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JEAN LACORNERIE
AU THEATRE DE LA CROIX-ROUSSE

Cette année, les nombreux habitués du Théâtre de la Croix-Rousse, vont apprendre à connaître Jean Lacornerie, le nouveau directeur. Cela devrait se faire assez vite, en toute simplicité, parce que le metteur en scène est souriant, accueillant, et que ses options sont franches. “Le théâtre aime la musique !” proclame le slogan de la nouvelle saison, mais, avec Jean Lacornerie, c’est une telle évidence. Il faut rappeler que cet ancien secrétaire général de la Comédie-Française dirigeait encore l’année dernière, et depuis 2002, le Théâtre de la Renaissance à Oullins. Il lui a donné une identité forte, faisant de cette salle de la périphérie de Lyon un centre régional du théâtre musical. N’ayons crainte, il saura donc faire de la Croix-Rousse, avec l’audience nationale que cela suppose, et grâce aux partenariats qui sont d’ores et déjà annoncés avec l’Opéra, les Célestins ou les Subsistances, un nouveau centre du théâtre musical. Il y sera donc possible d’entendre du Mozart, du Bach, ou du Mauricio Kagel, du Kurt Weill, et beaucoup d’œuvres de musiciens de la comédie musicale américaine, peu souvent joués, et que Jean Lacornerie adore. Cette année, par exemple, il mettra en espace West Side Story, rien que ça… mais il donnera aussi Les Rêveries, avec les textes de Jean-Jacques Rousseau, et une opérette d’Offenbach, en collaboration avec l’Opéra de Lyon, Mesdames de la Halle.
Rencontre avec Jean Lacornerie.

C’est votre 1re saison à la Croix-Rousse. Comment se passe votre adaptation ?
C’est un plaisir d’être ici, dans ce quartier que je connais un peu, déjà. Depuis janvier, il fallait que je prenne la mesure de ce théâtre, que je fasse connaissance avec l’équipe, que j’ai trouvée compétente et mobilisée. Pour élaborer une programmation cohérente et ambitieuse, nous avons donc beaucoup travaillé, et je crois que nous allons réussir une 1re saison qui donnera le ton de ce qui va se passer ici pendant les prochaines années. Il y aura beaucoup de musique, de chansons, la plupart du temps sur un ton festif, joyeux, et aussi des mises en scène sans musique… Hugo, Racine, Rimbaud – comme ce mois-ci dans le 1er spectacle de la saison – seront toujours chez eux sur la scène de la Croix-Rousse. Après tout, n’est-ce pas là un héritage de Philippe Faure, l’ancien directeur et créateur du lieu, cette ouverture, contagieuse, du théâtre et de son public ?
Dans l’héritage, reprendrez-vous ce concept de Maison du peuple 2.0 ?
Ce projet n’est pas le mien, soyons clair, et je ne saurais me l’approprier. En revanche, nous n’allons pas éviter le sujet. Le peuple, en pleine année électorale, sera dans toutes les bouches, et nous programmons Tempête sous un crâne mis en scène et adapté des Misérables de Victor Hugo par Jean Bellorini, un Rousseau que je mets en scène, ainsi que West Side Story, qui est quand même une fresque sociale. Il y aura aussi des rencontres de haut niveau, autour de la notion de peuple, qui auront lieu au théâtre. Et puis, après tout, Mesdames de la Halle, que je vais mettre en scène, se situe dans un milieu populaire.
Avec cette prise de fonctions, la programmation de cette saison, vous avez trouvé du temps pour imaginer de nouvelles créations ?
Un directeur de théâtre éprouve toujours des difficultés pour libérer, dans son agenda, des temps de création ; ce n’est donc pas nouveau pour moi. Je n’ai pas le droit de mettre en scène West Side Story, car les ayants droit de Leonard Bernstein exigent de garder la mise en scène originelle de la pièce qui se jouait, à l’époque, sur Broadway. Ce qui fait que ce sera d’abord un concert, dirigé par Gérard Lecointe, qui a eu la chance d’être adoubé par l’auteur lui-même, et moi, je me permettrai juste quelques mises en espace modestes. Pour le tricentenaire de la mort de Rousseau, j’ai voulu également mettre en scène Les Rêveries, où les textes géniaux des Rêveries du promeneur solitaire et les poèmes d’Hölderlin, mis en musique par Philippe Hersant, se côtoieront. Mesdames de la Halle, d’Offenbach, sera notre grosse production, avec, d’ailleurs, la collaboration de l’Opéra de Lyon, sans quoi nous ne pourrions présenter un tel spectacle.
Racontez-nous un peu cette création
C’est une opérette d’Offenbach qui se déroule, donc, dans les halles parisiennes, avec des vies rudes et très bizarres, un lieu où se croisent les putes, les poissonnières, les flics, etc. Il s’agit d’un monde souterrain, entre la nuit et le jour, un monde disparu, régi par des règles incroyables, c’est le “ventre” de Paris, décrit par Zola dans un roman extraordinaire. Ce fut très symbolique de chasser ainsi les halles de Paris [ndr : transférées à Rungis en 1969]. Je pense d’ailleurs que nous allons chanter nos harangues sur le marché de la Croix-Rousse. Mais Mesdames de la Halle, c’est d’abord une pièce très drôle, superbement écrite !
Dans votre programmation, je remarque beaucoup d’artistes du cru…
Grâce à notre mise en réseau avec de grandes institutions, nous allons pouvoir programmer des spectacles d’envergure nationale ou internationale, mais nous ferons toujours une grande place aux artistes d’ici. Dès cette année, Laurent Brethome viendra présenter un Bérénice de Racine de haute tenue, et Catherine Hargreaves, qui a l’énergie pour cela, évoquera La Ballade du vieux marin, de Samuel Coleridge, sous forme de cabaret. C’est aussi un artiste grenoblois, Yoann Bourgeois, qui nous présentera un Art de la fugue inspiré des fugues de Bach, et il y aura aussi, bien sûr, le Turak Théâtre de l’excellent Michel Laubu, avec Les Fenêtres éclairées, sa dernière création.

Étienne Faye


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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