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Ph : Céline Mahé

 

Gary Clail

On le reconnaîtrait à ce seul regard étrangement pénétrant et à son léger strabisme. Fort de ses années de travail
et recherches chez On-U-Sound, enfin compris et heureux chez Yelen, sa nouvelle maison de disque, Gary Clail vient de quadriller notre cher hexagone, histoire de nous présenter son Keep the faith.

491 l’a rencontré et lui a volé quelques sacro saints instants d’interview !...

Gary Clail, qui est-ce ?
Né à Bristol, j’ai grandi avec ma mère au sein de la communauté jamaïcaine. J’ai appris à vivre au milieu de ces gens, leur musique, leur chaleur... Ma mère tenant un petit bar, j’y rencontrais tous styles de gens. Dès 16 ans, j’ai commencé à fréquenter les clubs blues (et reggae) ou sheebeems, lieux de rencontres plus ou moins clandestins. Unique blanc entouré de gens de couleur, je m’y sentais pourtant en sécurité. Dans ces endroits, les DJ’s étaient très populaires, mixant des disques importés de la Jamaïque et informant la population locale des potins et nouvelles du coin. Un soir que j’avais un peu bu, j’ai demandé le micro, je l’ai saisi et j’ai raconté à quoi pouvait ressembler la vie d’un chômeur blanc dans ce pays : ça a marché. J’ai alors pris l’habitude d’écrire quelques chansons. Puis ce fut la rencontre avec Mark Stewart (fondateur du Pop Group), qui m’a présenté à Adrian (Sherwood) qui venait de se lancer dans le On-U-sound...
Comment es-tu devenu Gary Clail, un des membres actifs du On-U-Sound ?
Je n’étais pas musicien, mais entouré de musiciens de talent. J’ai vite réalisé qu’il fallait que je crée quelque chose. J’ai alors commencé à stocker des bandes d’enregistrements studio de nombreux artistes et j’ai constitué mes premières collections de sound-system. Naturellement, les gens m’ont demandé de jouer dans des clubs : j’ai pu gagner de l’argent. C’est alors qu’on m’a proposé de faire un disque chez On-U-Sound. Gary Clail était né, et avec lui albums, remix, singles... Keith Leblanc, Skip Mc Donald, Doug Wimbish, Paul Oakenfold... autant de noms qui ont contribué au phénomène Gary Clail.
Que peux-tu nous dire de toi personnellement ?
Je suis quelqu’un de sincère et d’honnête avec moi même. Tu vois, je n’ai pas supporté d’être traité comme un objet de marketing, lorsque j’étais chez RCA, et de perdre ma propre individualité. Je détestais être pris pour une star et perdre le contrôle de mes actions et réalisations. C’est alors que RCA a trouvé à redire à mes paroles, même si ma musique plaisait ! Plus de maison de disque, ma carrière au statu quo, le néant pendant 2 ans. Après cette période de remise en question, j’ai eu la chance de rencontrer Patricia Bonnetaud et... j’ai signé chez Yelen, qui me laissait libre arbitre artistique. J’ai peur du succès. Cela me gêne vraiment d’être une star reconnue. Je hais le showbizz. Les gens perdent leur foi dans ce monde... Mais je me bats aussi contre la pauvreté, la violence, la drogue...
Gary, le gentil hooligan ; Gary, respectueux des autres ; Gary, le gypsy : autant de termes qui pourrait te définir ?
J’ai grandi dans un environnement social défavorisé, entouré par la violence, les crimes, la prison, sans éducation (j’ai ouvert mon premier livre à 28 ans), livré à moi même : je n’ai jamais voulu faire partie de ces gens là ; je me suis battu pour m’en préserver. Je bois beaucoup, sauf que je ne suis pas violent ! Tu peux être un peu hooligan, tout en restant gentil et charitable. Et je suis heureux de cette force en moi. Il faut que les gens apprennent à se respecter, à tolérer et accepter leurs différences. Quant à Gary, le gypsy... J’ai été marié à une gitane. Et son père trouvait que je pensais, vivais un peu comme eux : j’étais gitan à ma manière, je faisais partie de la famille ...
Et tes projets d’avenir ?
Un jour, un agent m’a dit, la longévité est la clé du succès dans la musique. Mon Dieu ! Mon premier disque s’écoute encore, les gens dansent dessus et l’apprécient toujours. Cela fait 12 ans que je suis dans le circuit ; et je pense être là dans les 15 prochaines années à venir...!!!
Thanks, Gary, for your kindness and. for remaining so simple and natural and being yourself...

Propos recueillis par Anne Huguet