RHINO JAZZ(S) FESTIVAL
Entamée en juin dernier, la 33e édition du festival Rhino Jazz(s) se poursuivra tout au long du mois d’octobre, de la plaine du Forez jusqu’à Lyon-les-Bains via la vallée du Gier. Entretien avec son président et fondateur, Jean-Paul Chazalon.
Rétrospectivement, comment appréciez-vous l’évolution de Rhino Jazz(s) ?
Les paramètres sont nombreux, mais disons d’emblée que le festival a d’abord évolué dans l’espace, passant d’une seule ville (Rive-de-Gier) à plus de 30 aujourd’hui (!) ; mais aussi esthétiquement parlant, puisque notre proposition musicale a progressivement été élargie pour correspondre à des publics de plus en plus diversifiés, urbains ou non, jeunes et moins jeunes, curieux mais pas forcément experts et/ou férus de jazz contemporain. L’idée étant de se servir de tout le répertoire du jazz et de ses musiques voisines. Et dans le cadre de cette mutation, nous avons ainsi annoncé il y a quelques mois notre rapprochement futur avec Jazz à Vienne, non pas pour fusionner, mais pour explorer en commun d’autres territoires de la musique et du jazz en particulier.
Plus de 50 concerts dans 32 villes : on a l’impression que cette édition rime justement plus que jamais avec décloisonnement, musical certes, mais surtout géographique ?
Bien sûr, mais nous n’avons nullement une volonté d’hégémonie territoriale ! Cette aventure s’est simplement écrite comme ça. Et aujourd’hui encore, lorsque l’on se rend compte que nous avons une véritable envie commune avec une salle, une association, une municipalité ou tout autre type de structure, de Saint-Just-Saint-Rambert jusqu’à Lyon en passant par Saint-Chamond, nous franchissons le pas. À nous ensuite de démontrer que cette collaboration a un sens au sein de notre programmation. J’ajouterais qu’à titre personnel je suis vraiment partisan de l’intercommunalité, sans qu’il soit question de faire tout et n’importe quoi, mais ne serait-ce parce que l’on ne peut pas s’ignorer. Et à condition que chacun garde sa spécificité. Quant à la stratégie de développement territorial (tous secteurs confondus) qui se dessine actuellement entre Lyon, Saint-Étienne et le Nord-Isère, c’est une réalité que l’on doit prendre en compte. Et sûrement une chance.
Dans ce domaine, il semblerait que Rhino Jazz(s) et peut-être la culture en général ont quelques longueurs d’avance sur la politique, sans parler du sport ?!
Je n’osais pas vous le dire…
Le côté défricheur est-il toujours le 1er leitmotiv du festival ?
Je ne sais si c’est le premier, mais ce fut le seul pendant longtemps ! Quoi qu’il en soit, si nous programmons aujourd’hui des choses “plus reconnaissables” par le grand public, il n’y a pas eu une seule édition sans que l’on propose une vraie découverte. L’épine dorsale du festival est bien de faire découvrir ou redécouvrir certains artistes. C’est pour nous une passion dévorante. Et quand on nous dit aujourd’hui : “C’est super de programmer Youn Sun Nah”, sachant qu’elle est désormais disque d’or, je rappellerai simplement que cela fait 10 ans qu’elle vient à Rhino Jazz(s)…
En parlant de découvertes, que nous proposez-vous cette année ?
Il y a par exemple ce duo magnifique qui jouera lors de la Nuit du blues, Chaney Sims & Bill Sims Jr, ou bien Raphael Gualazzi qui s’est produit cet été. À l’instar du quartet d’Édouard Bineau, mais je ne sais si l’on peut parler de “découverte” le concernant…
Dans un autre registre, Rhino Jazz(s) accueillera prochainement quelques “monstres” d’hier et d’aujourd’hui ?
En effet. Liz McComb, John Lee Hooker, James Carter, bien sûr, et Youn Sun Nah, dont on vient de parler. Des noms, disons plus reconnaissables immédiatement, et en l’espèce cela soulage un peu notre travail de communication…
On peut également évoquer une politique tarifaire on ne peut plus raisonnable…
Et revendiquée ! Nous essayons véritablement de ne jamais augmenter le prix des places et nous y arrivons quasiment. Mais, de par le fait que nous sommes en partie financés par de l’argent public, il y a comme une obligation éthique, me semble-t-il.
Comment envisagez-vous l’avenir du festival ?
Je vous dirais qu’avant toute chose nous considérons chaque édition comme si c’était la première ! Il n’en demeure pas moins vrai que nous préparons déjà l’avenir ; et l’avenir a vraisemblablement à voir avec ce décloisonnement géographique dont nous parlions au début.
Rhino Jazz(s) Festival, 5 au 22 octobre
Laurent Zine
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