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L’ART RÉSISTANT
DE MAGUY MARIN

Créé à l’automne 2010 lors de la Biennale de la danse, Salves, dernier spectacle de la compagnie Maguy Marin, est redonné au CCN de Rillieux-la-Pape du 15 au 17 février. Sombre et lumineux d’humanité.

C’est salves contre salves. La résistance ténue, sombre et têtue contre l’oppression. Salves, présenté ce mois au CCN de Rillieux-la-Pape par la compagnie Maguy Marin, est obstinément du côté de la résistance. La pièce brève a l’efficacité des charges militaires. Les danseurs l’interprètent à perdre haleine, sans presque parler contrairement à de précédents spectacles. “Il y a urgence”, dit Maguy Marin. Tout commence pourtant dans la lenteur et la lumière. Un à un, telles des araignées, les danseurs tirent des fils invisibles, en prenant soin de ne pas laisser retomber ni briser ces liens. Ce patient travail ne dure pas assez longtemps pour nous mener jusqu’à l’ennui, mais dessine une solidarité qui ne fera pas défaut dans l’adversité à venir. Très vite, en effet, l’obscurité nous plonge dans une atmosphère de couvre-feu. La bande-son de Denis Mariotte souligne l’impression de chaos avec des paroles déformées, des rumeurs de guerre, des bruits et des cliquetis. Ou de quoi s’agit-il vraiment ? On n’est plus sûr de rien, sinon qu’un oppresseur invisible empêche de s’ébattre en plein jour. Pendant une heure, les lumières obliques fendent la pénombre le temps d’entrevoir une course-poursuite. Une main inconnue bâillonne une bouche. Une femme laisse tomber un vase. On se passe des planches, mais aussi la révolution peinte par Goya. Course-poursuite. Les tableaux qu’on fixe sur le mur tombent. Une main masque les yeux d’une femme. Il faut courir. Une table couverte d’une nappe blanche happe littéralement un corps. Une danseuse trébuche et laisse tomber la statue de la Liberté, qui se brise. Une femme vient s’asseoir puis repart. Une autre reconstruit le vase…

Les situations s’enchaînent à un rythme effréné. Dans des vêtements sans âge, les danseurs courent sans cesse, tombent parfois, repartent et souvent se tendent la main. Soumise à la clandestinité, leur danse se précipite et, fuyant, porte les gestes à l’économie, dans une dynamique qui évoque par moments le cinéma muet, avec la part de gravité et le burlesque que cela implique. Certaines images font mouche, comme l’apparition décalée d’une Vénus hottentote ou d’un militaire déjanté, mais aussi, clin d’œil au Fellini de La Dolce Vita, la statue d’un Christ soulevée par un hélicoptère téléguidé. À la fin, après tant de moments de peur, de gestes fragiles, le festin final est explosif. Les objets et les liquides volent et les énergies se libèrent. Malgré l’apparente fragmentation du spectacle en une multitude de situations, malgré les salves insatiables, une unité se dessine, celle d’une fraternité nécessaire. “Il faut organiser le pessimisme”, dit Maguy Marin.

Florence Roux


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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