
DANIEL KAWKA
Ensemble orchestral contemporain
“La création se porte bien, la diffusion un peu moins…”
À quelques encablures de son 20e anniversaire, l’Ensemble orchestral contemporain (EOC), né dans la Loire sous la baguette de Daniel Kawka en 1992, achèvera l’exploration de l’œuvre du compositeur russe Edison Denisov par l’enregistrement de la Symphonie de chambre n° 1, à paraître chez Harmonia Mundi. Grâce à une politique solide de chefs invités, doublée d’une saison foisonnante, notamment de concerts gratuits, très populaires, l’Ensemble s’est incontestablement forgé une renommée nationale et internationale. En dépit de la diffusion médiocre dont pâtit toujours la musique contemporaine. Sa fidélité au Centre national de création musicale Grame lui offre une place de choix dans la 6e édition des Journées du même nom, qui s’échelonnent du 8 avril au 20 mai. Pour son concert du 15 avril, l’EOC met à l’honneur l’œuvre de Luigi Nono et, bien entendu, celle d’Edison Denisov.
Quels sont vos liens avec Grame ?
Daniel Kawka : Nous avons établi un lien professionnel et artistique très fort avec la direction de Grame depuis la création de l’EOC, et ce, pour plusieurs raisons : pouvoir jouer les musiques d’aujourd’hui, être des outils de diffusion pour les compositeurs, développer des complémentarités, passer des commandes… Nous avons uni nos forces, pour offrir un outil très performant à des compositeurs intéressés par des expériences de musiques mixtes. Cela nous a permis de parcourir tout le grand répertoire contemporain du XXe.
Est-ce aussi un moyen d’élargir votre public ?
Oui, car l’EOC a sa saison propre, où le choix des œuvres est adapté à des exigences de public et de salle. Or, les Journées Grame attirent un public large et curieux, jeune aussi, qui n’est pas celui qui viendra écouter l’Ensemble dans un répertoire classique du XXe, mais des œuvres un peu plus exposées, plus radicales. Sans ces Journées, nous aurions clairement un “manque à gagner” en termes de public.
Le 15 avril, l’EOC va notamment jouer la Symphonie de chambre n° 1 d’Edison Denisov, sous la direction de Pierre-André Valade. Pourquoi ce choix ? La rencontre avec Denisov, qui a disparu en 1996, revêt un caractère un peu symbolique pour l’Ensemble. Lors de notre tout premier concert, nous avions joué une œuvre de Denisov et nous nous sommes intéressés à ce compositeur relativement peu joué. Or, Denisov est à la musique russe ce que Pierre Boulez est à la musique française : un monstre sacré ! Nous avons donc construit un projet autour de Denisov, qui va se finaliser par l’en-registrement de cette symphonie. C’est une œuvre très audacieuse, de maturité, qui comporte une grande densité d’écriture et une grande expressivité.
Comment se porte la création contemporaine en 2011 ?
Je constate que la création se porte bien. On aurait pu penser il y a une quinzaine d’années qu’avec l’avènement rapide des technologies, de la composition par ordinateur, la boucle avec la musique post-tonale, sérielle, serait bouclée ! Voilà une dizaine d’années, il y a même eu une période dans laquelle les jeunes compositeurs revenaient à une sorte de néoromantisme, avec des codes d’écriture à l’ancienne, comme s’il y avait besoin d’un temps de latence… Aujourd’hui, je vois de jeunes compositeurs avec un imaginaire extrêmement fécond, avec une possession absolue des outils technologiques. On sent les interférences avec la musique populaire : les compositeurs n’ont pas peur de revenir à leurs sources et de les croiser avec des musiques plus savantes. En revanche, l’institution se porte moins bien. La musique contemporaine entre peu dans les salles de spectacles, est peu relayée par les médias. Il y a un paradoxe entre la richesse du tissu de compositeurs existant et les modes de diffusion.
15 avril, Théâtre Astrée
Caroline Faesch
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