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Condense
Jean-Yves Pick
FEVRIER
N°2
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Michel Vericel
MARS N°3
Bastard
Têtes
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David s Ware
Vuillemin
Patrick Le Mauff
Les Trois Huit
AVRIL
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Saint Germain
Guillaumon
MAI N°5
Assassin
Portobello
La Voix Humaine
Illusions et Desillusions
JUIN
N°6
Lubat
Noël Akchoté
Cie Lhoré Dana
Virginie Despentes
JUILLET
N°7
Gary Clail
Musique Action
Gabriel Yacoub
SEPTEMBRE
N°8
Frank Margerin
Break, Hip-hop et Cie
Fred Bendongué
Guy Darmet
Image Aigue
OCTOBRE N°9
Metamkine
Dominique A
Couleurs sur Paris
Condense
Michel Raskine
NOVEMBRE
N°10
Têtes Raides
Les Nigauds
DECEMBRE
N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre |
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Ph : Christian Ganet
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Michel
Raskine
Aujourd'hui
: l'Amante Anglaise de Duras. Hier : Labiche, Sartre, Karge, Eschyle...
Arrivé en 1995 à Lyon où il dirige avec André
Gulttier le Théâtre du Point du Jour, Michel Raskine
surprend son public là où il ne l'attend pas... Et il
aime ça. |
Les pièces que tu montes se suivent mais, au premier
abord, ne se ressemblent pas : comment choisis-tu les textes que tu
mets en scène ?
M.R. : C'est un peu paradoxal mais je lis peu de théâtre
et j'ai beaucoup de mal en lire. On ne lit jamais de théâtre
innocemment ou impunément : il faut une bonne raison pour cela.
En revanche, je vais beaucoup au théâtre. En fait, je
lis par curiosité et pas dans l'optique de monter un texte.
Je me laisse guider et j'attends que les textes arrivent tout seul.
Il n'y a pas de hasard mais des circonstances. Généralement,
c'est une pièce plus qu'un auteur qui m'intéresse :
le Huis Clos et pas Sartre, L'Amante Anglaise et pas Duras,... j'hésite
très peu : soit le texte me plaît violemment et je le
mets en scène. Soit il ne me plaît pas et c'est presque
pour toujours... Quant à la succession des textes, elle n'est
pas indifférente : je souhaite toujours qu'il y ait un écart
-le plus grand possible- entre deux pièces. C'est pourquoi
j'ai choisi de mettre en scène le Prométhée enchaîné
d'Eschyle juste après la Fille bien gardée de Labiche,
par exemple. En outre, le choix d'un texte est toujours lié
à un ou deux acteurs, au moment,... Cela dit, il y a souvent
une amplitude très grande entre le désir de monter une
pièce et le spectacle. J'essaie de la réduire au maximum
: ma terreur est que le désir ne s'efface en route.
Ces textes que tu choisis, souvent à des lieues les uns
des autres, n'ont-ils pas cependant en commun de mettre en scène
des personnages pas si différents que cela les uns des autres
?
Chaque fois un personnage au moins est très fortement concerné
par la question de l'identité ou la perte d'identité.
Marqué par une gigantesque brisure, une faille, forcément
douloureuse. J'aime que les personnages aient des béances :
le lisse ne m'intéresse pas. Le bonheur n'est pas intéressant
au théâtre. D'ailleurs il n'intéresse personne
dans l'art. Pour moi raconter des vies, c'est raconter des vies tourmentées,
désigner, dénoncer, révéler au public
quelque chose qu'il ne voit pas : un élément intéressant
mais dissimulé soit parce qu'il y a volonté de dissimulation,
soit parce que l'on n'est pas attentif. J'essaie d'amplifier ce que
je repère et qui me semble intéressant.
Et tu ne lésines pas sur les moyens mis en uvre pour
"amplifier" : en d'autres termes, tes mises en scène
ne font pas dans la dentelle...
J'aime
le mouvement expressionniste. J'aime le contraste et les ruptures,.
Je n'aime pas ce qui suit son cours. Ceci n'est pas un principe préexistant
mais je constate que mes spectacles sont ainsi. Cela vient de ma conception
de spectateur : quand je vois une pièce, je ne souhaite pas
être tranquille. Je redoute l'ennui, l'assoupissement et le
consensus. Je n'ai pas envie de placer le spectateur dans une situation
de confort et de passivité mais plutôt de malmener ces
sens. Pour cela j'utilise les bruits, les couleurs, les objets qui
sont une façon de nous ramener à la vraie réalité.
J'ai envie que le spectateur s'interroge tout le temps, balance entre
l'émotion pure et la réflexion. Je cherche à
susciter son attente de la suite et à ne jamais aller là
où il croit que je vais. Et tous les moyens sont bons dans
le cadre de l'histoire, du scénario,... cela peut passer pour
de la provocation mais ce n'en est pas.
Comment en es-tu venu à monter l'Amante Anglaise de Duras
?
A sa mort, je me suis trouvé, comme tout le monde, à
en parler. Pour ma part, je me réjouissais plutôt : son
personnage public m'agaçait et je me disais qu'elle ne nous
ferait plus ch... je me trompais. Je me suis rendu compte que je ne
la connaissais pas très bien. J'avais vu L'Amante Anglaise
en 1968 au TNP. Le sentiment d'un spectacle rare m'était demeuré.
Par honnêteté intellectuelle et par curiosité,
j'ai relu Duras. J'ai été très surpris de trouver
ça bien, étonné de constater que c'était
vraiment du théâtre.
Pourquoi avoir choisi d'installer les spectateurs face-à-face
sur la scène ?
Lorsque l'on met Duras en Scène, la célébration
et l'hommage menacent. J'ai cherché à les repousser
et à restituer l'immédiateté, à rapprocher
physiquement le spectacle du texte. On reproche souvent à Duras
son abstraction. Pour ma part, je vois du concret dans son texte par
conséquent, j'ai voulu que les acteurs soient très près
du public. Pour que le spectateur ne soit ni confortable ni tranquille,
je l'ai placé dans le même espace scénique, soumis
à la même lumière que les acteurs. J'aime beaucoup
ce rapport bi-frontal : le spectateur est regardé, il devient
un témoin constant et se trouve perçu comme tel. Et,
lorsque l'on est vu en train de regarder : on n'est pas tranquille
! J'ai souhaité que le public ne puisse pas s'échapper.
C'est un procès et le spectateur est impliqué, comme
au tribunal. En outre, le fait du petit nombre de spectateurs accentue
l'intimité. C'est une pièce provocatrice qui utilise
peu les moyens du théâtre : il n'y a pas d'intrigue.
C'est le portrait de Claire Lannes par elle-même et par Pierre
Lannes. C'est un pari, celui du degré zéro, du minimum,
de l'économie. La mise en scène doit avoir la même
exigence. Le spectacle n'essaie pas de séduire ou de convaincre.
Il fait une très grande confiance aux acteurs. C'est une pièce
rudimentaire dans sa forme mais qui pose la question : "qu'est-ce
que la folie ?". Duras dit que la seule différence entre
Claire Lannes et nous, c'est le meurtre."
Propos
recueillis par Anne Joly
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