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NEW HINTON ENSEMBLE
Ph : Seb Cremel
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Musique
Action
Entre
le 16 et 18 mai, je suis allé me promener, les oreilles et les
yeux grands ouverts au festival "Musique action" de Vanduvre
les Nancy, banlieue nancéienne à situer entre Villeurbanne
et Vénissieux, constituée d'ensembles de tours bétonnées
et d'un magnifique parc (à deux cents mètres du lieu des
concerts, le Centre culturel A Malraux), avec une bande de joyeux drilles
(ce qui nous a valu des après concerts tardifs et mouvementés).
En voici un petit compte rendu. Ce qui est agréable, lorsque
l'on fait un festival, c'est que pendant plusieurs jours on se retrouve
immergé dans un bain musical, une ambiance complètement
différente, on rencontre de nouvelles têtes. |
Pour commencer, "La Baignoire", une création d'Eric
Morlot, 12 musicos lorrains, qui ont joué quelques longues compositions
inspirées par Glenn Branca, Kleg, ou le hardcore. C'était
efficace et préfigurait la suite de la soirée. Alboth
! arriva et là, surprise ceux-ci ont joué un set plus
cool, avec beaucoup de finesse (hum). Leur jazz-core m'a parut moins
martelant qu'à Mâcon à la Cave à Musique,
il faut dire que le chanteur était en retrait et le son très
bon. Ils avaient un plaisir évident à jouer et le pianiste
est parti frustré de ne pas avoir eu de rappel. Ensuite il y
a eu le duo de choc germanique, le percussionniste de Einstürzende
Neubauten et Caspar Brötzmann. D'un côté donc, F.M.
Einheint, sorte de kamikaze énervé pieds nus, jouant sur
une plaque de tôle, en tordant celle-ci (ce qui procurait des
ondulations sonores), en l'attaquant à la perceuse, ou alors
en la frappant du pied, du coude, de la main, ou cassant des briques.
De l'autre côté, Caspar Brötzmann, plus calme, toujours
très concentré, jouant avec sa guitare, en tirant des
larsens, des saturations... En tout cas un duo fort efficace et prenant.
Le lendemain après une balade touristique et un peu de shopping
dans le centre de Nancy, qui est petit et serait fort agréable
sans autant de circulation automobile, nous retournâmes au festival.
Que dire de "Graal Pirate" ? je ne sais, tant cela fut intense
et surprenant. Ly Thanth Tiên déclamait un poème
et se mit à danser lorsque la clarinette toute folle de Michel
Doneda arriva. Un moment très fort, peu de mots peuvent décrire
cette trentaine de minutes de bonheur. Le Quatuor Hélios, des
percussionnistes tous plus bons les uns que les autres, nous interprétèrent
ensuite "Grovers Mill" une pièce de (et avec) Daniel
Koskowitz, le batteur de 60 Etages ou Etage 34. Où la rencontre
du free rock français et des percussions contemporaines, le tout
avec des voix tirées notamment de "la glue des mondes d'Orson
Wells". Une pièce, très robotique, assez belle, mais
qui aurait gagné à mon avis en rigueur et en intérêt
sans les bandes. Quand Ottomo Yoshihide, le leader de Ground Zero, le
type le plus boulimique de tout le festival (il a regardé tous
les spectacles, attentivement et l'air ravis) nous a démontré
qu'en une heure, on pouvait avec deux tourne-disques, des bruitages,
un peu de guitare, faire en solo, une prestation fraîche et bourrée
d'humour. Une grande leçon de recyclages de sons, de rythmes.
Enfin il y eut Gastr Del Sol, un duo qui apporte du sang neuf, en surfant
entre noise, folk, impros, leur album "Crookt, Crackt or Fly"
sur Drag City est un must. J'avais hâte de voir ça sur
scène. Les deux invités Günter Müller et Marie
Kimura firent des interventions discrètes. Quant au duo, il joua
un set entièrement acoustique très apaisant, très
"rock'n roll" aussi. David Grubs, sorte d'étudiant
clean gauchiste était à la guitare acoustique et au chant,
quant à Jim 'O'Rourke, "le nouveau pape d'une scène
arty-indus-free", il était désopilant, sorte de Woody
Allen, ou fils d'Eugène Chadbourne, soit arc-bouté sur
un vieux piano ou sa gratte acoustique. Et la soirée s'est prolongée
par des projections de films expérimentaux comme tous les autres
soirs et par des rencontres passionnantes au bar. Comme le dit Dominique
Répécaud, un des instigateurs du festival "Je ne
vois pas la différence entre un artiste et un être humain.
