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Photo : David Anémian

 

Patrick Le Mauff
La noce chez les petits bourgeois

Parents et amis se retrouvent autour d'une table pour célébrer ce jour qui devrait être le plus beau d'une vie de couple. Et tout le monde de faire comme si, jusqu'à ce que les gestes, les paroles,
les attitudes trahissent les angoisses, les jalousies, les bassesses de chacun. La noce chez les petits bourgeois mise en scène par Patrick le Mauff,se marie idéalement au grand chapiteau qui abrite depuis trois ans le travail
de la compagnie Place Publique.

Comme pour tous les mariages, cela commence gentiment, poliment. Chacun à sa place et vive la mariée ! Puis l'alcool aidant, les comportements retrouvent leur légitimité. Les histoires drôles deviennent gênantes, les cadeaux - ô comme c'est gentil - encombrent la table et la robe de la mariée d'un blanc virginal finit par céder sous la pression d'un ventre coupable.
Les verres se renversent, les langues se délient, les mains se baladent, même les meubles fait maison se démontent, s'affaissent... piètre décor.
La pièce de Bertold Brecht ne s'intéresse pas au mariage en tant qu'institution mais elle donne l'occasion de mettre en scène les comportements, les dérapages d'une classe moyenne qui s'oublie le temps d'une noce. Comme cette robe de mariée qui à défaut de cacher une grossesse bien avancée, souligne la tentative dérisoire de sauvegarder les apparences. Autre époque, Patrick Le Mauff pose sur ses personnages un regard plus complaisant, plus affectueux que celui de Bertold Brecht qui, parlant de la pièce, disait de ses compatriotes :
“en Allemagne nous ne trouvions pas le moindre indice d'une sensualité raffinée... La noblesse allemande était frigide, et la bourgeoisie qui la remplaça, idéalement puritaine, c'est à dire , réellement cochonne.
Moins encline à la métaphore, la langue allemande, il est vrai, propose des dialogues plus féroces, plus cyniques que le texte français. Et c'est plutôt dans la comédie américaine que Patrick le Mauff trouve son inspiration. Sa pièce se veut un spectacle qui aime faire le vide. Un éloge de la catastrophe. Et dans une proximité bienheureuse, le spectateur se sent vraiment de la noce, reconnaissant forcément un ami ou un parent parmi les neufs personnages interprétés.
Après avoir passé tout le temps du spectacle à la régie, la comédie est une mécanique qui demande beaucoup de temps de réglage, Patrick Le Mauff s'installe sous le grand chapiteau, gradins et scène vides. Aucune anxiété ne transparait sur son visage : on a fait ce qu'on devait faire.

Le mariage pour ou contre ?
Le mariage c'est comme le Mont Blanc, on ne peut être ni pour, ni contre... Il est là. C'est un rituel fondamental pour le corps social. Comme pour la famille, il y a l'aspect communautaire et l'aspect aliénation. Dire on est pour ou on est contre n'avance pas à grand chose. D'ailleurs cette pièce ne parle pas uniquement du mariage, c'est une pièce sur les comportements. On pourrait ramener ces petits personnages dans un univers plus proche, et l'on verrait que l’on n’est pas très loin d'eux. Quel que soit le milieu, on a tous un désir de se distinguer tout en fonctionnant par mimétisme. Vous allez dans une soirée culturelle et bien il y a des modes de comportement. Il ne faut pas faire telle chose, il faut serrer la main à untel, il ne faut pas dire de bêtises... Ce n'est pas le propre des petits bourgeois.
Vous semblez avoir une réelle tendresse pour vos personnages, même s'ils ne sont pas toujours très sympathiques ?
Oui... Beaucoup... Difficile d'avoir un point de vue critique sur des personnages sans les aimer profondément. Qui n'a pas mis dans une soirée de la musique un peu fort par peur d'un moment de silence, qui n'a pas essayé de faire boire ses invités parce que la discussion n'était pas intéressante ? On ne peut être féroce qu'avec des êtres dont on ne se sent pas complètement éloignés.
De travailler sous un chapiteau influe-t-il sur le choix de vos pièces ?
Oui, il faut les choisir en fonction de cela... les adapter. Par exemple pour la noce, nous ne pouvions jouer de manière frontale. Donc il nous fallait trouver la mise en scène qui s'adapte le mieux au chapiteau... pour qu'il paraisse indispensable à la pièce.
On a mis du temps pour trouver la disposition idéale de la scène, afin que chaque réaction soit lisible par le public même si les personnages sont à table et lui tournent en partie le dos. Avec cette disposition le spectateur se sent presque à table sans pour autant que nous utilisions le mode participatif qui met souvent mal à l'aise. Avec le chapiteau, il y a aussi des imprévus. Au début de la représentation de ce soir, il pleuvait et cela résonne vite sous le chapiteau. Cela peut créer une distance avec le public qui doit tendre un peu l'oreille... Alors petit à petit, on adapte, on apprend à jouer avec le public et le lieu. Chaque soir on est sur une corde raide.

Fabienne Swialty