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1996

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Assassin

Répondre à l’invitation de Kassovits sur ses B.O produit une sorte d’effet logarythmique. Avec “L’Homicide Volontaire” Assassin gagne sa consécration analogue à celle de “La Haine”. D’un côté le grand public découvre, de l’autre les érudits admettent. Doctor L et Rockin’Squat se devaient de mettre fin à leur image de nantis hors réalité, définissant ce concept de l’uniformité des galères. De la cité au XVIeme, de la France à la Colombie, de Washington au Rwanda, chaque misère planétaire provient d’un quelconque homicide volontaire, émamant lui-même de la volonté d’un quelconque décideur politique.

On entend pas mal de rumeurs en ce moment autour d’Assassin, le groupe ferait l’objet de censure, principalement de la part des chaînes audiovisuelles du service public ?
En France, la censure est présente, ça c’est sûr. Une anecdote, nous avons voulu faire la pub télé de notre album, on a monté une pub, le BVP qui est le moyen de censure de l’audiovisuel l’a refusée pour le nom assassin, pour le titre “homicide volontaire”, pour les images que l’on avait mises dans le film, ça c’est un moyen de censure !
On préfère sûrement en France avoir un rap commercial plutôt qu’un rap comme Assassin.
Vous avez une vision très personnelle par rapport à des sujets quotidiens et concrets. Vos arguments empêchent un peu la censure de vous attaquer, à partir du moment où vous ne faites pas de la provocation grossière, gratuite et clichée ?
La provocation, elle n’est jamais censurée quand elle est gratuite. La provocation, on aime ça et on aime bien quand elle vient de musique comme le rap, tout de suite ça cadre le débat à un certain niveau. Maintenant si tu t’opposes sur le terrain de la contestation pure et que tu instaures un débat d’idées, il y a des gens que ça gêne. C’est une réalité. Le problème de la censure, c’est dans les standards qu’on impose, le fait de promotionner une certaine vision de l’art, un certain contenu de l’art, ça c’est la plus grosse des censures.
Est-ce que la musique reste aujourd’hui le plus efficace des militantismes ?
Le message d’Assassin aujourd’hui, c’est que l’on essaye d’amener de la réflexion en traitant des sujets différents, qui sont autant la condition de la femme sur la planète, que les relations économiques entre l’hémisphère nord et l’hémisphère sud, les bavures policières, le business de la drogue à une échelle internationale. Se pencher sur des sujets sérieux à travers la musique. Nous ne sommes pas des politiciens, mais des artistes qui essayent de se prendre en main.
Avec Assassin, on respire un peu, on trouve un groupe de rap qui se fout complètement des Etats-Unis ?
Les Etats-Unis représentent plus le pays du génocide des indiens, que celui du rêve américain en corvette. C’est vrai que la musique afro-américaine a une grande influence sur nous. Après tu ne peux pas te bloquer sur les U.S. qui est le pays du capitalisme, de la société de consommation poussée à l’extrême.
En ce qui concerne l’expression musicale, on peut se permettre de ne jamais loucher de temps à autre sur les rites d’outre Atlantique ?
Il y a une chose qui est très importante pour le rap en France, pour l’acquisition d’une réelle maturité de cet art, il faut que les groupes de rap aient conscience, qu’en France, il y a une spécificité historique et culturelle qui permet que le rap français pose ses marques par rapport au rap américain. En plus au point de vue de la reconnaissance internationale en tant que rap français, ce qui intéresse les américains ce n’est pas de voir des petits frenchys arriver et les copier, c’est justement toute la saveur française qui les intéresse.

Propos recueillis par R.V