Je ne vois pas pourquoi on ne se mélangerait pas. Je suis complètement
allergique au système, bar de la presse, bar des artistes, bar
des techniciens..." ou alors des visites aux stands disques, où
il y avait de quoi amplement se ruiner.
Ce qu'il y a de bien à Vanduvre, c'est l'aspect découvertes.
Ainsi après avoir vu des jeunes élèves de CM2 interpréter,
avec brio et talent, une partie de "What about Time" de John
Cage, le New Hinton Ensemble, m'a enthousiasmé. Une douzaine
de musiciens, tous inconnus pour ma pomme, ont joué une multitude
de pièces navigant entre classique et contemporain. Il y avait
une mise en scène assez géniale, beaucoup de dérision,
énormément d'humour et un sens de la parodie certain.
En tout cas une fraîcheur que lon devrait plus souvent retrouver
à l'Auditorium ou au Conservatoire National Supérieur
de Musique. Après cela, Ulan Bator, un des fleurons m'a paru
coincé et fade, un comble pour un de nos meilleurs représentants
de la scène noisy rock française. Cela fonctionne bien,
mais je n'ai pas trouvé le déclic. Je pense qu'il faut
les revoir dans une petite salle (le CCO ou Pèse Nerfs à
Lyon) et pas dans un festival avec autant de "stars" des musiques
improvisées ou de travers. Cela peut impressionner d'ouvrir pour
"Plugged in Zeit Reel", Günter Müller, très
attentif, avec ses micros et sa batterie toute traficotée, au
travail de percussionniste de Lé Quan Ninh, d'une grâce
et souplesse de gestes incroyables. J.A. Deane, avec son trombone et
ses effets électroniques nous enveloppait d'ondulations trèschatoyantes.
Quant au quatrième compère, Jim 'O'Rourke, il écoutait
énormément avant de passer chaînes et autres babioles
dans sa guitare acoustique, à la manière de Frith. Ils
ont joué trois morceaux, mais quels morceaux, il y avait une
telle intensité et densité. J'étais ailleurs. Quant
à Run On, si ce n'était le pedigree des musiciens, un
guitariste membre du quartet de Frith, un batteur qui a joué
avec plein de gens dont Guigou Chenevier, il n'y avait aucun intérêt,
un bon rock country, sorte de second couteau de l'écurie Matador.
Par contre, lorsque Tom Cora, sorte d'araignée sur son violoncelle,
Carlos Zingaro, et son violon magique et Ottomo Yoshihide, aux électrophones,
improvisent, on reste le souffle coupé. J'ai du mal à
croire que c'était 100 % improvisé, parce que comme pour
"Plugged...", cela fonctionne si bien. On sent une telle compréhension
et complémentarité entre les musicos.
Comme vous l'avez compris ces trois jours ont été plus
que réussis, remplis qu'ils sont de souvenirs, de rencontres,
d'émotion. Un des avantages de Vanduvre, c'est sa qualité
de la programmation "Depuis 1984, le projet artistique, est strictement
le même, c'est une alternance et une confrontation de formes d'expressions
musicales d'aujourd'hui". (D. Répécaud)
En guise de conclusion provisoire, vu que l'on parle de musique toujours
en mouvement et vivante, voilà la réponse d'Ottomo Yoshihide
lorsqu'on lui demanda son avis sur la bicyclette (le thème de
491 de juin) "la bicyclette !?, (il mime l'action de pédaler).
J'en ai une, je l'ai voilée (éclats de rires) j'adore
la bicyclette parce que c'est vraiment pas cher. Et puis en japonais
ça se dit jitensya".
PS : Grand merci à Marie Hélène Bonnot et Anne-Laure
de Keating Haut sans qui ce séjour n'aurait pas été
aussi agréable.
PS 2 : Pour suivre l'actualité de cette scène musicale
improvisée, free rock, de travers contemporaine, ou électroacoustique...
et pour comprendre le cinéma expérimental, lisez Revue
et corrigé 27 numéros au compteur, l'intermédiaire
entre la revue et le fanzine, trimestriel (et donc avec des chroniques
de disque abondantes) passionné, passionnant, à la remarquable
maquette et avec de nombreux écrits de musiciens souvent présents
à Vanduvre.
C/o Association Nota Bene, 25, rue du docteur Bordier - 38100 Grenoble.
Ben
Saglio
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