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1996

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Têtes Raides
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  MARS N°3  


Photo : B. Saugier

 

Les trois Huit
font le grand écart

Rencontrer les Trois -Huit après leur création au théâtre des Célestins nous avait paru intéressant. Cette compagnie qui est en résidence au théâtre de Vénissieux depuis plusieurs années, avec une vraie présence artistique, va rejouer “Le Jeu de l’Amour et du Hasard” et essayer de faire venir un public qui n’aurait pu les voir aux Célestins du fait de leur succès, plus de 20 jours de représentations avec 16 000 spectateurs.
Les Trois- Huit ont plein de projets, notamment l’ouverture d’une friche industrielle, dont ils ont déjà l’ébauche à Villeurbanne. Ouvrir un lieu avec 7 fonctions principales : création et recherche, espace public, nomadisme... La création en avril d’un opéra-ballet ”Les Festes” sera joué au Palais Saint-Jean dans la salle des archives. Pour finir la saison, outre la fête qu’ils préparent pour le mois de mai au théâtre de Vénissieux, ils s’empareront des mots d’amour qu’ils auront reçus, déclaration, rupture, jalousie, et qui donnera, l’espace d’un soir, un spectacle
sur le parvis du théâtre des Célestins.


Entretien

Les Trois Huit au théâtre de Vénissieux pour reprendre “Le Jeu de l’Amour et du Hasard” de Marivaux, après la création des Célestins, c’est un peu un pari ?
Reprendre un spectacle qui vient des célestins je trouve cela assez rigolo, comme grand écart, c’est la diversité de production des Trois-Huit. Sylvie Mongin n’est pas abonnée à faire des créations au Théâtre des Célestins, je dirais que c’est un peu l’exception. La compagnie ne s’identifie pas à un théâtre de répertoire. Au départ c’est une commande de Jean-Paul Lucet aux Trois-Huit, premier point important dans la génèse de ce projet. Jean-Paul Lucet, directeur des Célestins, avait passé commande à un metteur en scène : Sylvie Mongin.
Cette dernière ayant une compagnie par ailleurs, concerna donc, de par ce fait, l’ensemble de la compagnie, c’est pour cela que l’on retrouve tous les comédiens des trois huit. C’est la première fois qu’une institution comme les Célestins reconnaisse le travail d’un collectif.
Le fait d’être repris tout de suite à Vénissieux, c’est très bien pour sa carte d’identité, il n’est pas seulement créé aux Célestins, le rejouer un mois et demi plus tard à Vénissieux, c’est être partout
là où on a la possibilité de fabriquer notre théâtre.
Comment s’est passé votre approche de travail aux Célestins ?
Nous leur avons donc proposé de faire quelque chose de plus qu’une création au théâtre, faire le parcours Marivaux, c’est a dire faire vivre ce théâtre autour du travail d’une compagnie. Dans tous les espaces des Célestins, les couloirs, la sortie des coulisses, des lieux fermés au public, on a fait tout un parcours, avec des pôles d’attractions, lectures autour de Marivaux, le Marivaux pas très connu, journaliste chroniqueur de son époque. Vincent Bady faisait cette lecture là, Pierre David le scénographe expliquait comment marchait son décor, parlait de l’esthétique du 18 ème siècle, Anne de Boissy faisait des lectures libertines.
Il y avait les amis des Trois- Huit qui étaient venus se mobiliser pour cet événement, beaucoup de jeunes du fait de nos activités, partenariat avec les classes A3, le travail que l’on fait à l’ENTPE de Vaulx-en-Velin, et puis les lycées de Vénissieux. Il y a tout un public jeune qui s’est attaché au travail de la compagnie. C’était très marrant de mixer ce public là avec le public des Célestins. Je trouve que c’était très intéressant pour nous que ce soit les Célestins, il y a peu de théâtres qui peuvent offrir à une compagnie de travailler dans d’aussi bonnes conditions, il y a un vrai budget de création.
Votre travail à Vénissieux, du fait de votre résidence, vous a amené à rencontrer un public différent ?
A Vénissieux, il y a une équipe qui nous permet de faire un très très bon travail, on l’a vu sur Annaba, où il y a eu une vrai implication de l’équipe au niveau technique. Il y a Vincent qui intervient dans les lycées. Au mois de mai, nous faisons une fête, on tient beaucoup à ce genre d’évènements conviviaux, ça permet aussi d’intéresser un public qui peut être réticent à venir au théâtre, qui ne se reconnaît pas la dedans. Sur un autre type d’événement, là autour d’un repas, il y aura des petites formes, des extraits de pièces à venir la saison suivante ”les Incendiaires”, la présence de musiciens avec un concert, créer une vraie proximité avec le public.

Bruno Pin