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CATHY BOUVARD
ET LA TRANSDIS- CIPLINARITÉ DES SUBSISTANCE

Le Laboratoire international de création artistique réaffirme chaque année sa volonté de promouvoir des créations contemporaines transdiscipli naires résolument en dehors des sentiers battus. Entretien avec Cathy Bouvard, codirectrice avec Guy Walter des Subsistances.

La dernière saison vient de s’achever avec le festival Points de vue, nouvelles du monde : une manifestation atypique réunissant artistes et écrivains, réagissant face à l’actualité et publiant un journal du soir…
Atypique, certainement. En premier lieu parce que cela nous a demandé beaucoup de temps de préparation et d’expérimentation avec les artistes et intellectuels intervenants ; et ensuite, parce que cette manifestation aura forcément interpellé des spectateurs suffisamment curieux pour venir apprécier des formes d’expression qu’ils ne connaissaient pas. C’est ainsi un bon résumé de la façon de faire d’un lieu comme le nôtre.
Nouveaux langages, nouveau cirque et nouvelles formes d’expression artistique le plus souvent hybrides… On vous sent constamment à la recherche de l’avant-garde en matière de création contemporaine.
Certes, mais au-delà de la forme, c’est d’abord l’actualité et l’acuité du langage en question qui nous importent. Quand ces langages et ces formes d’expression artistique contemporaine nous permettent de gagner en sensibilité face à la complexité du monde d’aujourd’hui. De par notre vocation de laboratoire, nous nous demandons ainsi constamment quels sont les artistes qui vont justement titiller de façon pertinente, voire singulière, notre propre regard sur les choses qui nous entourent… C’est ce qui s’est passé avec le festival Points de vue, qui aura généré des regards croisés sur des sujets ô combien d’actualité comme l’immigration. Et cela vaut pour notre travail tout au long de l’année, puisque nous avons l’ambition de programmer des artistes qui, utilisant des langages très contemporains, touchent la sensibilité et stimulent la réflexion chez les spectateurs. Il y a, d’un côté, la volonté d’optimiser les conditions de travail des artistes en résidence, de l’autre, l’envie de favoriser l’accès du plus large public à ces formes d’expression. C’est un peu comme l’éco-le publique : le meilleur et le plus actuel doivent pouvoir profiter au plus grand nombre.
On imagine que c’est important de le rappeler, d’autant que le pari de la création hybride hors norme peut s’avérer risqué quant à la perception du public ?
Bien sûr. Tout le monde n’ose pas forcément passer les grilles des Subsistances. À nous de communiquer sur le fait que le lieu est résolument ouvert. Mais déjà 40 000 à 50 000 spectateurs franchissent le pas chaque année. Et il s’agit là d’un public très mélangé ! Quant à la programmation, nous essayons simplement de présenter des artistes dont le langage nous semble le plus proche de ce qui se joue aujourd’hui dans le monde ; et, dans ce cadre, la transdisciplinarité s’impose naturellement.
Cela signifie aussi que l’on peut venir aux Subsistances voir un spectacle de cirque et repartir la tête pleine de réflexions inhérentes à la géopolitique ?
Oui. Et prenons l’exemple de la compagnie GdRA, à l’affiche en décembre prochain : il s’agit d’un nouveau genre de cirque, qui intègre dans sa démarche artistique une approche sociologique des choses, une vraie recherche de sens.
Vous nous disiez il y a 8 ans, alors que vous preniez vos fonctions avec Guy Walter, que vous aviez pour objectif d’“essayer d’instaurer un dialogue permanent entre les différents publics et les artistes… de dédramatiser cette relation au spectacle qu’ont les gens”.
Et j’ai l’impression que ça marche ! Que les dispositifs que nous avons mis en œuvre dans un cadre ludique et festif (chantiers, ateliers de pratique amateur, week-ends de création…) ont trouvé un public de plus en plus nombreux. C’est certes un travail de fourmi, mais petit à petit les gens apprivoisent le lieu et s’initient aux pratiques artistiques, sans pour autant se trouver en porte-à-faux quant à la manière dont ils ont ressenti les choses. Certains spectateurs peuvent parfois se sentir “cons” face à des formes d’art ou d’expression très contemporaines ; nous faisons justement en sorte qu’ici il n’en soit rien.
Venons-en à la rentrée aux Subsistances : ce sera Je me crois en enfer donc j’y suis ! Ce sera effectivement le spectacle de rentrée sous la verrière des Subsistances. Nous avons ainsi invité le metteur en scène Lukas Hemleb, le musicien Ned Rothenberg et le plasticien Tadashi Kawamata à accaparer totalement cet espace, afin de donner une matérialité aux mots de Rimbaud, écrits juste avant qu’il ne disparaisse. Basée sur Une saison en enfer, cette création nous entraînera dans un véritable voyage rythmique dans la langue de l’auteur.
Pour cette nouvelle saison, vous programmez également 5 autres créations à cheval sur le théâtre, le cirque, la performance et la danse…
Il y aura effectivement en octobre celle du collectif Ivan Mosjoukine (héros du cinéma muet des années 1930), qui travaille sur un cirque de recherche autour des idées de sensation, de trajectoire et de récit. Un cirque très “cinématographique” et, techniquement parlant, époustouflant de nouveauté. Nous recevrons ensuite la “chorégraphe” hongroise Eszter Salamon, qui nous présentera un spectacle musical et visuel sans danseurs (…), pour une expérience sensorielle (Tales of the Bodiless) aux frontières de la science-fiction ; ou comment imaginer un monde où vont progressivement disparaître les corps.
En parlant de science-fiction, il y aura aussi du théâtre inspiré par l’œuvre de Philip K. Dick…
Au printemps prochain, avec la création de la compagnie Haut et court de Joris Mathieu, Urbik et Orbik qui propose un travail théâtral très singulier, induisant souvent une véritable dématérialisation des comédiens, avec des projections en 3D et des images en relief… Entre-temps, nous aurons présenté en décembre le spectacle circassien de GdRA et la pièce Odette, apportez-moi mes morts ! de Gilles Pastor en janvier, qui mélange théâtre et vidéo, dans un spectacle très intime, voire autobiographique. En l’espèce, autour de la mythologie de ces femmes veuves qui continuent d’habiter le monde lorsque les hommes ont disparu.
Doit-on aussi s’attendre à quelques nouveautés et autres surprises ?
Bien sûr ! Il y aura par exemple dès janvier un nouveau festival qui va s’appeler Voyage d’hiver, né de l’envie de programmer de la musique contemporaine jouée en live sur les plateaux de danse. Nous inviterons ainsi chaque année en résidence un grand compositeur (David Lang sera le premier), pour travailler avec différents chorégraphes. Au moment de la représentation des pièces ainsi élaborées, il y aura donc un orchestre pour jouer en direct sur la scène des Subsistances ! Nous prévoyons également un week-end intitulé “Ça tremble !” autour d’une thématique sur la peur. Et puis beaucoup de nouveaux rendez-vous un brin singuliers et joyeux, par exemple autour de la gastronomie et de l’agriculture… Nous avons aussi un grand projet participatif baptisé Les Très Courts des Subs, visant à susciter une réflexion sur des thématiques choisies, via la projection de films courts. Nous imaginons enfin nombre de collaborations avec le Théâtre de la Croix-Rousse, proche de nous et pas seulement géographiquement parlant. Entre autres…

Z. Je me crois en enfer donc j’y suis, 16 au 24 sept., les Subsistances

Laurent Zine


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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