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MARYSE DELENTE

La compagnie de Maryse Delente se produira plusieurs fois dans la région cet hiver en reprenant 2 pièces de son répertoire : Mariana et El Canto de Despedida. Entretien avec une choré graphe atypique qui ne mâche pas ses mots.

 

 

J’ai lu dans le programme d’un théâtre que “chacune de vos créations est une ode à la féminité” ; cette affirmation vous semble-t-elle pertinente ?
Pas du tout, et j’espère que mon propos est beaucoup plus universel. On me taxe d’ailleurs souvent de “féministe” au prétexte que j’ai créé des ballets essentiellement pour des femmes, mais j’adore aussi travailler avec les garçons ! En fait, depuis mes débuts, j’aime jouer avec la dualité des genres, mettre en scène et exagérer le côté masculin des femmes et/ou le côté féminin des hommes. La pièce El Canto de Despedida, par exemple, peut être aussi bien dansée par des femmes que par des hommes, à partir du moment où ils portent de grandes robes noires…
Vous délivrez néanmoins un regard pour le moins sensible sur la condition féminine ?
Bien sûr, et je comprends bien que l’on pense cela de mon travail puisque je mets généralement en scène la femme ; une femme qui plus est souvent morcelée et meurtrie. Mais cette femme, par exemple telle qu’el-le apparaît dans La Cloche de verre [ndlr : création de 2008] – “flottant” dans ce qui pourrait être le ventre de sa mère –, pourrait très bien être un homme.
Un personnage dont il émerge une sorte de plénitude.
Absolument. Plénitude dans le liquide amniotique, mais aussi dans l’infini, le rêve et le grand bleu.
Et pourtant votre danse oscille souvent entre violence et tragédie ?
La violence, oui, comme ce fut le cas lorsque j’ai adapté Le Sacre du printemps ; mais pas seulement la violence.
Ainsi croit-on déceler dans certaines de vos œuvres comme une sorte d’éloge de la douceur, parfois même de la lenteur ?
Quand bien même Guy Darmet me disait qu’il adorait ma violence, j’aime effectivement cette douceur dont vous parlez, que j’associerais volontiers à la poésie et à la beauté tout simplement. On m’a parfois reproché mon esthétisme, mais voilà, j’aime le beau et je n’ai pas envie de reproduire sur scène la seule vision du quotidien dans sa banalité. Au contraire, je voudrais que les gens qui viennent au spectacle aient l’im-pression de faire un voyage, et qu’ils en gardent des images.
Il semblerait que l’image, justement, tienne une place prépondérante dans votre travail ?
Mon objectif a toujours été de trouver une sorte d’équilibre entre l’émotion primitive que procure la danse, cette “transpiration” que le spectateur va ressentir en direct, et le souvenir en termes d’images, qui lui reviendra parfois plusieurs semaines après la représentation. Un équilibre entre le mouvement et la théâtralité.
On a souvent qualifié votre travail chorégraphique de danse expressionniste…
Il faut bien mettre des étiquettes… Donc expressionniste, oui, pourquoi pas ; c’est le terme qui revenait souvent pour qualifier la danse de Pina Bausch, à laquelle on m’a souvent comparée, sauf qu’il n’y a qu’une seule Pina Bausch.
Pourriez-vous nous présenter succinctement chacune des 2 pièces que votre compagnie va bientôt reprendre dans la région ?
Ce sont 2 pièces que j’ai montées en 1989, et elles ont tracé leur chemin depuis ! 1989, c’était le début de la guerre en Yougoslavie, et à l’époque on parlait encore beaucoup des folles de Mai à Buenos Aires ; El Canto de Despedida [ndlr : Le Chant d’adieu] est ainsi un hommage à toutes ces femmes en noir, silencieuses et courageuses, prises dans les tourments de l’histoire. Concernant le ballet, tant dans l’attente que dans le mouvement, je crois qu’il y a beaucoup de violence, et voilà que l’on y revient ! Quant à Mariana, c’est une pièce qui m’a été inspirée par un ouvrage du XVIIe siècle, Lettres de la religieuse portugaise, et qui se mue en performance ne serait-ce que parce que les danseuses portent des robes baroques qui pèsent 5 kilos ! Une pièce très contemporaine et cinématographique.
Quant à votre dernière création ?
C’est une pièce baptisée Journal d’hiver, que nous avons jouée en avant-première à Roanne en septembre. C’est un peu un regard en arrière, relativement introspectif mais pas du tout nostalgique, et j’ai un moment pensé qu’il s’agirait de ma dernière chorégraphie, mais finalement non, je continue ! Je mets en scène dans ce Journal l’incroyable tension qui habite l’artiste au moment du processus de création et, d’un autre côté, les moments de douceur et de sérénité qui vont lui permettre d’avancer. Ce ballet, c’est vraiment ce que je vis à chaque création, et c’est donc un peu les montagnes russes…
Il y a longtemps que vous n’êtes pas revenue à Vaulx-en-Velin (là où vous étiez implantée lorsque vous avez fondé votre compagnie) ?
Nous y reviendrons avec un immense plaisir en résidence fin 2012 pour jouer La Cloche de verre et ce Journal d’hiver
Mariana + El Canto de Despedida

Les 5 et 6 décembre au Théâtre du Vellein à Villefontaine Le 3 février au centre culturel Théo-Argence Le 9 février au Théâtre de Villefranche-sur-Saône Le 20 mars au Théâtre Astrée

Interview par Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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