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  NOVEMBRE N°10  



 

Têtes Raides
Côté cour, côté jardin

Sept ans après un timide débarquement à Oullins, des passages dans une boîte de strip-tease et dans les rades de la Croix-Rousse, les Têtes Raides, un Olympia et un album en poche seront le 30 novembre au Théâtre de Vénissieux. Les salles changent mais l'esprit reste. Histoire d'Atmosphère...
" La première fois que je les ai vus, c'était dans un bistrot au Printemps de Bourges, devant pas mal de bières. Trois jours plus tard ils sortaient leur premier album en carton. En 15 ans au Printemps, c'est le seul disque que j'ai acheté. J'ai tout de suite été fasciné par leur créativité. Leur press-book commençait en format 21/29,4, la seconde page était plus petite et la dernière grande comme un timbre poste. Il y avait aussi leurs lumières qu'ils actionnaient avec une ficelle, leurs affiches qui se lisaient dans les deux sens, c'est sûr, ils n'étaient pas comme les autres..."
Patrick Millat programmateur à la M.J d'Oullins s'est rarement trompé dans ses choix... De fait, c'est chez lui que les Têtes Raides firent leur première date dans le coin, devant un bien maigre public. C'était il y a 7 ans. Les cinq albums déposés chez un disquaire d'occase ayant été achetés par un seul fan, ceux qui jouaient affublés de masques en carton-pâte, une table avec gros rouge sur scène, des tôles en ferraille qu'ils flagellaient à coups de chaînes n'avaient pas d'alternative pour manger et se faire entendre sur Lyon : taper la manche dans les bistrots de la Croix-Rousse.
Après une petite résidence d'une semaine dans un cabaret à strip-teaseuses, avec un gendarme hors service à la sécu, nos gaillards ont donc sillonné les pentes, leurs ferrailles sur l'épaule et sans micros en poche, se forgeant une réputation comme une toile d'araignée, à coups de bouche à oreille, de pétages de plombs à la Boulange en concerts du siècle au Chapeau-Claque, avec pour seule arme un regard fusillant quand un spectateur se montrait un petit peu trop bruyant. Après avoir francisé l'Albion, déniaisé le Bockson, guéri la Mi-Graine, asséché les Loufiats, éclairé le Clair Obscur ou retourné le Monde à l'Envers : les Têtes ont marqué leur territoire pour finalement réussir à se faire adopter par le quartier. Pas une mince affaire pour des Parisiens...
Et puis, il leur a bien fallu déménager, descendre en ville, Eclanovas pour un concert gagné par chaos, pour se faire un petit Transbo, puis un grand avec une date émouvante en mars dernier, presque une messe.
Avec leur nouvel album "Le bout du toit", une vitesse supérieure enclenchée et une programmation au Théâtre de Vénissieux le 30 novembre à la clef, on les croyait perdus pour les Canuts. Et puis il y a eu une date, ce jeudi d'octobre à l'Atmo. Un truc gratos annoncé la veille au soir, une seule affiche collée, la foule, toujours grâce au fabuleux bouche à oreilles. Plein comme un œuf l'Atmo, un public chauffé au demi depuis deux heures et pas de sono... Le casse pipe parfait. Et pourtant ils l'ont fait, "on n'a pas de micros, faudra nous aider" a balancé Christian avant d'aller au charbon. Et là il s'est passé une chose incroyable : les poches ont calmé leur hoquet, les filles ont arrêté de piailler, et pendant leurs morceaux on pouvait entendre les mouches voler... Un exploit et un joli cadeau pour ceux qui ont su rester bouche bée pendant plus d'une heure et demi.
A Vénissieux ce ne sera pas pareil. La totale, les éclairages, le retour de la violoncelliste, leur film d'animation en première partie... On s'y rendra rassuré : les Têtes n'ont pas changé, n'ont pas oublié la Croix-Rousse et les bars "Chez Lucien". Côté cour, côté jardin, les Têtes Raides seront toujours chez eux chez nous... Spécial Respect.

Entretien avec Christian

Après la sortie du "Bout du toit", vous avez commencé une tournée. Puis après un break cet été, vous reprenez la route. Vous défendez toujours l'album ou c'est une nouvelle aventure ?
On avait décidé à la sortie du disque de le faire vivre au moins un an. Il n'y avait que quelques dates cet été, du coup on a préféré faire une coupure. Mais au niveau musical, on n'était pas vraiment satisfait... Là on a retravaillé en résidence, Anne Gaëllen, notre violoncelliste d'origine est revenue et c'est reparti.
Chez vous on a l'impression que les musiciens n'arrivent pas à s'éloigner du groupe, qu'ils reviennent toujours...
C'est vrai, le trombone Pierrot à un moment, Zézé au son ou Anne Gaëlle... Sans remettre en cause le travail des personnes qui l'ont remplacée, elle a un truc Tête-raidien... La coupure a été bénéfique, elle avait besoin de respirer, pour retrouver l'énergie d'il y a quelques années. C'est vrai, chez les Têtes Raides, les gens sont souvent marqués par quelque chose, qui reste. Pourtant ce n'est pas toujours facile, même si en ce moment ça roule à fond, y' a toujours des moments très durs.
On a l'impression que vous êtes toujours sur le fil du rasoir...
Peut-être... sûrement... y'en a toujours besoin, pour les premières dates, certains d'entre nous ont retrouvé le trac. Ça c'est un bon signe.
Cette tournée justement...
On tourne jusqu'en Mars pour une cinquantaine de dates avec le Trianon à Paris du 3 au 7 décembre. Une longue période pour pouvoir se fixer, des temps précis, que certains d'entre nous puissent prévoir autre chose. Cette tournée, c'est pas du superflu, y'a encore plein de gens qui ne nous connaissent pas, ou alors juste le dernier album.
Les théâtres, l'ambiance socio-cu', c'est pas un peu énervant ?
Pour l'instant ça se passe bien, on rencontre un autre public... On verra. C'est vrai que l'idéal c'est quand la salle peut accueillir une moitié du public assis, l'autre debout. Mais si ça bouge seulement sur les côtés, c'est gagné.
Toi, personnellement, tu n'as pas envie d'embrayer sur une carrière solo ?
Non, pas du tout. Aujourd'hui, si le groupe arrêtait, je pense que j'arrêterai la musique... Même si c'est pas facile tous les jours à vivre, le plus grand truc, c'est quand les gens du groupe arrivent à retrouver le plaisir de jouer ensemble...
Les projets du groupe : films d'animation, albums...?
Le montage du clip est terminé. On va essayer de bazarder ça aux T.V. en espérant qu'il va se passer quelque chose. Ensuite on va entrer dans la deuxième phase, travailler sur un dix minutes avec bande son originale, avec bouts de textes... Ça formera comme une première partie et ça devrait être prêt pour le Trianon.
Sinon on est en pleine discussion pour sortir un live. Ensuite dans un an, enregistrement et sortie en février-mars 98.
A la sortie du "Bout du toit" tu disais que c'était l'envol ou le crasch. Vous en êtes-où aujourd'hui ?
Ça va décoller, c'est sûr, mais là, on est encore sur la gouttière
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Olivier Ambass