petits dessins. Choron s'est intéressé à mon cas, c'est là qu'on m'a enlevé la paille des sabots. Quand je bossais à Hara-kiri, je ne faisais pas que de la BD, je faisais la régie pour les romans-photos, ou je les faisais moi-même, je m'occupais un peu de tout. Maintenant, je m'aperçois après coup, de tout le travail que je faisais là-bas, les histoires courtes genre comics américains, c'est Hara-kiri qui a généré un peu ce truc là. C'est là que je me suis aperçu que c'était un métier qu'on pouvait faire en glandant. On gagne des ronds en racontant des conneries.
Les sales blagues, est-ce que tu vas continuer dans ce style, ou vas-tu aller vers des scénarios plus longs ?
V : Les sales blagues, au départ, c'était tenu par Reiser et Coluche. Quand l'Echo est reparu, on m'a proposé de reprendre ça. Choron, il me dit comme à Reiser d'ailleurs "c'est pas le meilleur que t'as fait !", et alors qu'est-ce que cela peut faire ? Je vais reprendre des grands dessins, j'aime bien le cartoon, souvent une image c'est plus directe qu'une bande, je vais aussi revenir à de plus grandes histoires.
Ton public, tu le vois comment ?
V : Je vois des gens, mais je ne sors pas trop, et puis il y a des gens intelligents que je rencontre, c'est ça qui me rassure. Je me suis aperçu qu'il y a pas mal de gens qui savaient ce que je faisais à côté des Sales Blagues. Ça me fait plaisir de voir des femmes et des hommes avec le regard clair et intelligent, il y a quelques cas spéciaux, des gros béberts, mais je n'ai rien contre un gros con, tant qu'il ne me fait pas chier, c'est agréable à regarder et puis c'est toujours rigolo, je ne les inviterais pas tous les jours à manger.
Et la musique dans tout ça, où ça en est, des projets ?
V : Il y a un disque en préparation, Les Hommes du Président, un groupe de dessinateurs, Jano, Margerin... et un autre groupe qui s'appelle les Ambassadeurs, où là je fais plus la musique qui
correspond à ce que j'écoute.
La musique que tu écoutes, c'est quoi ?
V : Je suis tombé dans le garage band des années 60/70 et je n'en suis pas vraiment sorti. En gros j'ai découvert la musique avec le punk en arrivant à Paris. Avant je n'écoutais rien du tout, j'ai entendu les Stones, les Who en 85, et j'ai aimé ça tout de suite, pour moi c'est relativement neuf. C'est quand même assez secondaire, je ne me lève pas la nuit pour écouter de la musique. J'ai toujours aimé la guitare, j'en joue, je n'aime pas les mecs qui tricotent comme des bêtes, en guitare classique, oui ! Satriani, au bout de cinq minutes, je pique du nez. Je préfère les choses plus brutes, plus bancales, qui sentent un peu le cambouis.

Propos recueillis par Bruno Pin