
DU THÉÂTRE À L’AIR LIBRE
Le Printemps
de Vienne
Le pari de ce joli festival du Printemps de Vienne est de faire venir les spectateurs en bras de chemise, éventuellement avec une petite laine quand même, le temps de 3 spectacles en plein air, quelques semaines avant l’été. Tout d’abord, il convient de signaler Lieu d’être, une pièce de danse originale et qui avait attiré jusqu’à 3 000 personnes l’an dernier au 183, rue Duguesclin à Lyon, pendant la Biennale de la danse. Le principe est grandiose, en effet, puisqu’il s’agit de mettre en scène 5 danseurs professionnels et 50 amateurs dans les décors d’un immeuble, cette fois, du quartier Saint-Martin, Vallée de Gère. Annick Charlot, chorégraphe de la compagnie Acte, a pour obsession de montrer les corps vivants dans la ville, dans ces cités utopiques qui ne firent illusion que le temps des années 1970, et qu’aujourd’hui on détruit. La misère sociale, quoi qu’il en soit, ne saurait empêcher le regard optimiste de l’artiste et de tous ceux qu’elle invite à voir, avec ses yeux, que la vie est belle, même en ces lieux. Deux représentations de Lieu d’être sont prévues, les 20 et 21 mai dans le quartier Saint-Martin, Vallée de Gère.
La semaine suivante, c’est le metteur en scène Michel Belletante qui reviendra au Printemps de Vienne avec sa nouvelle création, La Jeunesse des mousquetaires. Inutile de bouder son plaisir de retrouver les fines épées de la pièce d’Alexandre Dumas, Porthos, Aramis, Athos et d’Artagnan, qu’on espère au meilleur de leur forme, dans ce spectacle déambulatoire. “Un pour tous, tous pour un !” clame la devise inaltérable des mousquetaires, en référence à la juvénile et touchante camaraderie des garçons et des militaires… Mais c’est aussi, pour Michel Belletante, et à l’instar de Lieu d’être, l’occasion d’évoquer ce qu’il appelle “la question du vivre ensemble”. Car enfin les héros et héroïnes de cette aventure ébouriffante ont chacun des failles, des raisons d’être ou d’agir qui leur sont propres… Ce sera donc les 26 et 27 mai dans les allées du parc de Gémens, à Estrablin (et d’ailleurs, dans une version plus ramassée, scénique, du 17 au 20 au TNG de Lyon).
Le public viennois aura le droit de revenir au parc de Gémens une petite quinzaine de jours plus tard, pour un Oncle Vania à la campagne, avec tout le texte de l’Oncle Vania, de Tchekhov, mais pas seulement et, vraiment, à la campagne ! Il s’agit d’un grand spectacle, avec 17 comédiens, une chienne bel et bien prévue par l’auteur dans la distribution, un décor naturel qui figure une grande propriété agricole, et une soupe confectionnée en direct. Les histoires de ces personnages tchékhoviens nous seront en outre contées entre chien et loup, puisque la pièce, d’une durée d’une heure trente, doit se terminer dans le noir de la nuit. Les metteurs en scène Jacques Livchine (qui est aussi l’auteur de la traduction du texte) et Hervée de Lafond, du Théâtre de l’Unité, ont voulu, selon leur propre expression, “démonter Oncle Vania”, en cherchant à en montrer les mécanismes, sinon secrets, au moins discrets. Ainsi les artistes feront-ils apparaître la propre femme d’Anton Tchekhov, Olga Knipper, qui parlera de son mari, et la sœur morte de Vania sera très clairement identifiée à celle de l’écrivain, qu’il chérissait. Les représentations d’Oncle Vania à la campagne ont été annulées l’année dernière pour cause d’intempérie, espérons les voir enfin, les 8 et 9 juin, tranquillement installé sur une botte de paille, à Estrablin, au parc de Gémens.
Le Printemps de Vienne du 20 mai au 10 juin
Étienne Faye
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