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ISRAEL GALVÁN
“Dansant au-dessus du risque”
Il est bien né, ce fils d’une gitane danseuse de flamenco - Eugenia de los Reyes - et du danseur andalou de renom José Galván, mais pas seulement. Israel Galván est bien plus que cela. Il incarne et désincarne, revitalise, transcende et sublime le flamenco, cet art immémorial que l’on croit à tort figé dans ses codes ancestraux. Ce danseur pousse son flamenco dans d’ultimes et inimaginables retranchements, osant, ainsi dans son dernier spectacle El Final de Este Estado de Cosas, Redux, le chant extatique de la grande Inés Bacán sur fond de heavy metal ou mimant, coincé dans un cercueil, une danse avec la mort jusqu’au spasme final. Parcours atypique pour cet enfant de la balle, puisque pris entre les feux de la tradition (les tablaos, fiestas et autres académies de danse où il accompagne son père dès ses 5 ans), la Bible qui a bercé son enfance - “La Bible et le flamenco ont toujours été, pour moi, intimement mêlés” -et une vie plus moderne avec Internet, le cinéma (et Kubrick) dont il est fan ou Dalí. Finalement peu attiré au début par la danse, il danse aujourd’hui principalement seul sur scène. Se laissant porter par son corps, ses mouvements et cette pulsation intime qui semble le dévorer. Sans chant, sans guitare. “Seul mon corps est là et devient l’instrument musical qui me manque”, peut-on lire dans ses interviews. Torsions extrêmes, mouvements cathartiques et zapateados époustouflants souvent jusqu’à la transe : son flamenco est hors norme, puissant et violent, et ne ressemble à rien de déjà vu. Flamenco pourtant, martèle-t-il à qui veut l’entendre. Temps, contretemps, silence ; équilibres, déséquilibres : sa danse est faite de ruptures et de paroxysmes, d’arrêts brusques et de suspens et ne peut laisser indifférent. C’est à la Maison de la danse, en novembre, qu’on a découvert cet incroyable danseur avec Redux, relecture hallucinante et toute personnelle d’une Apocalypse de Jean de Patmos. Ce spectacle, peut-être un peu long si l’on devait lui trouver un défaut, donne le vertige par sa précision et sa virtuosité -il donne parfois l’impression de voler -, ses partis pris allégoriques et ses mutations permanentes. Siguiriyas, verdiales (sorte de fandango, sous sa forme la plus primitive), tarantella et autres bulerias, Galván joue sur tous les tableaux : couché, debout, assis, à moitié dévêtu et masqué ou travesti en femme, avec ses postures à la limite du buto, il brûle et danse comme nul autre. Il a aussi un compás diabolique, comme possédé par le dieu flamenco, corps fait rythme, danse faite homme. Sauts, tours, bras positionnés de manière hallucinante, buste bombé et corps cambré et ce percussionniste incroyable qui fait battre nos cœurs plus vite, toujours plus vite, collant aux zapateados d’Israel Galván. Sa danse flamenca - “conceptiste et baroque”, dira de lui l’un de ses proches, le jeune artiste sévillan Pedro G. Romero - est pourtant tout en introspection, ne cherchant jamais à séduire, mais plutôt en quête de sa propre intériorité. Autre défi avec La Edad de Oro, petite forme à 3 créée en 2005 au Festival de Jerez : il nous plonge dans la période dite d’âge d’or du flamenco (de la fin XIXe aux années 1930), de Vicente Escudero à Carmen Amaya, que les puristes estiment unique. Parce qu’à ce jour aucun danseur ni chanteur d’aujourd’hui ne serait à même d’égaler en qualité, pureté et créativité ceux qui ont porté le flamenco à son apogée. Accompagné des frères Lagos (David au chant et Alfredo à la guitare), il se nourrit de l’histoire et de la grammaire flamencas pour redonner au flamenco sa force primale. Sans musique, même, il réussit à habiter chacun des instants avec son zapateado mutant, là imitant à la perfection la cavalcade d’un cheval, ici nous donnant à entendre un cœur haletant qui bat, mais aussi roulements de tambour, staccatos puissants et j’en passe. Depuis les pieds jusqu’aux doigts qui tambourinent sur ses dents, sa gestuelle sidère tant il associe tradition et innovation. À découvrir de toute urgence.
Théâtre de Villefranche, 25 janvier, 04 74 68 02 89 Comédie de Valence,
29 janvier, 04 75 78 41 70
Anne Huguet
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