JANVIER
N°1
Condense
Jean-Yves Pick
FEVRIER
N°2
Orlan
Michel Vericel
MARS N°3
Bastard
Têtes
Raides
David s Ware
Vuillemin
Patrick Le Mauff
Les Trois Huit
AVRIL
N°4
Taha
Saint Germain
Guillaumon
MAI N°5
Assassin
Portobello
La Voix Humaine
Illusions et Desillusions
JUIN
N°6
Lubat
Noël Akchoté
Cie Lhoré Dana
Virginie Despentes
JUILLET
N°7
Gary Clail
Musique Action
Gabriel Yacoub
SEPTEMBRE
N°8
Frank Margerin
Break, Hip-hop et Cie
Fred Bendongué
Guy Darmet
Image Aigue
OCTOBRE N°9
Metamkine
Dominique A
Couleurs sur Paris
Condense
Michel Raskine
NOVEMBRE
N°10
Têtes Raides
Les Nigauds
DECEMBRE
N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre |
|
Michel
Vericel
Lhomme
qui na rien renié
|
En
1600 le philosophe Giordano Bruno est brûlé sur le bûcher
pour ne pas avoir voulu renier ses convictions. Si le spectacle de
Michel Véricel restitue dabord lépoque et
son contexte, très vite il nous entraîne dans lunivers
intérieur dun homme qui pendant 8 ans au fond dune
cellule malgré les doutes et la peur, ne reniera jamais le
droit dapprendre et de remettre en question les acquis.
Juché sur des livres, ceux-là même quil
a dû lire et écrire, Giordano Bruno joué par Michel
Véricel nous est présenté au cours de trois nuits
décisives avant sa mise à mort. Ces livres nombreux
et poussiéreux, il ne les trahira pas, même si leur contenu
constitue la principale pièce à conviction de ses accusateurs.
Sa quête est là dans ces pages écrites par erasme
et quil a lues malgré les interdits. Dans ses propres
livres où il ose affirmer -ô blaspshème- que la
terre nest pas le centre de lunivers...
Au fond de sa cellule, Bruno harangue, pleure, philosophe, samuse.
Nous donne à voir comment derrière limage de lâne
peut se cacher intelligence et subtilité. A ses accusateurs,
de nêtre que de stériles mulets. Avec des mots
crus -lépoque est gaillarde- ce Napolitain nous parle
aussi de lamour, de lalcool, du plaisir assouvi aussi
bien avec des hommes quavec des femmes. Et le public rit volontiers
à lévocation dune fable où un âne
se sert de son cinquième « membre » pour sagripper
au dos dun lion « Toute occasion étant bonne à
prendre ».
Le texte est dense. Emporté par un Michel Véricel habité
et enthousiaste, le spectateur ressent le besoin en sortant de se
replonger dans le texte de la pièce ou les autres oeuvres de
Giordano Bruno. Vérifier, quaprès 400 ans lhomme
nous ouvre encore des portes sur la compréhension du monde
et la valeur des nos engagements.
Comment sest faite la rencontre avec Giordano Bruno ?
Ces textes ont été traduits en français il y
a 2 ou 3 ans. A partir de là jai pu approcher ce personnage
qui était déjà dans mes pensées depuis
un bout de temps. Après Dyogène javais envie dun
personnage dune même force. Je voulais comprendre comment
un tel bonhomme malgré la douleur, le doute et certainement
des tentatives de repentir, a pu tenir pendant 8 ans. Je suis admiratif
dune telle foi.
Je ne me prétends pas spécialiste de Bruno, ce qui ma
intéressé cest de présenter mon Bruno à
moi. Lutopiste. Mais peut-être que des historiens nous
diraient quil avait des tendances masochistes ou suicidaires
maisce nest pas mon propos. Ce qui me plaît cest
cet homme qui avec les moyens rudimentaires de lépoque
a posé des principes qui ont été vérifiés
beaucoup plus tard par Newton ou Einstein.
Jaime son entêtement comme quoi tout doit être remis
sans cesse en mouvement.
Sur la scène 2 petits téléviseurs complètent
le décor. Une manière de rappeler les duels de lépoque
autour de lusage des images et de liconographie ?
Non, ce nétait pas vraiment le but. Au début ces
images devaient être projetées sur le mur comme décor.
Puis en préparant la pièce jai changé....
je les ai mis sur 2 écrans de télévision. Ces
écrans que lon retrouve de nos jours dans les cellules
de prison, les hôpitaux, chez soi... Cet il qui vous aspire,
vous épie, vous prend vos images puis les dégueule.
La voix, lil de lautorité qui surveille et
donne des ordres.
Léglise représentait le pouvoir à lépoque
et dans tous mes spectacles jaborde les relations avec lautorité
: le rapport de lindividu au pouvoir que ce soit avec Dieu,
le père, la justice, la démocratie... la fausse démocratie.
Cest même une question personnelle. Jai dailleurs
organisé ma vie pour être mon propre patron. Jen
paye le prix mais cest un privilège de faire ce que lon
veut.
« Plus on est travailleur, humble et tolérant, plus
on est couillonné ». Cette phrase de Bruno clôt
le spectacle. Déjà en décembre elle collait incroyablement
à lactualité surtout au moment des grènes.
Oui, jen ai conscience même si je nai pas fait le
rapprochement tout de suite. Tant mieux si le spectateur fait ce travail
de rapprochement. Quelquun a même entendu Mitterrand sexprimer
dans cette dernière phrase. Le Mitterrand après sa mort.
Vous voyez à chacun sa lecture.
Pourtant ma première démarche dans la création
dun spectacle est la rencontre avec un personnage. Et je men
fous de le dire comme ça, mais il faut que ce personnage me
touche dabord moi et mapprenne dabord des choses
sur moi. Même quand jétais externe en psychiatrie,
javais déjà cette relation avec les malades. Jétais
quelquun qui écoutait et apportait des remèdes.
Avec le théâtre cest la même chose. On essaye
dêtre à lécoute de la société.
On ne ramène pas des remèdes mais on est une plaque
sensible. On met en mémoire puis on met en scène.
Propos
recueillis par Fabienne Swiatly
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