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LE MAC LYON
ouvert sur le monde

Deux expositions ont été inaugurées le 24 février dernier, au musée d’Art contemporain de Lyon, 2 continents explosifs au regard des Lyonnais et des touristes. D’abord, l’Inde, enchâssée dans l’Eurasie, est un pays en plein renouveau, cela commence à se savoir, avec une économie de plus en plus puissante, voire inquiétante… On se souvient de Mittal qui rachetait un fleuron de l’industrie française, Arcelor, il n’y a pas si longtemps, en réveillant bien des peurs nationales ou, pire, des sentiments. Bref, l’Inde est en train de passer du statut de pays surpeuplé à celui de pays surpeuplé et riche. Et cela doit s’accompagner, à l’évidence, d’un changement d’iconographie. C’est un des objectifs d’“Indian Highway IV” : l’exposition itinérante, née à Londres, rassemble de très nombreux artistes indiens, avec des œuvres très diverses, qu’il sera impossible d’évoquer en détail ici, mais qui sont assez spectaculaires, dérangeantes ou jolies… La 2e exposition, au 3e étage, est celle d’un artiste particulièrement prolixe, le Camerounais Pascale Marthine Tayou. Cet homme semble avoir une idée par jour, au moins, et surtout, ses idées, il les met en pratique.
Rencontre avec Thierry Raspail, qui est directeur du musée d’Art contemporain, et un homme accueillant.

Parlez-moi de l’art en Inde.
Le foisonnement est tel, dans ce pays-continent, qu’il est bien sûr impossible de tout connaître de la création contemporaine indienne. En Europe, on croit connaître l’art africain, l’art indien… mais on ignore beaucoup que cet art est en mouvement et qu’il ne peut, de ce fait, correspondre tout à fait à l’image qu’on en a. L’Inde, dont on dit assez qu’elle émerge, est un gigantesque flux de personnes, d’informations électroniques, de capitaux, etc., et donc en perpétuelle remise en cause de son identité.
Il y a en effet un mélange, dans cette exposition protéiforme, d’art contemporain et d’art plus visuel… Mais je remarque surtout le sens du spectacle de ces artistes. Qu’en pensez-vous ?
Vous pensez par exemple à Take off your shoes and wash your hands, cette œuvre immense, de 28 mètres de long, signée Subodh Gupta ? Je la trouve incroyable. Il s’agit d’une longue structure en inox, qui supporte des ustensiles de cuisine du même métal. Et tout brille, comme si rien n’avait jamais été touché. Qu’est-ce que cela dit sur le monde et sur l’Inde ? Le spectateur peut avoir le sentiment d’avoir devant les yeux le symbole d’une accumulation sans fin d’objets qui ne sont pas destinés à être utiles, et en même temps l’évocation, en creux, d’une population affamée… Il y a aussi ce camion grandeur nature, intitulé Transit, signé Valay Shende. Une sorte d’énorme bijou, mais qui représente un chargement d’ouvriers, plutôt misérables, qui vont au travail. D’une façon générale, les artistes indiens ont le sens de la formule, ils sont un peu comme les Américains. Leurs œuvres sont immédiatement lisibles par tous, car ils recherchent d’abord une efficacité visuelle qui, en Europe, pour schématiser, vient plutôt en second. Cela n’empêche évidemment pas ces artistes de penser leur art, qui est aussi subtil qu’intense. Puisant leur inspiration dans leur pays et leur culture, ils ont pourtant un propos qui nous apparaît, ici à Lyon, très clair et surtout universel.
Est-ce que l’on pourrait dire la même chose à propos de Pascale Marthine Tayou ?
C’est un homme d’une grande culture, mais qui n’en parle jamais. Il fait, avec les détritus qu’il récolte. Mais il ne serait peut-être pas d’accord que je parle de détritus. Il ramasse les objets qu’on jette, il en fait des œuvres d’art, il n’y a d’ailleurs, pour lui, guère de différence entre les deux. Il montre une installation superbe, par exemple, fabriquée avec des sacs en plastique colorés, et c’est la même chose : on se demande s’il ne s’agit pas, en outre, d’une critique de nos façons de vivre… Pascale Marthine Tayou est un artiste de la diaspora camerounaise, installé à Gand, et lorsque vous lui demandez si le soleil ne lui manque pas, s’il ne se sent pas coupé de ses racines, il vous répond que tous les hommes ont 3 000 ans et qu’ils portent tous une histoire globale. Il fallait le suivre dans Lyon, il se met directement en contact avec les gens, avec le boucher qui a accepté de l’exposer dans sa boutique, ou le Monoprix où il a réussi à faire accepter une roue à insultes…
Pouvez-vous évoquer la Biennale qui commencera le 15 septembre ?
Elle portera le nom “Une terrible beauté est née”, c’est un vers de Yeats (1916), qui évoquait une révolte réprimée dans le sang, en Irlande. Nous avions envie, avec la commissaire argentine Victoria Noorthoorn, de montrer que nous sommes toujours dans le même continuum, que le XXe siècle ne s’efface pas. Il y aura, bien sûr, beaucoup d’artistes sud-américains, dans des ambiances oniriques, souvent, des délires salvateurs, des utopies… Beaucoup de dessins, aussi, parce que c’est une façon très simple, peu coûteuse, de refaire le monde.

India Highway IV jusqu’au 31 juillet, Pascale Marthine Tayou
jusqu’au 15 mai au MAC

Étienne Faye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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