
ANNE-EMMANUELLE
DAVY
Les Conjurées
ou la Croisade
des dames
“Faites l’amour, pas la guerre.” Les hippies n’avaient décidément rien inventé si l’on en croit cet opéra de Schubert, Les Conjurées ou la Croisade des dames, à l’affiche du Théâtre de la Renaissance d’Oullins les 12 et 13 janvier. Dans ce petit opéra de chambre, Schubert s’est amusé à détourner les comédies d’Aristophane, L’Assemblée des femmes et Lysistrata, où la belle Athénienne Lysistrata, lassée des guerres incessantes que mènent les hommes contre Sparte, décide de convaincre toutes les femmes de faire la grève du sexe afin que les maris cessent le combat ! La partition était suffisamment d’actua-lité pour que les Chœurs et Solistes de Lyon-Bernard Tétu décident d’en faire un spectacle, créé en 2009 dans le cadre du Festival d’Île-de-France, avec la complicité de la comédienne Élisabeth Macocco, du pianiste Philippe Cassard, de Patrick Millet pour l’habillage vidéo, et mis en espace par Jean Lacornerie. Les clichés de la guerre des sexes, apportés par cet opéra, sont explorés avec humour et finesse, explique Anne-Emmanuelle Davy, soprano, qui rappelle que cette œuvre fut censurée en son temps.
Comment faut-il aborder cette œuvre : comme un plaidoyer féministe ? une comédie ?
Anne-Emmanuelle Davy : De mon point de vue, il s’agit vraiment d’une comédie. Ce qui est très original, c’est d’avoir en même temps cette musique de Schubert, très proche de ce que l’on peut entendre en musique de chambre, avec la délicatesse propre à Schubert, et sur un sujet très léger, qui, néanmoins, ne tombe pas dans le grivois. Ce n’est pas un pamphlet, mais une partition en forme de trait d’esprit.
C’est une œuvre peu connue. Comment l’avez-vous abordée la première fois ?
Personnellement, je n’avais jamais entendu parler de cette œuvre, et d’ailleurs, même dans le milieu professionnel, peu de gens en connaissent l’existence. Schubert est tellement connu pour autre chose que cette œuvre peut avoir été considérée comme “mineure”. Je crois que le fait que cette partition ait été censurée à sa création joue beaucoup sur cet oubli-là. En tout cas, musicalement, il n’y a aucune raison qu’elle soit mise à l’écart, car certains de ses thèmes relèvent du grand Schubert !
Est-ce qu’on y retrouve l’atmosphère des lieder de Schubert ?
Oui, il y a des passages qui ressemblent effectivement beaucoup aux lieder, mais aussi d’autres qui ressemblent à certaines périodes des sonates pour piano… La partie de piano est vraiment magnifique. De mon point de vue, les 2 références de cet opéra sont la musique pour piano et les lieder. Il y a 4 voix de femmes, 4 d’hommes, et très souvent sous la forme soit de quatuor de femmes, soit de quatuor d’hommes. On y retrouve d’ailleurs un peu l’écriture qui préside aux quatuors à cordes.
Y a-t-il un temps fort dans ce spectacle ?
C’est difficile de vous parler d’un moment particulièrement intense, mais au niveau de l’histoire il y a un moment clé, le clou du spectacle, en quelque sorte ! C’est lorsque la conjuration des femmes est dévoilée par les hommes. Cet instant est d’une finesse musicale incroyable, très subtile !
Pour la soliste que vous êtes, comment se vit la présence d’une comédienne sur le plateau, la présence également de la vidéo ?
Il y a des passages de chœur, mais nous sommes essentiellement 8 personnages sur le plateau, et donc déjà dans un jeu d’acteur. Pour ce qui me concerne, je suis le personnage de la servante, un peu espiègle. Même si je suis là pour chanter, j’ai aussi l’impression d’être dans un jeu. Aussi, l’apport de la comédienne ne sonne pas faux, car elle entre finalement dans le même jeu que nous, mais pas dans la même langue.
Peut-on dire que Les Conjurées est finalement une œuvre d’actualité ?
Complètement ! Le conflit entre hommes et femmes est éternel. Or, c’est rare, aujourd’hui, d’avoir un sujet de spectacle qui touche aux rapports hommes-femmes avec autant de finesse et d’humour.
Les 12 et 13 janvier au Théâtre de la Renaissance
Caroline Faesch
|