 THIERRY FRÉMAUX
La troisième édition du Festival Lumière débutera le 3 octobre prochain pour une petite semaine. Ce tout jeune festival à la renommée – déjà – internationale a ainsi pu remettre son prix la première année à Clint Eastwood, la seconde à Milos Forman qui sont venus tous deux le recevoir dans le lieu mythique des tout premiers films. Cette année, hommage sera rendu à Gérard Depardieu… Au programme des festivités, citons, après la soirée d’ouverture à la Halle Tony Garnier (le choix de cette salle en dit long sur le nombre de spectateurs attendus), citons en ciné-concert, Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse de Rex Ingram (1921) accompagnés par les musiciens de l’Orchestre national de Lyon, une Nuit de la Science Fiction, et la projection de la mythique Guerre des boutons pour le jeune public ! Parallèlement des copies restaurées de grands classiques comme Quai des brumes seront visibles dans maints endroits de la ville, et notamment l’intégralité des films de Jacques Becker. De nombreux films seront projetés en présence de leur réalisateur. En un mot un programme qui ne s’arrête pas, loin s’en faut, à la redécouverte des archives du cinéma ! LYONNAIS, INTERNATIONAL ET POPULAIRE Il nous a semblé intéressant d’en savoir un peu plus sur les raisons d’être de ce festival et surtout sur ses spécificités. Thierry Frémaux, directeur de ce festival, a accepté de répondre à nos questions :
L'idée était que Lyon, non seulement comme ville natale du Cinématographe Lumière, mais aussi comme grande ville européenne, puisse avoir, comme ses homologues en France, en Europe et dans le monde, enfin un festival international. Son ambition est donc clairement affichée : il s'agit de placer Lyon sur la carte mondiale des événements de cinéma. L'Institut Lumière a permis à la ville de retrouver sa mémoire patrimoniale, il a rendu possible la préparation d'un public et d'un esprit collectif. Le festival s'est imposé d'emblée avec logique. On l'attendait depuis longtemps, il y avait beaucoup de risques mais le challenge a été relevé dès la première année.
Quelles sont ses ambitions ?
Ses ambitions sont clairement affichées : il s'agit d'un festival international et populaire, professionnel et glamour, cinéphilique et médiatique. Elles étaient volontairement élevées, elles ont été comblées.
L’HISTOIRE DU CINÉMA À LA LUMIÈRE DU NUMÉRIQUE
En quoi sert-il le cinéma ?
C'est un festival qui, en visitant l'histoire du cinéma observée dans son aspect contemporain (civilisation numérique, restauration de copies, vedettes pour présenter les films, événements ciné-concerts, etc.), permet à la fois de plonger pleinement, depuis sa ville natale, dans les hommes et les œuvres qui ont fait cette histoire du cinéma qui a commencé dans la maison des frères Lumière, rue du Premier-Film à Lyon-Monplaisir. En élaborant le concept, on a essayé de se poser quelques questions et d'afficher quelques convictions : ne pas faire ce qui se faisait ailleurs, ne pas faire un "petit" festival, essayer de trouver une harmonie entre les images de Lyon, le Grand Lyon, la Région et l'événement à faire. Et le mettre au service du cinéma, des salles, des professionnels.
FAIRE REVENIR LES SPECTATEURS DANS LES SALLES
En quoi est-il unique ?
Il est unique parce qu'il s'agit d'un festival qui ramène les gens dans les salles pour voir des films anciens. Il n'y a quasiment aucun événement grand public dans le monde qui procède de la sorte et aucun en France. Faire quelques séances de copies restaurées oui, ou de ciné-concerts, mais aucun festival n'a comme ambition celle qui est la nôtre, d'explorer l'histoire du cinéma à travers ses nouvelles dimensions liées au numérique : res taurations de films, sorties de DVD ou de blu-ray. Le festival se dote ainsi d'un environnement professionnel : les sociétés de productions, les éditeurs de DVD, les sites internet, les télévisions, etc. Il est unique parce qu'il met en opposition deux ambitions très hautes et a priori incompatibles : être un festival de spécialistes (les cinéphiles, les professionnels), et être un festival populaire (le grand public). Pour cela, il fallait attirer à Lyon les grands opérateurs d'aujourd'hui et les grandes vedettes. Et attirer le grand public : le festival va dans toutes les salles de Lyon et les communes du Grand Lyon. Au total, l’an dernier, en six jours, ce sont plus de 80.000 spectateurs qui se sont pressés dans les salles. Enfin il est unique parce que nous avons intégré une idée que j'avais de longue date : celle de créer un Prix Lumière. De récompenser une personnalité pour l'ensemble de son oeuvre. Ce fut Clint Eastwood en 2009, Milos Forman en 2010 et ça sera Gérard Depardieu en 2011.
Quelles sont les caractéristiques de l'édition 2011?
Sur le plan du programme : une intégrale des films de Jacques Becker en copies neuves et restaurées; un hommage à William Wellman, un grand d'Hollywood aujourd'hui ignoré (sa meilleure part, qui va de la fin des années vingt aux années quarante, est époustouflante); un hommage au cinéma de genre japonais : les films Yakuza. Mais aussi une sélection des meilleures copies restaurées de l'année, etc. De nombreuses vedettes seront là, non pour faire leur propre promotion, mais pour se mettre au service des films qu'elles aiment. Par ailleurs l'édition 2011 sera aussi marquée par un fort développement des "à-côtés duc festival" : le village, les masterclasses, les signatures de livres, les colloques, la présence de la presse, etc.
Du 3 au 9 octobre
Trina Mounier
|