JANVIER
N°1
Condense
Jean-Yves Pick
FEVRIER
N°2
Orlan
Michel Vericel
MARS N°3
Bastard
Têtes
Raides
David s Ware
Vuillemin
Patrick Le Mauff
Les Trois Huit
AVRIL
N°4
Taha
Saint Germain
Guillaumon
MAI N°5
Assassin
Portobello
La Voix Humaine
Illusions et Desillusions
JUIN
N°6
Lubat
Noël Akchoté
Cie Lhoré Dana
Virginie Despentes
JUILLET
N°7
Gary Clail
Musique Action
Gabriel Yacoub
SEPTEMBRE
N°8
Frank Margerin
Break, Hip-hop et Cie
Fred Bendongué
Guy Darmet
Image Aigue
OCTOBRE N°9
Metamkine
Dominique A
Couleurs sur Paris
Condense
Michel Raskine
NOVEMBRE
N°10
Têtes Raides
Les Nigauds
DECEMBRE
N°11
Magma
Pez Ner
Turak Théâtre |
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Ph : Daniel Tivoli
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Cie
Lhoré Dana
Et
Toc
|
Sur
la scène, le rideau rouge est fermé. Un rideau de théâtre
classique, juste un peu fatigué.
Le nom de l'auteur, Harms, y est inscrit. Lettres formées avec
du ruban adhésif comme des pansements sur le velours. Oui décidément
il a l'air bien fatigué ce rideau. Pourtant, ce qui va se passer
devant, derrière, voire à travers ce mythique tissu rouge
ne laissera guère le temps aux spectateurs de s'assoupir. Et
bien après le spectacle il s'interrogera encore : mais que m'est-il
donc arrivé ?
Car ils vont vite ces cinq comédiens vêtus de blanc comme
une équipe d'urgence médicale et qui nous servent, nous
jettent presque à la figure des textes dont les propos nous laisseraient
pensif, si une autre histoire, une autre situation n'était pas
déjà en action sur le plateau. Si toutes les saynètes
ne parlent pas directement de théâtre, c'est bien souvent
lui que l'on met à nu. Et quand une voix enfantine annonce que
le théâtre est fermé parce que tous les comédiens
vomissent, c'est pour le théâtre en général
que l'on est pris d'inquiétude. Mais pas le temps de s'apitoyer,
the show must go on. Alors ils reviennent nos cinq allumés, tapant
du pied : non mais des fois qu'on aurait envie de s'endormir ! Pas de
répit même si la mise en scène autorise parfois
ces personnages à asseoir leur propos sur quelques chaises bruyantes
et bancales. Et si l'une d'entre elles se met à manquer, alors
on fait semblant, car au théâtre tout est - peut-être,
encore - possible.
Pas de doute, c'est du spectacle bien vivant que la Cie Lhoré
Dana veut nous montrer. Du théâtre qui pour exister, n'a
pas besoin des grosses machineries de la déco et de la musique
dont abusent trop souvent les dévoreurs de subvention, qui, en
parents pauvres du cinéma voudraient nous faire croire que...
Et Olivier Maurin le metteur en scène de confirmer :
"Je n'aime pas la surenchère en terme de mise en scène.
Je n'aime pas le terrorisme qui impose une manière de penser
au public, qui anticipe sa réaction, qui surjoue... Mais en même
temps, on ne peut pas le heurter sans cesse et vider les salles. Je
pense que le public attend quelque chose de radicalement différent
que cette consommation de la culture, des images qu'on lui propose à
droite et à gauche. Ce théâtre où tout le
monde se congratule."
Petites histoires féroces
"Toute gueule raisonnable suscite en moi un sentiment désagréable",
aimait à écrire Daniil Harms, l'auteur.
Né au début du siècle à Saint-Pétersbourg,
cofondateur en 1927 de la dernière organisation littéraire
de garde en Russie, l'Obériou, Daniil Harms est l'un des maîtres
de la forme courte. Petites histoires dont il tord, essore les textes,
les débarrassant au fur et à mesure de tous les mots inutiles,
jusqu'à ce qu'il ne reste rien ou plus grand chose : un léger
malaise qui fait pourtant sourire. Travail de purification jusqu'à
ce que le lecteur ou le spectateur se retrouve en face d'une situation
d'une féroce absurdité. A l'image d'une époque
stalinienne dont Harms fut l'un des opposants. Pourtant, malgré
sa lucidité géniale, il finira broyé par le système
et mourra dans un hôpital psychiatrique à l'âge de
36 ans. Ses textes ont été réunis il y a trois
ans dans un truculent pavé de 582 pages qui tomba un beau jour
entre les mains d'Olivier Maurin : "C'était à un
moment où je ne savais plus trop comment travailler. J'étais
dans la panade, à tous les niveaux... Quelqu'un m'a prêté
ce livre pour me distraire. Au départ je le lisais juste pour
me faire rire, je ne pensais pas du tout travailler dessus et petit
à petit, ça s'est imposé : c'était ce que
j'avais envie de faire, bien que la mise en scène de ces textes
n'était pas du tout évidente à trouver."
Rencontre profitable puisque le spectacle, après avoir été
joué à Paris, retrouve pour la deuxième fois la
scène du théâtre de la Renaissance, où Lhoré
Dana est en résidence depuis 4 ans. Parcours plutôt serein
pour cette jeune Cie. "En fait, on s'est tous rencontré
au Conservatoire de Lyon, on a fait nos classes là-bas. On est
pratiquement tous de la même promotion. On a tenté une
première aventure (Le Théâtre de l'Iris, ndlr) qui
ne nous a pas satisfait. Puis on a fondé la Cie et j'ai fait
ma première mise en scène, sans trop savoir :
Les Enfants Terribles. On a joué aux Clochards Célestes.
On avait loué la salle, comme font ou faisaient les jeunes Cies.
Je dis faisaient, parce qu'à Lyon, théâtralement,
c'est vraiment catastrophique, il n'y a plus d'écoles, plus d'équipes...
L'année d'après, on a eu une proposition de résidence
aux théâtre de la Renaissance. C'était assez formidable.
Etonnant... C'était la première saison que mettait en
place Laurent Darcueil. Il avait envie de soutenir le travail d'une
jeune équipe et de s'engager avec... Il se trouve que ça
s'est super bien passé."
Depuis Lhoré Dana (ce nom ne signifie rien. C'est un prénom
italien dont la Cie aimait bien le son et dont elle a charcuté
l'écriture. Pourvu que cela ne fasse pas slogan) rencontre régulièrement
le public à domicile ou lors de lectures publiques. Malgré
ce parcours plutôt heureux, notre metteur en scène ne se
dépare pas
d'un réalisme implacable quand à l'avenir du théâtre
: "Ça va être de plus en plus dur, ça se gâte
vraiment. Ce qui nous guette va être catastrophique. En même
temps il ne faut pas s'aigrir. Parfois, je suis un peu méchant,
ou du moins injuste quand j'entends les revendications de certaines
Cies à Lyon. Je me demande si ce sont vraiment des revendications
politiques ou le désir de rentrer à leur tour dans l'institution.
Je suis sceptique sur leur façon de défendre leur positon.
On s'est retrouvé, je dis on parce que je me mets dans le lot,
on s'est donc retrouvé pour parler de problèmes de subsistance
et parfois même de positions politiques mais on ne se retrouve
jamais à parler d'artistique. Moi cela ne m'intéresse
pas de venir parler sur l'attribution des subventions. Si tout va bien,
il y a une Cie sur trois qui va disparaître ou alors elle va continuer
à vivre mais dans une précarité incroyable."
Fabienne
Swiatly
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